HISTOIRE DE LA COLLINE DE BOURLÉMONT JUSQU'EN 1678

GÉOLOGIE

Au seuil de la Porte d’Alsace et de Bourgogne, Ronchamp s’est construit au sud des collines sous-vosgiennes et au nord des derniers monts du Jura. Une colline de 476 mètres domine la cité. Son sommet presque plat et circulaire fait moins de 2 hectares. Armand DUFRÉNOY et Élie de BEAUMONT sont les auteurs de la première véritable carte géologique de la France qui fut présentée à l'académie des Sciences le 20 décembre 1841. DUFRÉNOY a étudié de très près cette colline essentiellement constituée de grès:

« Dans les ravins qui sillonnent cette pente à différentes hauteurs, j'ai surtout remarqué une grande épaisseur des couches argileuses rouge, amarante, ou bigarrées de rouge et de gris bleuâtre. Vers le milieu de la colline, elles alternent avec des grès rouges peu solides, parmi lesquels j'en ai observé un à grains fins, d'un aspect terreux, offrant une multitude de petites taches noires dues à de l'oxyde de manganèse J'ai aussi trouvé un grès analogue au précédent, et, comme lui, tacheté de manganèse, qui m'a paru remarquable en ce que, outre de petits fragments irréguliers de quartz et de roches feldspathiques en décomposition, éléments essentiels du grès rouge, on y rencontre des fragments anguleux et bien distincts de porphyre d'un rouge violacé, qui le rapproche des couches de conglomérat les plus basses et les mieux caractérisées du grès rouge. La chapelle de Bourg-les-Monts est bâtie sur un sommet isolé qui domine tous les points voisins, et qui est formé de couches presque horizontales, et légèrement inclinées au S. 0. de grès des Vosges parfaitement déterminé, contenant un grand nombre de galets quartzeux, et conformes, à tous égards, à la description générale. Sur le pente S.E. de la montagne, on trouve des carrières et des parties éboulées où on peut voir et toucher la superposition immédiate de la première couche de grès des Vosges proprement dit sur la plus élevée des couches alternatives d'argiles rouges et de grès rouges, peu solides, qui constituent le corps de la montagne. La stratification du grès des Vosges est parallèle à ces dernières couches, qui paraissent se lier avec lui par l'intermédiaire de plusieurs des couches de grès qui y sont comprises, et dont les supérieures renferment déjà à peu près les mêmes éléments que le grès des Vosges, agglutinés par un ciment plus abondant. Ainsi le grès des Vosges repose incontestablement sur les conglomérats rouges, déjà cités comme les équivalents exacts des couches connues en Allemagne sous le nom de grès rouge, « rothe todte liegende ». Le sol de la dépression que laissent entre elles les Vosges et les petites montagnes de transition qui s'étendent, par le Salbert, d'Anjoutey vers Etobon et les bois de Saulnot, est presque entièrement formé par les couches alternatives de grès grossier peu solide et d'argile rouge que je viens de signaler comme représentant précisément le grès rouge. Ces couches étant très peu cohérentes, le sol est presque toujours très raviné, pour peu qu'il s'élève au-dessus des cours d'eau.»

Vers 1830, pour la recherche du charbon, un sondage est réalisé au sommet de la colline. En voici le détail:

Détails du sondage sur la colline

Coupe géologique suivant une ligne passant par Malbouhans, le puits Saint Paul, la chapelle, le puits Sainte Marie, Ronchamp centre et le puits Sainte Pauline : H terrain houiller supérieur, h terrain carbonifère, dm terrain métamorphique, r grès rouge, µ porphyrite augitique.

