HISTOIRE DE LA COLLINE DE BOURLÉMONT DE 1678 Á 1789

L'ÉGLISE PAROISSIALE EN 1715

L’Époque Moderne couvre la période historique commençant à la fin du Moyen Âge et s’arrêtant à la Révolution Française (1789-1792). Suivant les auteurs, elle débute en 1450 (mise au point de la presse xylographique de GUTENBERG), 1453 fin de l’Empire romain d’Orient, 1492 découverte du nouveau monde par Christophe COLOMB, 1520 MAGELLAN passe le détroit qui porte son nom. Les années 1400 et 1500 sont considérées comme une époque de transition entre le Moyen Age et les temps modernes : la Renaissance. Ces deux siècles ont apportés une succession de profonds changements sociaux, économiques, politiques et intellectuels. C’est l’époque des Ronsard, Léonard de Vinci, Galilée, Copernic, Rabelais, François 1er, etc…

Et pourtant pendant plus de 300 ans, l’histoire de la colline de Bourlémont et de Ronchamp se caractérise par une carence de documents. Ce n’est qu’à la moitié du XVIIe siècle que de nouveaux écrits apparaissent. En 1699 le doyen de Granges (aujourd’hui Grange le Bourg) visite la paroisse de Ronchamp et trouve l’état de l’église convenable. Les registres les plus reculés des abbés et curés remontent à l'an 1643. Messire Malbouhans était alors curé de Ronchamp; il fut remplacé en 1662 par messire Guyot. En 1664 la cure passa à M. Corberand ; en 1682, à M. Ballay ; en 1692, à M. Ringuel ; ensuite à M. Jacques ; en 1740, à M. Perney : c'est lui qui fit bâtir l'église de Ronchamp, il fut donc le dernier curé de Notre-Dame du Haut. M. Aubry prit possession de la paroisse en 1760 ; M. Jean Richard en 1780 ; M. Grandvuillin en 1795 ; M. Beauchet en 1796 et M .Pierchy en 1799. Après les temps orageux de la révolution, en 1803, M. Clerc fut nommé à la cure de Ronchamp: il eut pour successeur M. Caritey en 1822. À M. Caritey succédèrent MM. Cucherousset, 1836-1839, et Gauthier, 1839-1853. M. Gauthier a été remplacé en 1853 par M. Faivre.

En cette fin de siècle l’église sur la colline est la seule église de la paroisse qui regroupe cinq communautés : Ronchamp, Recologne, Mourière, la Selle, le Rhien. Le 28 avril 1715 le doyen visite l’église paroissiale et son jugement est beaucoup plus sévère : « Cette église est retirée sur une montagne au milieu de la paroisse, éloignée de Ronchamps d'un bon quart d'heure et battue des vents de tout côté. Elle est érigée en l'honneur de la Nativité de la Sainte Vierge patronne de la paroisse. Patron : M. l'abbé de Saint-Vincent de Besançon. Curé : M. Brinquel l'aîné depuis 22 ans. Le choeur et la nef sont à plafond et le pavé ne vaut rien. Une petite balustre pour la sainte communion sépare le chœur du sanctuaire. Le maître-autel consacré a un marbre suffisant, il y a un retable, un tableau de la Nativité en bas-relief, un petit tabernacle bien doré au dehors, peint en rouge au dedans, tout l'autel fort propre le St Sacrement décemment : on ne le laisse dans led. tabernacle que pendant les fêtes de Pasques à raison que l'église est éloignée de la cure et des villages en dépendans et qu'il n'y a qu'une barraque proche le cimetière. Il y a un ciboire et un soleil d'argent, un pied seulement pour les deux, une pixide et un calice d'argent. L'entretien de cette église est difficile, il y manque quelques tuilles que le vent emporte de tems à autre, la couverture et la ramure du clocher menace ruine. Les confessionnaux, la grande et une des petites portes de la nef ne valent rien du tout. Il y a deux autels dans la nef, l'un du Rosaire et l'autre du Scapulaire, les tableaux en mauvais état, la peinture tombe par eschilles. La confrérie du Scapulaire y est établie par permission de l'Ordinaire. Les deux autels ne sont pas sacrés. La sacristie à costé droit du maître-autel extrêmement humide quoiqu'élevé : on n'y peut conserver les ornemens, il y ...doubles, d'une belle chappe, des linges suffisamment. Le gonfalon bon. Manque un graduel, celuy qui y est délabré ; les autres livres nécessaires bons et un dais de satin. Il y a dans des petits reliquaires des reliques données par furent Monseigneur l'archevêque et M. Jobelot, vicaire général. Villages : 4 sans la Verrerie et environ 350 communians. Le fixe de la cure 200 livres. Le maistre d'école est approuvé et il y a dans chaque village une sage-femme jurée...

