LA SOCIÉTÉ POLARIS

PRÉAMBULE

La société Polaris arrive sur le site vers la fin de l'année 1957 et entreprend des travaux dans les anciens bâtiments des ateliers de la mine. Cette société devait fabriquer des verres polarisants. L'application de ce procédé occupe une place importante dans de nombreux domaines ; l'optique (lunettes, photographie, etc.), les radars, la séismologie, les télécommunications, etc... Tout d'abord, qu'est-ce que la lumière, la polarisation ? Sans entrer dans le détail, la lumière désigne les ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain. Elles se composent d'un champ électrique et d'un champ magnétique, perpendiculaires entre eux et contenus dans un plan perpendiculaire à la direction de propagation. Les longueurs d'ondes du domaine visible sont comprises entre 380 nm et 780 nm (nm désigne le nanomètre).

Onde de lumière Domaine visible de la lumière

Le filtre polarisant a été découvert et breveté en 1929 par l'Américain Edward H. Land qui l'améliorera en 1932. Il est surtout connu pour l'invention de l'appareil photo Polaroïd. Ce filtre se compose de très nombreux cristaux microscopiques incorporés dans un film transparent de polymère de nitrocellulose. Ces cristaux en formes d'aiguilles (aciculaires) sont alignés pendant la fabrication du film, soit par étirage ou en appliquant des champs magnétiques ou électriques. Ce film absorbe la lumière qui est polarisée parallèlement à la direction de l'alignement des cristaux, mais transmet la lumière qui est polarisée perpendiculairement à elle. Ce filtre permet de réduire toutes les sources d'éblouissement.

DE L'ENTHOUSIASME Á LA LIQUIDATION

La société s'installe sur le site vers la fin 1957 et prépare les ateliers de fabrication pour l'installation des nouveaux postes de travail et des nouvelles machines. Elle a bénéficié d'importantes subventions et de Fonds de l'État dont l'EDF pour la reconversion des employés. Ils sont environ une quinzaine à changer complètement de métier. Un exemple : Claude Léné quitte la mine le vendredi 13 décembre et le lundi 16, il entre à ''La Polaris''. Le 14 mai 1958, le journal ''l'Est Républicain'' écrit : « La Polaris va prochainement sortir sa première production de liquide polarisant ». Le 23 novembre 1958 il titre : « La visite inaugurale de l'usine POLARIS a enthousiasmé les autorités » et son compte rendu ne tarit pas d'éloges :

Nous avons brièvement relaté, dans notre numéro d'hier, la visite inaugurale qu'avaient faite, mardi, les autorités locales et leurs invités, à l'usine Polaris, installée depuis peu à Ronchamp, dans les anciens locaux de la Société des Houillères. Cette visite de circonstance a littéralement enthousiasmé les nombreuses personnalités présentes, qui se sont entretenues longuement avec les dirigeants de cette importante industrie de reconversion, ainsi qu'avec la main-d’œuvre elle-même. L'usine Polaris est composée d'un ensemble de réalisations techniques modernes qui contrastent avec l’ancienne disposition des lieux.
Du noir au blanc éclatant
Ceux-ci, par leur propre destination, ne pouvaient qu'être noircis par la poussière de charbon lorsqu'ils étaient le centre d'exploitation de la mine. Détail frappant dans ce secteur de contrastes, les anciens mineurs, jadis employés aux Houillères et qui ont choisi la reconversion, s'activent dans les ateliers clairs et d'une propreté exemplaire, dans des conditions exceptionnelles de rationalisation du travail. C’est, pour la plupart d'entre eux, en blouse blanche qu'ils travaillent. Les anciens mineurs se sont rapidement adaptés à un emploi plus agréable, moins rude et surtout moins salissant. Quel contraste pour les anciens des puits que de se voir maintenant responsables d'un service manuel qui prend place dans le cadre de la production de plus en plus intensive de l'usine.
Première usine du genre en France
Il faudrait un reportage complet pour dire tout ce que l'usine Polaris se propose de « sortir » de ses ateliers et pour dire ce qu'il en sort déjà à l'heure actuelle. M. Chadli, président-directeur général de l'entreprise, nous a précisé que les investissements se chiffraient, jusqu'ici, à 200 millions de francs (*) et qu'ils portaient sur du gros matériel, parmi lequel de nombreux prototypes, ne serait-ce que la fameuse machine polarisante. Polaris est, en effet, la toute première usine de France à traiter et à fabriquer des verres polarisants pour lunettes, instruments d'optique et de laboratoires, des filtres Polarisants et en couleurs, pour la photo scientifique notamment.
Les ateliers divers dont nous avons donné la nomenclature dans notre article d'hier, occupent, à l'heure actuelle, 80 ouvriers. D'ici peu, la Polaris compte porter son effectif au double. Belle promesse pour les travailleurs de Ronchamp, et que d'inquiétudes dissipées pour beaucoup d'entre eux...