Coupe géologique passant par la colline

LA FRANCHE COMTÉ ROMAINE

Pendant le 1er siècle, il y eut en Gaule plusieurs révoltes contre Rome. Cependant très vite, les Séquanes adoptent la civilisation romaine et forment une province dont Vesontio (Besançon) en est une colonie militaire. C’est à cette époque que sont construites les ‘voies romaines’ qui permettent la communication entre les grandes villes et les régions. Parmi les grandes voies militaires (magnœ viœ) une des plus importantes était celle du Rhin à Langres, par le nord de la Séquanie. Elle se détachait du Rhin à Gross-Kemhs, gagnait Perouse-Belfort, où elle rencontrait la route consulaire de Besançon, passait à Colonisberg (Châlonvillars), Frahier (Castra via), le Noirmouchot, Passavant, le Camp de Bermont, Champagney, puis s'engageait au « Pas de Ronchamp », contournait le mont de Vannes et passait l'Ognon à la Neuvelle. Elle se poursuivait, ensuite, sur les « baraques » de Saint-Germain, Lantenot. De là, elle se dirigeait sur Ailloncourt où, aux « fermes Traije », elle traversait la route de Mandeure à Luxeuil. Après avoir franchi la Lanterne, elle passait sous « le camp de César », d'Ehuns, pour s'orienter, ensuite, dans la direction de Langres. C'était une voie romaine de première importance : vers les « baraques » de Saint- Germain elle mesurait seize mètres de largeur.

Le christianisme y est prêché dès la fin du IIe siècle par deux prêtres évangélistes Saint Ferjeux et Saint Férréol. Ils sont chargés de fonder l'Église romaine de Vesontio et d’évangéliser la Séquanie Gallo-romaine. Le gouverneur romain Claude les fait décapiter vers 212. L’Empire romain en pleine décadence ne peut résister aux grandes invasions. Par un froid exceptionnel les Vandales, les Alains, les Suèves et les Burgondes franchissent le Rhin gelé. En 406, Crocus, chef Vandale dévaste Port-sur-Saône et fait mourir l’archevêque avant de mettre le siège devant Vesontio qui résiste. Vraisemblablement ses troupes sont passées par la Trouée de Belfort et le Pas de Ronchamp. Il est probable que la colline de Ronchamp fût alors un lieu de sacrifices et d’adoration.

LA FRANCHE COMTÉ AU MOYEN ÂGE

Le début du Moyen Âge est généralement situé vers 500 et correspond avec la montée en puissance de l 'Église catholique de Rome. Après les invasions barbares, l’ancienne Séquanie appartient successivement aux Burgondes, aux Francs mérovingiens puis carolingiens. Durant la période burgonde, les Huns (Attila) traversent la Séquanie et y font d’effroyables ravages comme à Saint-Loup, Luxeuil ou Besançon. En 451, entre Troyes et Châlons-en-Champagne, aux Champs Catalauniques, les Huns sont battus par les Gallo-romains et les Germains réunis. En 500, le roi des Francs, Clovis, attaque Gondebaud, roi burgonde défait près de Dijon. Ainsi la Séquanie devient tributaire du Royaume franc. Clovis, païen, comprenant néanmoins l’intérêt de se rallier aux Gallo-romains. Il adopte la religion catholique et en 496, avec toute son armée il se fait baptiser à Reims. Désirant répandre le christianisme, du Rhin au Pyrénées, il encourage ses prédicateurs à enseigner « la bonne parole ». Des missionnaires créent des abbayes, des monastères.

En 585, un moine irlandais, Colomban, arrive à Annegray (Haute Saône) avec 12 compagnons. Ils défrichent, construisent des bâtisses, accueillent des malades et forment de nouveaux moines. Vers 590, ils construisent un monastère à Luxeuil alors ancienne cité gallo-romaine abandonnée. Ils fondent des écoles, assainissent les marais, défrichent les forêts, construisent des villages et ouvrent le pays à la civilisation. Á cette époque (610), un de ses disciples, Saint Desles, fonde l’abbaye de Lure. Une petite église serait probablement construite sur l’actuelle colline de Bourlémont, mais aucune source historique ou archéologique ne confirme cette hypothèse.