L'HOSTILITÉ DES PAROISSIENS

En 1719 les paroissiens de Ronchamp entreprennent des travaux de réparation. Pour cela ils sont autorisés à vendre 67 arpents de leurs bois (un arpent valait environ un demi-hectare). La nature et l’importance des travaux est inconnue mais on peut supposer que ceux-ci consistaient à mettre l’édifice hors d’eau. Le doyen de Granges fait une nouvelle visite sur la colline et son rapport à son supérieur est sans doute catastrophique. L’archevêque de Besançon ordonne la construction, dans un délai d’un an, d’une nouvelle église dans le village de Ronchamp « attendu l'état ruineux de votre église qui ne peut être réparée utilement, sa situation incommode à toute la paroisse et impraticable pendant une partie de l'année ».

Pour convaincre tous les paroissiens, l’archevêque prend une mesure grave, un ''interdit'', qui les priverait de tous les sacrements. Cette mesure a pour conséquence de diviser les paroissiens avec d’un côté, ceux de Ronchamp et de l’autre, ceux des quatre autres communautés (Recologne, Mourière, la Selle et le Rhien). Ceux de Ronchamp sont naturellement favorables au transfert de l'église. Dans une supplique à l’intendant ils en font une description catastrophique : « Elle est située au-dessus d'une montagne, à une demi-lieue du village, si fort isolée qu'il ne s'y trouve aucune maison autour d'elle, ce qui est cause que, non seulement elle est exposée aux voleurs, mais encore aux injures du temps, de manière à ne pouvoir espérer qu'un édifice y puisse subsister la moitié du temps qu'il durerait ailleurs... Aucune couverture ne peut tenir à l'impétuosité des vents sur cette montagne. En peu d'années le tonnerre est tombé cinq fois... Il a tué, écrasé et brûlé... Sur les restes du clocher, duquel on avait heureusement tiré la cloche, qui est du poids de 2200 livres, il ne reste de cette ancienne église que des ruines : le chœur tombe, la nef est presque toute découverte, il n'y a plus de sacristie... ». (Archives départementales du Doubs)

Les quatre autres communautés sont hostiles à ce déplacement. Le 28 août 1737 ils sont « Assemblés en corps sur la place publique » de Mourière et chargent deux d’entre eux de solliciter la révocation de l’ordonnance de l’archevêque : Nicolas GARNIER de Mourière et Claude BÉGEOT de la Selle. Les habitants des quatre villages somment ceux de Ronchamp de se joindre à eux. Après la visite de l’église ils décident de « racommodé la couverture, le plafon, crapir les muraille de lad esglisse là où il y en a de besoin et la reblenchir en dedens et ensuites de racommoder le pavement et mesme de racommoder la vive hait qui enferme le semetier » le marché des travaux est attribué à Joseph GUCHEMAND, de Recologne, et Valentin PAUTOT, de Mourière, pour 320 livres. Ils protestent auprès de l’archevêque et prétendent que les détériorations, « n'étans que de l'extérieur », ne menacent pas la solidité de l’ensemble de l’édifice et qu’ils ont fait « toutes les réparations nécessaires ». Ils affirment que « la situation actuelle de l’église convient à toute la paroisse », car « elle est sur une hauteur et à une distance à peu près égale des cinq villages ».