Des voix autorisées le dirent
Successivement, MM. Chadli, Pheulpin, Elgozy, Maroselli et Robert dirent ce qu'il avait fallu de démarches, d'efforts patients et de sacrifices pour arriver à installer définitivement cette industrie à Ronchamp. M. Chadli a notamment souligné le rôle de M. Maroselli, qui a présidé à toutes les négociations permettant d'aboutir à une conclusion extrêmement heureuse de ce grave problème de la reconversion. M. Maroselli et M. Pheulpin s'attachèrent à louer le rôle de M. Elgozy, inspecteur général de l'administration, dont le but était de sauver Ronchamp avec tous ses défenseurs.
M. Maroselli conclut : « Ce n'est pas un souci de politique, croyez-le bien, qui m'a guidé dans la défense de la mine de Ronchamp et dans l'installation d'industries nouvelles. C'est uniquement pour la sauvegarde des travailleurs... »
Et M. Robert, au nom de la Chambre de Commerce de Lure, se félicita lui aussi de l'issue actuelle de la situation sérieuse créée par la disparition de la mine de Ronchamp
.(D. B.)

(*)Compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, le pouvoir d'achat de 200.000.000 anciens francs en 1959 est donc le même que celui de 3.480.216,92 euros en 2014.(Source: http://www.insee.fr/fr/ ). Le "nouveau franc" ou "franc lourd" entre en vigueur le 1er janvier 1960. Un nouveau franc vaut 100 anciens francs. Il redevient officiellement le franc en 1963.

Les autorités lors de la visite inaugurale Visite inaugurale

Janvier 1959 marque le début de la fin de la Société. Une dizaine d'employé sont envoyés dans l'entreprise Cotta de Ronchamp où ils sont ''payés à ne rien faire'' par EDF. Claude Léné en faisait partie. En juillet il entre chez Peugeot où il y fera toute sa carrière. Le 27 février 1959, la S.A.R.L. POLARIS a été admise au bénéficie du Règlement Judiciaire par jugement du Tribunal Civil de Lure, statuant en matière commerciale. Dans un règlement judiciaire d'une société il existe deux types de créanciers : les créanciers chirographaires et les créanciers privilégiés.

Un créancier privilégié bénéficie d'une garantie (nantissement, gage, hypothèque, privilège, etc.) qui lui assure une priorité de paiement sur les autres créanciers dits simples les créanciers chirographaires, de son débiteur. Un créancier peut être privilégié :
-soit parce qu'il dispose d'une garantie que lui a consentie son débiteur ou qu'il a obtenue en justice,
-soit parce que la loi le fait bénéficier d'un privilège en raison de sa qualité : les principaux créanciers privilégiés sont les salariés, le Trésor public, les organismes sociaux, les créanciers bénéficiant du privilège de conciliation lorsqu'une procédure collective est ouverte après cette conciliation, etc. Tous les créanciers privilégiés ne sont pas égaux. Lorsque plusieurs créanciers privilégiés se trouvent en concurrence, ils sont payés dans un ordre fixé par la loi, mais toujours avant les créanciers chirographaires. Un privilège peut porter sur un seul bien du débiteur, par exemple un gage sur une machine outil ou sur un véhicule. Il peut aussi porter sur un ensemble de biens du débiteur, par exemple le privilège pour le paiement des frais de justice qui porte sur l'ensemble des biens mobiliers du débiteur.
(https://www.service-public.fr)