ÉGLISE ET CHAPELLE

Vers 1080, l’archevêque Hugues fonde l’abbaye Saint-Vincent qui est actuellement l’église Notre Dame de Besançon. En 1092, l'église de Bourlémont « ecclesia Boleranni montis » est donnée à l'abbaye Saint-Vincent de Besançon. À cette date et pour la première fois cette église est citée. Ensuite, à plusieurs reprises, en 1278 et en 1293, Etienne, curé de Roye reconnaît le patronage de l'abbaye sur les églises de Ronchamp et Roye. La chapelle construite sur une hauteur est l'église paroissiale. Son accès est peu commode, surtout en hiver. En 1269 Thomas, seigneur de Ronchamp le signale à Eudes de Rougemont, archevêque de Besançon, et demande l'autorisation de construire une chapelle en son château. Il justifie sa requête par l'éloignement de l'église paroissiale sur la colline: « le château de Ronchamp, explique-t-il, est à une telle distance de son église mère « a matrice ecclesia sua » que lui et les autres habitants du château ne peuvent facilement se rendre à l'église lorsqu'ils désirent assister à l'office divin, surtout à l'époque hivernale « maxime tempore hyemali ». Une chapelle, appelée Saint-Hubert, est alors érigée à l’emplacement de l’actuelle église paroissiale. Un acte de 1293 nous apprend que les religieux et abbés de Saint-Vincent percevaient deux parts du tiers des « grosses et menues dîmes »*, sauf sur les terres exploitées directement par le seigneur de Ronchamp au château et dans le finage de Ronchamp « in loco parochiatu Bollierani montis », qui étaient exemptées de dîme depuis une transaction de 1263 entre Thomas, seigneur de Ronchamp et l'abbaye de Saint-Vincent.

* Les grosses dîmes se perçoivent sur les principaux revenus de la paroisse, le seigle ou l'avoine ; les menues dîmes sur les moins importants, le chanvre ou les légumes.

Plusieurs actes, perdus, mais dont la mention subsiste dans un inventaire des archives de l'abbaye de Saint-Vincent dressé au XVIIIe siècle, attestent de l'usage continu jusqu'au XVIe siècle, par l'abbé du monastère bisontin, de son droit de patronage sur l'église de Ronchamp, droit qu'il conservera jusqu'à la Révolution. En 1308, l'église fut réaménagée ou reconstruite. Selon l’abbé VAUCHOT, « La chapelle de Notre-Dame-du-Haut, autrefois Notre-Dame-de-Bourlémont, porte le millésime de 1308. Ce millésime, reconnu authentique, est conservé dans les archives de la bibliothèque de la ville de Besançon. » Le millésime est un ensemble de chiffres qui indiquent une année sur les monuments, les monnaies etc…Afin de la remplacer par une chapelle, lors de sa démolition en 1844, une pierre portant le millésime « 1308 » fut retrouvée. En 1347, Henri de Ronchamp est inhumé dans cette église. Son testament précise qu'une chapelle consacrée à sainte Catherine était construite contre l'église « in capella Beatae Katarinae sita et confrontarta juxta ecclesiam de Belemont »

LA COLLINE DE BOURLÉMONT

Bourlémont est le nom actuel de la colline. Au début du 19e siècle il s’écrivait « Bourg les Monts ». Vers 1760 les cartes de Cassini donnent à cette colline le nom de « Notre Dame de Bourg les monts ». Son étymologie n’est pas définie. Quelques pistes sont envisageables. Bourg est issu du croisement entre le latin « burgus » qui désigne des fortifications ou des tours fortifiées et le germanique « burg » qui désigne une localité, une ville fortifiée. Dans les textes français du Moyen Âge, bourg désigne les agglomérations closes ou non de murailles qui se sont formées soit dans le voisinage de petites villes, soit autour de certains monastères. Il pouvait désigner aussi un village clos où se tenait des marchés. En 1271, la position de Ronchamp à la limite du comté de Bourgogne et du Saint-Empire-Germanique avait donné une grande importance à ses foires et marchés à tel point que Othon IV, comte de Bourgogne, prit sous sa protection tous ceux qui s’y rendraient ou en reviendraient. « le vendredi prochain après nostre dame de septembre » signe que pour fêter sur la colline la nativité de la Vierge Marie, il y avait dès cette époque de probables rassemblements..