En construisant une église dans le village de Ronchamp « on l'éloigneroit de moitié de trois autres, sçavoir de Mourière, la Selle et Orière, et par ce moyen, on en rendroit l'accès plus difficile aux habitants de ces trois endroits ». Ils précisent « dans l'élévation où elle se trouve, la cloche s'en fait entendre dans toute la paroisse et chacun y est averti du tems de la célébration des sacrés mistères et des offices divins, et d'ailleurs on en tire encore cet avantage que dans les cas d'accidens de feu, les habitans de tous les hameaux en sont avertis dans un instant et accourent tous au secours, au lieu qu'ils n'entendroit point le son de la cloche, si l'on transferoit l'église dans le lieu de Ronchamp. » Ces quatre villages sont moins riches et moins peuplés que Ronchamp et ils s'inquiètent des « frais immenses que les supplians ne sont point en état de supporter ». Cette inquiétude grandit avec la crainte d’être obligé d’engager un procès avec François Sigismond de Reinach qui est le propriétaire de la seigneurie de Ronchamp. Il est le seul décimateur (personne ayant le droit de prélever une dîme ecclésiastique) de la paroisse et à ce titre il est tenu de payer la construction du chœur de la nouvelle église. Il « ne manqueroit point de s'opposer au changement, sur ce que l'ancienne est solide et dans une décence convenable ». Les quatre villages font également appel à l’Intendant qui assure la tutelle des communautés. .

L'ÉTAT DE L'ÉGLISE PAROISSIALE EN 1738

Le 23 octobre 1738, un entrepreneur à Luxeuil, Antoine BOUNDER, visite l’église de la colline sur ordre du subdélégué de l’Intendant et dresse un procès-verbal. La description faite par le doyen de Granges en 1715, complétée de ce procès-verbal permet de reconstituer l’aspect de cette église. Elle est de petites dimensions : 6,90 mètres de large et 5,10 mètres de haut. Elle est composée d’une longue nef de 13 mètres et d’un chœur de 7,60 mètres, tous deux équipés d’un plafond. Le sol est pavé et le toit est couvert de tuiles. La sacristie est située à droite du maître-autel et une balustrade sépare le chœur du sanctuaire. L’église est surmontée d’un clocher de 5,60 mètres sur 3,30 mètres à la base et la tribune « est liée et jointe au clocher ».

Le procès-verbal de l’entrepreneur BOUNDER : « L'an mil sept cens trente huit, le vingt trois octobre, je, soussigné, Antoine Bounder, maistre entrepreneur demeurant à Vesoul, certiffie qu'en exécution des ordres de Monsieur Salives, seigneur de La Demie, subdélégué de Monseigneur l'intendant au département du bailliage de Vesoul, je me suis transporté le jour d'hier dèz led. Vesoul au lieu de Ronchamps à l'effet de vacquer aux visittes et reconnoissance de l'état actuel de l'église paroissial dud. Ronchamps et du terrain ou sol le plus convenable pour en bâtir une autre au cas il fut reconnu que l'ancienne ne put plus subsister dans le lieu où elle est bâtie, et aiant avertis le présent jour Monsieur le curé et les paroissiens que je voulois procéder auxd. visittes et reconnaissances, j'ay commencé environ les neuf heures du matin par le mesurage de la distance qui se trouve dèz la maison curiale scize aud. Ronchamps à l'église paroissiale située sur une montagne. Ce qu'aiant fait, j'ay reconnu en présence dud. sieur curé et des paroissiens que cette distance étoit de six cens vingt quatre toises en prenant le chemin fait par le défunt sieur curé ; j’ay reconnu ensuitte qu'il y avoit un autre chemin plus court de quelques toises, par lequel on pouvoit arriver à lad. église, mais qu'il étoit plus rapide que l'autre, moins praticable et plus dangereux à cause de quantité d'eaux qui s'écoulent par ce chemin. J’ay ensuitte mesuré la longueur tant de la nef de lad. église que du chœur. que j'ay reconnu sçavoir la nef de la longueur de trente neuf pieds deux pouces, de la largeur de vingt pieds neuf pouces et de la hauteur de seize pieds neuf pouces, et le choeur de la longueur de vingt trois pieds deux pouces, de la largeur de vingt pieds neuf pouces et de la hauteur de quinze pieds neuf pouces.