Un créancier chirographaire est un créancier simple, c'est-à-dire ne disposant d'aucune garantie particulière (privilège, nantissement, hypothèque) lui permettant d'être payé avant les autres créanciers sur le prix de vente des biens de son débiteur. Il dispose seulement, comme garantie du paiement de sa créance, de l'ensemble des biens actuels et à venir de son débiteur. Il peut toutefois être garanti sur un autre patrimoine que celui de son débiteur, par exemple par un cautionnement accordé par un tiers. S'il n'est pas payé, un créancier chirographaire peut faire vendre les biens de son débiteur pour se payer sur le prix de vente, mais il est en concurrence avec tous les autres créanciers. C'est en ce sens que l'on dit que le patrimoine du débiteur est le gage commun de ses créanciers. Toutefois, lorsque le débiteur fait l'objet d'une procédure collective, le créancier chirographaire ne peut exercer de telles poursuites individuelles pendant la durée de la procédure. Et, en cas de liquidation judiciaire, seul le liquidateur peut solliciter du juge-commissaire une décision permettant la vente des actifs de ce débiteur. Lors de la vente des biens du débiteur, le créancier chirographaire vient après les créanciers privilégiés. Ensuite la répartition du solde éventuel se fait au marc le franc, c'est-à-dire que les sommes sont réparties entre les différents créanciers chirographaires au prorata de leur créance. (https://www.service-public.fr)

Le 5 janvier 1960, les contrôleurs au règlement judiciaire de la société adressent un rapport au juge en charge du dossier au Tribunal de Lure.Ils ont pris connaissance de propositions concordataires que M. Chadli compte soumettre à l'assemblée des créanciers le 19 janvier. C'est un plan en vue de retarder le règlement de ses dettes, d'en réduire le montant ou de procéder à leur réaménagement. Il s'avère que la société n'a fait aucun bénéfice durant cette période probatoire, mais elle pourrait se développer sous réserve de disposer de moyens de trésorerie suffisants pour assurer ses fabrications et que l'écoulement de cette fabrication se fasse à la cadence envisagée. Le gérant à l'intention d'augmenter le capital de la société de 10.000.000 Frs (soit environ 15.818.756 euros de 2014) et compte obtenir la caution de son associé américain et un crédit bancaire pour l'achat de matières premières. La vente des produits fabriqués est basée sur un contrat signé le 5 aout 1959.

Début janvier 1960, tous les créanciers reçoivent une convocation pour se rendre le 19, à 10 heures, au Tribunal de commerce de Lure. Ce courrier est accompagné de documents, dont un état de tous les créanciers, un état des créances inférieures à 50.000 frs, un état des propositions concordataires, les rapports des administrateurs et un ''Bon pour pouvoir''.

L'aventure industrielle de la Polaris se termine avec ce règlement judiciaire. La plupart des employés sont repris par la Société Maglum implantée sur le même site pendant que d'autres vont partir ailleurs. Le total des propositions concordataires se monte à 188.350.758 francs (1960).
« Le convertisseur franc-euro mesure l'érosion monétaire due à l'inflation. Il permet d'exprimer, sur la période 1901-2014, le pouvoir d'achat d'une somme en euros ou en francs d'une année donnée en une somme équivalente en euros ou en francs d'une autre année, corrigée de l'inflation observée entre les deux années. Compte tenu de l'érosion monétaire due à l'inflation, le pouvoir d'achat de 188.350.758 francs en 1960 est donc le même que celui de 297.947.486,84 euros en 2014. » (Source : http://www.insee.fr/fr/ )

Au printemps 1959, des employés de la société Polaris manifestent pour l'obtention de leur paie suite à la faillite de l'entreprise. Des femmes des anciens mineurs montent aux créneaux pour l'obtention de leur dû. La société a montré son incapacité et son incompétance dans la conduite des affaires.

Bâtiment de la société Polaris L'ascenseur Le laboratoire Le sous-sol du laboratoire Atelier à l'étage La façade Est
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