LA FRANCHE COMTÉ DE 1384 Á 1678

Les ducs de Bourgogne, Philippe le hardi, Jean sans peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire achèvent l’organisation administrative de la province. Ils abaissent la noblesse, déjà bien affaiblie, s’appuient sur les bourgeois qu’ils anoblissent. Cette période prospère se termine par la lutte acharnée entre Louis XI et Charles le Téméraire. En 1477, Louis XI profite de la mort de ce dernier pour envahir la Franche-Comté. En 1482, le traité d’Arras consacre l’annexion de la Comté à la France. Par le traité de Senlis du 14 mai 1493, Charles VIII la rend à Maximilien d’Autriche, gendre du Téméraire. Cette domination autrichienne inaugure une nouvelle ère de prospérité. En 1522, par le traité de Saint-Jean-de-Losne, Marguerite d’Autriche, tante de Charles-Quint, assure la neutralité de la Comté et lui laisse un gouvernement local presqu’indépendant.

Après l’abdication de Charles-Quint en 1556, la Franche-Comté passe à son fils Philippe II, roi d’Espagne, qui inaugure un régime d’intolérance religieuse. L’inquisition persécute les protestants et les « sorciers ». A la fin des guerres de religion, Henri IV, ennemi de Philippe II envahit la Franche-Comté et la frappe de lourds impôts. Cependant il lui laisse sa neutralité qui lui vaut ensuite quelque repos sous l’administration de l’Infante Isabelle. Pendant la guerre de Trente Ans appelée « guerre de dix ans » en Comté, les invasions se succèdent. En 1635 les mercenaires suédois de Bernard de Saxe-Weimar passent par la Trouée de Belfort et saccagent Châlonvillars, Couthenans, Ronchamp, Lure... En 1611, l’Infante Isabelle fait renouveler le pacte de neutralité entre la France et la Comté. Elle meurt en 1625 et laisse cette province à Philippe IV. En 1629 Richelieu demande à Louis XIII de conquérir cette province dans le but d’arrêter l’expansion de la Maison d’Autriche. Le 27 mai 1635, Louis XIII déclare la guerre à la Franche Comté. Mazarin, le successeur de Richelieu, conclut un traité particulier en 1644 et s’engage à faire cesser les hostilités moyennant la somme de 40.000 écus. À la fin de cette guerre de Dix Ans, la situation de la Franche Comté est désastreuse. La région a été dévastée par la guerre, la peste et la famine (chiens, chats, rats et même les soldats morts serviront de nourriture). Le bilan est catastrophique : les 2/3 des Francs Comtois sont morts, 70 châteaux brulés, 150 villages rasés, villes incendiés. Vers 1655 la population de Ronchamp se résume à quelques dizaines de ménages (voir la liste nominative).