J'ay reconnu que lad. église avoit été crépie et blanchie depuis peu de tems tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, que l'on m'a dit avoir été fait par une partie des paroissiens pour cacher les fractions et caducité des murs de la nef et du chœur afin que l'on n'y puisse rien connoitre ; qu'avant ce crépissage, l'on avoit déjà reconnu que les murs de la nef et du chœur étoient en très mauvais état, ce qui est cause que je n'ay pu reconnoitre facilement la vérité du fait, mais, aiant monté sur le plafond de lad. église pour visitter les murs qui s'élèvent entre le plafond et la ramure et le pignon qui est du côté du levant, j' ay reconnu que ces murs étoient fort mauvais tant du côté du midy que de celuy du septentrion et qu'il y avoit dans le pignon une fraction de deux pouces de largeur entre le plafond et la couverture, que la ramure de la nef est encore assés bonne, que la couverture est en mauvais état y aiant plusieurs tuilles enlevés et cassés en différens endroits, ce qui ne peut provenir que des mauvais tems, l'église étant exposé à tous vents, que le plafond est très mauvais et à demy pourris. Etant ensuitte descendu devers le clocher, j'ay reconnu qu'il étoit écrasé et tombé à moitié et que si l'on vouloit le rétablir, il faudroit le relever par les fondements ; qu'aiant pris sa largeur, il s'est trouvé à une face de la largeur de dix sept pieds dans oeuvre et le mur de trois pieds trois pouces d'épaisseur, et à l'autre face de dix pieds sans y comprendre l'épaisseur du mur.

Etant ensuitte entré dans la sacristie, j'ay reconnu qu'elle étoit fort petitte et meurtrière pour estre enterrée, mal éclairée et les portes en étant trop basses, que pour la rendre plus saine il la faudroit bâtir au midy. J'ay de plus reconnu que le pavé de lad. église étoit entièrement ruiné, qu'il conviendroit en faire un autre tout à neuf en se servant de quelques vielles tables qui pourroient produire au plus deux toises de pavé ; que si l'on vouloit rétablir le clocher, il faudroit rétablir en même tems la tribune, parce qu'elle est liée et jointe au clocher. J'ay encore reconnus que les ballustres de la table de la communion sont en mauvais état, de même que les portes du clocher à l'entrée de l'église, qu'il y a encore deux figures ou retables tombant de caduité ne pouvant plus servir, que par conséquent il faudroit encore rétablir touttes ces choses.

Mais comm'il en couteroit presque autant de rétablir cette église que d'en faire une neuve, que d'ailleur elle, est mal placée, soit parce qu'elle est battue de tous vens, soit par la difficulté qu'ont la plus grande partie des paroissiens d'y arriver, je n'ay pas jugé à propos de faire un devis estimatif de ces réparations, et comme il seroit plus à propos d'en bâtir une autre au lieu de Ronchamps dans une place choisie à cet effet, soit pour la facilité des paroissiens, soit pour celle des étrangers qui arrivent de Lure à Ronchamps et qui pourroient y entendre la messe, n'y aiant point d'autre église sur la route de Lure à Belfort, de laquelle église Recologne seroit plus voisin et les deux autres villages un peu plus éloignés à la vérité, mais plus soulagé parce qu'ils ne monteroient pas tant. J'ay reconnu que cette place étoit la plus convenable pour servir de sol à une nouvelle église : après avoir le tout examiné auquel effet j'ay fait un devis estimatif séparé de cet, et ay dressé mon présent procès-verbal de visitte pour estre remis à Mond. sieur Salivet, et me suis soussigné les an, jour et mois susd.

En ajouttant de plus que le nommé Lallemand, à qui apartient le terrain où l'on se propose de bâtir la nouvelle église aud. Ronchamps, de la largeur de trente et une toises et de trente quatre en longueur, avoit consentit de relacher led. terrain pour le prix qu'il luy avoit conté, qu'il a apprit être de six cens livres, y compris quelques héritages qui sont hors du lieu, pourvu qu'on luy abandonna un petit terrain d'environ six toises du côté du couchant, ce qui ne nuira en rien à la bâtisse de lad. église, paroissant au soussigné qu'attendu la commodité que les habitans de Ronchamps auront d'avoir l'église dans leur village, ce terrain soit acquit aux frais seulement de leur communauté sans que les autres petit villages indépendans soient obligés d'y contribuer. Signé Bounder». (Archives départementales de la Haute Saône)

DE L'ÉGLISE PAROISSIALE A LA CHAPELLE

L'intendant et l'archevêque tiennent fermement pour la construction d'une nouvelle église. L’archevêque de Besançon ordonne, par le décret du 28 mai 1737, la construction d’une nouvelle église « attendu l'état ruineux de l'ancienne église, qui ne pouvait être réparée utilement, et sa situation sur une montagne incommode et impraticable pendant une partie de l'année ». Celle-ci devient le siège de la paroisse et porte le nom de ‘’Nativité de la Sainte Vierge’’. Les quatre communautés se soumettent finalement le 1er septembre 1741, annulant toutes leurs délibérations contraires antérieures. La nouvelle église paroissiale et un nouveau cimetière sont donc construits en 1743 sur le terrain du maire de Ronchamp, Antoine LALLEMAND, juste à côté de l'emplacement où se trouvait la chapelle Saint-Hubert, érigée pour les besoins du seigneur en 1269.

Cependant les paroissiens de Ronchamp ne se désintéressent pas de leur ancienne église, devenue simple petite chapelle. La cloche est réparée en juin et juillet 1790. Des « gardiens de la chapelle » sont nommés et chargés de la surveiller et de l'entretenir. Ainsi Claude CARDOT, est en décembre 1763 « garde-chapelle de l'ancienne église de Ronchamp », plus tard, on trouve Anne Marie PAUTOT, « gardienne de la chapelle de Ronchamp » ; en 1781, meurt Catherine BALLAY, « demeurant à l'ancienne chapelle ... pour la garde d'icelle » : ses biens, meubles et immeubles, sont remis par son légataire à Jean-Jacques MARSOT « demeurant garde chapelle à l'ancienne église paroissiale dudit Ronchamp ».

Il semble qu’à cette époque la chapelle fut réparée et modifiée (le clocher). L’abbé TOURNIER apporte les précisions suivantes : « Elle n'est pas grande, cette antique chapelle de la Vierge. Tout au plus si elle peut contenir une centaine de personnes. Ce n'est que le chœur de l'ancienne église, qui était parfaitement orientée, et dont la nef occupait l'emplacement pris aujourd'hui par le jardin qu'on voit en avant de la tour. L'ancienne tour de l'église se trouvait au flanc nord du chœur, qui forme la vieille chapelle d'aujourd'hui, à l'endroit où se voit, dans un contrefort moderne, une antique statue de sainte Barbe. Cette statue est dans une niche en pierre que son style permet de rapporter à l'ancienne église. Autour de l'église était le cimetière, dont plusieurs tombes ont été vues par des personnes encore existantes. » (Notre Dame du Haut-Abbé TOURNIER-1884)

Dans les années 1930 des anciennes pierres tombales étaient encore visibles et mêmes se devinaient sous le mince gazon. Aujourd’hui une seule de ces pierres est encore exposée près de l'actuelle chapelle, côté ouest. Il était très fréquent d'apporter ainsi à l'autel de Notre-Dame les enfants morts-nés, pour obtenir la grâce du baptême. Il y avait sur le versant nord de la chapelle, du côté du hameau de Mourière, le cimetière des mort-nés.

Gravures de la pierre tombale La pierre tombale exposée

Le 17 juin 1789, un voyageur venant de Clermont par Lure a traversé Ronchamp avant de rejoindre Belfort. Il raconte son odyssée dans un livre publié en 1817 : « À la sortie de Lure, ou a peu de distance le chemin est bordé d’ormes épais jusqu’auprès d’une petite rivière que l’on passe sur un pont ; cette allée couverte est apparemment la promenade publique, et, en vérité, il y en a de moins agréables ; elle est dans un bassin plat, fermé à des distances inégales par des montagnes d’inégales hauteurs, et dans cette plaine sont des bois, des étangs, beaucoup de villages, et des fermes en grand nombre ou des métairies éparses. Ronchamp est au pied d’une motte que le chemin tourne et qui est labourée jusqu’à son sommet ; c’est dans ce village qu’ est la première trappe de la ferme du côté de l’Alsace, et l’on n’y passe point sans être fouillé, imposé ou volé, ou tous les trois ensemble. La course de Ronchamp à Frahier est toute helvétique ; on fait ces 3 lieues dans les montagnes et les bois, côtoyant des ravins profonds, et ne trouvant en labours qu’un maigre sol semé d’avoine, de seigle et de sarrazin. Ces fractures montueuses inspirent de l’intérêt ; la vue se porte au loin, et les sites se renouvellent à chaque pas. »