Girardot de Noseroy, seigneur de Beauchemin (1580-1651), conseiller à la cour du Parlement de Dole, intendant général des armées de la Comté, a participé à cette épopée et a écrit son histoire. En voici quelques extraits. « Mais le commandement de monseigneur l’archeuesque et de la cour portoit de ne rien entreprndre sur la terre de Lure, pour la raison sus ditte de ne nous point mesler aux guerres d’Allemagne. Nous ne pouuions donner aucun aduis de nostre venue au baron de Vaugrenans ; car ceux de la ville ne laissoient approcher personne, et de trauailler l’ennemy il ne nous estoit par mesme permy. Le marquis dons resolu de se camper à Roye qui est de ce pays, tout prochain de Lure, et enuoya recogsnoitre le passage de Ronchamps, par lequel le Rheingraue estoit entré et ne se pouuoit retirer que par iceluy, lequel passage se trouua facile à estre occupé, car il est estroit entre deux montagnes dans lesquels coule une riuiere qui l’inonde quand elle est enflée, et peut estre retenue à peu de trauail. Nous ingeasmes que comme le Rheingraue auait peu de gens, il apprehenderoit de voit coupper le passage de sa retraicte, lequel in ne pouuoit pas tenir et fournir au siege de Lure tout ensemble ; et pour ce fut donnée commission au sieur de Bonnans d’aller occuper ledit passage auec troupes commandées auxquelles se ioindroient les paysans voisins, qui estoient tous en armes et en grand nombre. En cette sorte nous ne faisions rien contre les ordres de messieurs les commis au gouuernement : car le pas de Ronchamps que nous occupions, et le village de Roye où nous campions estoient tous deux de Bourgougne, dans lesquels si nous estions assaillis, il nous estoit permy de nous deffendre et touteffois le Rheingraue ne pourroit subsister quend nous les aurions occupé. Car le territoire de Lure (qui est fort petit), estoit là espuisé de viures, et en prendre sur nostre pays, nous ayant en teste et à dos, il ne pouuait pas sans nous combattre. Mais le ciel preuint nos desseings, et sainct Desle protecteur de Lure où reposent ses sainctes reliques, sembla vouloir estre luy-mesme liberateur de son abbaye et de sa ville, par une pluye qui fut envoyée du ciel si grande et abondante que la campagne de Lure fut inondée en une nuict, et les eaux du destroit de Ronchamp enflés, si que le Rheingraue craignant d’estre enfermé et voyant le ieu qui se preparoit contre luy, leua le siege si fort à la haste, qu’il laissa un de ses canons par les champs et parie de ses munitions, et se retira à Belfort, menaceant la ville de Lure de retorner à elle aussitost que les eaux seroient escoulées.

Il estoit venu au dit Lure dans sa créance de l’emporter d’abord durant l’absence du cheualier de Montaigu, comme il eut faict, si le baron de Vaugrenans ne s’y fut rencontrer ; car laditte ville est ceinte d’une simple closture de murailles sans ancuns flancs, et n’y a rien qui couure ny deffende la porte, et bien que l’abbaye soit en forme de chasteau, auec bonnes et fortes tours, touteffois elle est commandée d’un costé d’un commandement meurtrier, par un petit tertre aussi haut que le sommet des tours, à cent pas d’icelles. Il auoit dez le premier abord gaigné la barriere et le fossé de la ville ; mais le baron de Vaugrenans fit terrasser diligemment la porte et dresser la nuict quelques guerittes sur la muraille, et loger du canon en une maison de la ville qui seruit de plate-forme. Le Rheingraue auait amener deux ou trois pieces qu’il logea sur le tertre sus dit commandant le chasteau : mais le baron fit aussi trauailler de nuict au haut des dittes tours, où il fit poser deux pièces pour contrebattre, auec lesquelles il gasta la batterie du dit Rheingrave et tua un lieutenant colonel, personnage de réputation qui y commandoit… »

Le Rheingrave, Otho-Louis, après sa retraite, part vers Montbéliard pour obtenir deux canons en échange de la sécurité de la population. Le marquis fait avancer quelques compagnies pour obliger les habitants à refuser sous peine d’attaques et s’assurer ainsi de leurs bonnes intentions vis-à-vis de la Bourgogne.

« Le marquis poursuiuit le Rheingraue en sa retraicte iusques au village de Ronchamp, distant de Granges de quatre bonnes lieues, qu’il trouua entierement vuide et désolé par les hostilités des Suèdes, et tous les villages assis entre deux pareillement ruinez. Nous auions tousiours fait conduire munitions de gueules en l’armée, bien que ce fut au cœur de l’hyver ; et durant ce temps que nous fusmes audit Ronchamps, elles nous furent amenées de Granges avec bon et fort conuoy, non sans grande difficulté. Mais comme les conuoys pouuoient estre battus, pour ce que le Rheingraue estoit incomparablement plus fort de caualerie que bous, on fit moyen d’auoir du bled et cuire munitions de pain au dit Ronchamps… » « Ronchamp est assis au pied d’une montagne au milieu de laquelle est un chasteau à demy ruiné. Au deuant du village est la riuiere qui passe au destroit du dit Ronchamps : et bien qu’au deça le pas soit fort estroit iusque au village de Recoloigne, touteffois au-delà du dit Ronchamps est une campagne ouuerte et plaine de bruyeres, telles qu’en hyuer il n’y a que quelques endroicts où la caualerie puisse trauerser ; non plus qu’en la ditte riuiere, de laquelle le fond est très mauuais, et y a un gay ou deux seulement. Le marquis occupa le chasteau qu’il auoit à dos en my montagne, et mit de fortes gardes aux dits gays de riuiere, sans autre retranchement, bien que pour l’asseurance de l’armée qui deuoit demeurer là campée plusieurs jours pour occuper le pas et fermer au Rheingraue l’entrée de ce pays, il nous sembloit qu’un retranchement eut esté très-utile… »