LA CHAPELLE EN 1789

Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise d'assaut par les Parisiens. Ce jour marque la fin de l’Ancien Régime et le début de la Révolution française. À Versailles, le 10 octobre 1789, l’Assemblée constituante décide de nationaliser les biens de l'Église. Le 2 novembre, les biens du clergé sont mis à la disposition de la nation et la chapelle de Bourlémont devient bien national. Les années suivantes sont marquées par un grand désordre : exécutions sommaires, mise en marche de la guillotine, destruction des biens du clergé, etc. Cependant la petite chapelle sur la colline ne subira aucun dommage. En 1852, l’abbé VAUCHOT précise « Cette chapelle, resta ouverte au culte pendant la grande révolution de France (chose digne de remarque) : le saint sacrifice y fut célébré, des mariages y furent bénis, et la statue miraculeuse n'a pas même été déplacée de son trône, pendant que les autres monuments pieux devenaient la proie des dévastateurs révolutionnaires ».

Un expert désigné, Jean-Benoît ROCHET de la Houillère de Champagney, fixe la valeur de l’édifice à 600 livres. Le 9 thermidor de l’an 4 (27 juillet 1796), la chapelle est adjugée à Jean-Jacques MARSAULT, de Ronchamp. La commune demeure cependant autorisée à « reprendre à son compte l'objet vendu lorsqu'elle en aura besoin, puisque c'était autrefois l'ancienne église de la paroisse », à charge de rembourser le soumissionnaire : le commissaire du pouvoir exécutif auprès de la municipalité avait en effet observé que « si les cimetières de l'enceinte des communes doivent être transportés au dehors, le territoire de la commune ne présente aucun local propre à ce remplacement que l'enceinte de la chapelle ».

Plus tard cette vente est annulée et Jean-Jacques MARSAULT est déchu de son acquisition sans raison connue. Une nouvelle vente est organisée et c’est un négociant de Luxeuil, Claude François BILLY, qui est acquéreur le 9 pluviôse de l’an 5 (28 janvier 1797) pour la somme de 875 livres. En plus de la chapelle, le lot comprend un petit bâtiment attenant et du terrain.

Dessin de l'église en 1743 La chapelle en 1779 Plan de l'église en 1741 Plan de Ronchamp

Le 2 juin 1799 (14 prairial de l’an 7), un groupe d’habitants de Ronchamp composé de 45 chefs de famille, se cotise et pour la somme de 350 francs rachète le tout à Claude François BILLY. Ils craignaient de voir disparaitre leur Chapelle. L’édifice devient la propriété indivise de 168 personnes. « Par devant le notaire public et les témoins ci-après nommés fut représenté le citoyen Claude François Billy fils, négociant demeurant à Luxeuil, lequel a mis et met par ces présentes en son lieu et place pour jouir de l'effet de l'adjudication qui lui a été donnée le neuf pluviôse de l'an cinq de la République d'une chapelle située sur le territoire de la commune de Ronchamp étant autrefois la mère église de la même commune, avec un petit bâtiment y attenant, composé d'un petit poêle, d'une petite cuisine avec environ deux quartes et demie de chénevière, jardin et verger, faisant autrefois le cimetière, qui se trouve entouré d'une baye, à… »

Suit la liste nominative de tous les nouveaux propriétaires : elle est disponible au format pdf ici : listeindivis « …de la commune dudit Ronchamp, acceptants laditte cession par le fait de Jean-Claude Bourquin, de Joseph Didier, de Desle François Garnier, de Toussaint Joseph Bejeot, de Toussaint Joseph Bichet et de Sulpice Bejeot, en paiant à cet effet et ce moiennant la somme de trois cents cinquante francs que les ici présents acceptans, tant pour eux que pour les ci-devant nommés absents, ont paié comptant et réellement, passant cette, des deniers des co-acquéreurs et des leurs et par parts égales, audit citoyen Billy, cédant, qui, à ce moyen, s'est dévêtu et désisté de l'effet de l'adjudication cédée au proffit des acquéreurs, lesquels il en a revêtu et revête, mis et met en la vraie, réelle, actuelle et perpétuelle jouissance qu'ils pourront prendre quant bon leur semblera, sans autre garantie que celle qui lui est acquise par son adjudication, et sous la réserve expresse que les acquéreurs ne pouront jouir de l'objet de la ditte cession qu'en commun et ne poura pour quelle cause se puisse être être licitée, mais que cependant ceux qui ne se contenteroient pas d'en jouir ainsi pouront se faire rembourcer de leurs cottes parts des deniers qu'ils ont avancé, ce qui a été accepté, en renonçants à toutes exceptions et privilèges contraires au présent réserve. Ce qui fut fait, lu et passé en l'étude et par devant François Joseph Ballay, notaire public à la résidence de Ronchamp, l'avant midy du quatre prairial an sept de la république française une et indivisible, présents les citoyens Charles Godard, demeurant à Conflans, rencontré audit Ronchamp, et Joseph Levain, demeurant en ce dernier lieu, les deux témoins requis et sousignés avec le citoyen Billy, cédant, et les citoyens Jean-Claude Bourquin, Joseph didier, Desle François Garnier, Toussaint Joseph Bejeot, Toussaint Joseph Bichet, acceptants tant pour eux que pour les absents, et non ledit Sulpice Bejeot, aussi acceptant, qui a déclaré ne savoir signer de ce interpellé lecture faite.
(Signé) Didier Billy fils Ainé - Toussaint Joseph Begeot - Toussaint Joseph Bichet - Garnier - Jean-Claude Bourquin - Godard Levain - F. J. Ballay
».
(Archives départementales de la Haute Saône)

En 1801 est signé le Concordat entre le gouvernement français et le pape Pie VII, dont l’article N°1 stipule que « La religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France. Son culte sera public, en se conformant aux règlements de police, que le Gouvernement jugera nécessaire pour la tranquillité publique ». La chapelle est de nouveau ouverte officiellement au culte et les propriétaires la laissent à la disposition du curé de Ronchamp. Cependant ils continuent à exercer leur droit de propriété et nomment le gardien de la chapelle. Le 5 mai 1835, le cardinal Césaire MATHIEU, archevêque de Besançon, visite Ronchamp pour la première fois. Il trouve cette chapelle « dans un état déplorable » et constate qu'il « se commettait en ce lieu beaucoup d'abus ». Il s'efforce de reprendre en main l'administration du sanctuaire.

En 1834, il a été créé dans la commune un conseil de fabrique, et c'est lui qui en principe administre la chapelle. Mais l'archevêque ne juge pas conforme à la législation des cultes et aux règles ecclésiastiques que le gardien, un laïc, soit nommé par les propriétaires et que les revenus de la chapelle, constitués par les offrandes des pèlerins, fassent l'objet d'une comptabilité particulière, distincte de celle de la fabrique. Le 4 février 1838, le conseil de fabrique de Ronchamp approuve les plans et devis de réparation de la chapelle.

Un conflit s'ouvre entre le prélat et le maire de la commune, Jacques Xavier BALLAY. Celui-ci a plusieurs intérêts à agir, comme magistrat de sa commune, mais également en tant que trésorier de la fabrique et propriétaire indivis de la chapelle : responsable de l'application de la loi dans sa commune, il est garant des intérêts de la fabrique (qui profiterait de l'apport des revenus de la chapelle) et défend les intérêts des propriétaires du sanctuaire, qui, naturellement, veulent réserver les revenus du pèlerinage à l'entretien et à l'ornement de l'édifice.

Ce différend est la conséquence du statut particulier de la chapelle, bien privé, mais ouverte au culte public, ce qui la place légalement sous l'autorité ecclésiastique. Avec le soutien du préfet et du sous-préfet de Lure, l'archevêque impose son point de vue : il obtient du maire le renvoi du gardien et l'abandon au curé de Ronchamp du soin de « tout ce qui concerne les ornements et le service divin » ainsi que « la nomination et la révocation du sacristain ». En échange, par ordonnance du 22 avril 1839, il crée un vicariat à Ronchamp pour l'administration de la chapelle, sous l'autorité du curé.

L'ancienne chapelle sur la colline Détail de l'ancienne chapelle
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