« Proche du dit Ronchamps est une haute montagne, nullement commandée, qui ferme le pas et entrée de ce pays, en laquelle nous fusmes sur le point de bastir un fort, inuitéz par la bonté du site et la commodité du bois et de l’eau. Car en l’un des penchans de la montagne est un bois de chesne de haute fustée, et tout au sommet est une fontaine abondante, et l’église parochiale du dit Ronchamps est assise en la mesme sommité auec quelques bastimens adiacens, qui fournissent du couuert suffisamment ; et desià le trauail estoit reparty par compagnies, mais les geslées nous contrarierent et contraignirent de quicter : et monseigneur l’archeuesque et la cour ne le trouuerent pas bon, à cause des frais de l’entretient d’une puissante garnison, auxquels le pays ne pourroit fournir… » (Histoire de Dix Ans de la Franche Comté-Girardot de Noseroy-1843).

En 1648, les traités de Westphalie rétablissent la paix entre les belligérants, à l'exception de l'Espagne qui continue les hostilités. En 1667, Louis XIV entame une nouvelle guerre contre les espagnols. Elle se termine avec Condé et la conquête de la Comté. Mais une fois encore, en 1668, le traité d'Aix-la-Chapelle la rend à l’Espagne. Plus tard en 1673, Louis XIV envahit en personne la Franche-Comté qui devient enfin française lors de la paix de Nimègue en 1678.

Emplacement du gibet La pierre supportant la potence Vue d'ensemble du gibet La fontaine mentionnée depuis 1635 Ancien chemin

LE GIBET

La justice seigneuriale au Moyen Âge constitue une des prérogatives du pouvoir du seigneur. La pendaison était le moyen d’exécution le plus répandu vers la fin de cette période. Elle était particulièrement réservée aux voleurs et aux brigands. Le gibet ou potence était couramment installé sur des lieux élevés. Souvent ce supplice ne s’arrêtait pas avec la mort car le corps pouvait rester exposé très longtemps dans le but de rendre visible la punition particulièrement déshonorante. Dans sa forme la plus simple la potence ressemble à un « L » inversé et se compose d’une poutre verticale assemblée à une autre horizontale. La colline de Bourlémont a été un lieu de pendaison comme en témoignent les deux pierres plantées sur le faux plat du coteau sud. Cet emplacement est répertorié, « justice » sur les cartes de CASSINI dont les levées commencent en 1753 avec César François CASSINI de THURY. On ignore l’origine de ce gibet, cependant elle est à rapprocher d’un évènement survenu en 1425. Un acte de délimitation des seigneuries de Ronchamp et Passavant (Champagney-Abbaye de Lure) est signé le 14 janvier 1425. Un différend va opposer les abbés de Lure et les hommes du duc de Bourgogne qui auraient installé un gibet sur le territoire de la seigneurie de Champagney. À la suite de la conférence qui réunissait tous les protagonistes, les prud’hommes (4 de Ronchamp et 4 de Champagney-Passavant) reconnurent que ce gibet avait bien été érigé sur le territoire de l’abbaye de Lure (Champagney). Il était peut être installé sur la colline derrière l’actuel ‘’Château des Houillères’’. Il a sans doute été enlevé puis érigé sur la colline de Bourlémont à l’endroit des deux pierres répertoriées ci-dessus.

RETOUR
Les Amis du Musée de la Mine   -   Réalisation  Alain  Banach   -   Tous droits réservés   -  Plan du site