LES TRAGÉDIES DE LA MINE

LE GRISOU

Un physicien italien, Alessandro Volta, découvre et isole le méthane en 1778 en s'intéressant au « gaz des marais » (l'ancien nom du méthane). Le grisou est un gaz inodore, incolore et plus léger que l’air, et se compose de méthane (de 93 à 99,5%), d’éthane (de 0,02 à 2,8 %), d’hydrogène (de 0,00 à 0,23 %), d’azote (de 0,00 à 3,5%) et de gaz carbonique (de 0,03 à 3,4 %). Le grisou est présent dans tous les terrains issus de la décomposition des matières organiques et particulièrement dans les mines de houille où il se dégage surtout lors de l’abattage par des fissures ou des crevasses dans les terrains. Lorsque le dégagement est important, ces projections de gaz sont appelées ‘soufflards’ car elles émettent un bruissement semblable à celui d’un souffle, d’un bruissement. C’est un gaz très toxique et irrespirable qui se mélange très facilement à l’air ambiant et demeure en suspension au toit des galeries. La combustion du grisou prend une allure explosive lorsque sa teneur est comprise entre 6 et 12 % et ses effets sont dévastateurs dans les galeries et entraînent :

  • une production de flamme.
  • une formation d'une onde de pression très élevée qui se propage à des vitesses de 250m/s dans tous les travaux souterrains et détruisant tout sur son passage.
  • un violent retour d’air peut se produire pour remplacer le volume des gaz brûlés.
  • un dégagement de gaz brûlés : gaz carbonique et oxyde de carbone.
  • la combustion du grisou peut aussi mettre le feu à des matières facilement inflammables comme les poussières de charbon en suspension dans les galeries.

Le bassin houiller de Ronchamp Champagney était très grisouteux. «A l'époque du forage d'Éboulet, lorsque la sonde atteignit la houille, il se produisit un dégagement de grisou considérable » (Amédée Burat - 1874).
« Les mines de Ronchamp sont franchement grisouteuses, les deux couches en dégagent, mais en des proportions différentes. La couche inférieure est moins riche en grisou que la première ; néanmoins, elle en dégage suffisamment, particulièrement dans les parties vierges ou les premiers traçages, pour nécessiter les plus grandes précautions et interdire fort souvent le tirage à la poudre. Dans la première couche, la quantité de grisou qui s'échappe de la houille est parfois assez grande pour rendre illusoire tout moyen d'aérage et obliger à suspendre momentanément le travail.... »
« Il se dégage des fronts de taille avec un fort bruissement et fait pétiller le charbon dont les pellicules détachées par la force d'expansion du gaz au moment où il s'échappe des pores, sont lancées au loin....»
(François Mathet- 1881).

L’AÉRAGE

Dans toutes les mines, il est nécessaire de renouveler l’air et particulièrement dans les mines de charbon où cela devient une obligation pour de nombreuses raisons. D’abord le gaz carbonique produit par la respiration des ouvriers et par la décomposition des boisages, qui se concentre dans les parties basses des chantiers. Il y a aussi les fines particules de charbon et de schiste qui sont très dangereuses à respirer. La chaleur, qui dans les puits les plus profonds avoisine les 50° et rend le travail difficile. Mai surtout, c’est le grisou qui est le plus dangereux, car il provoque des asphyxies foudroyantes et explose à l’approche d’une flamme nue dès que sa concentration atteint les 5%.
Dans les premiers travaux où les galeries étaient peu profondes, l’aérage se faisait, soit de façon naturelle, soit à l’aide d’un faux-plafond ou encore par des ventilateurs à bras. C’est en 1821 que la présence du Grisou est détectée et que le nom de Pénitent entre en scène. Il était chargé de mettre le feu au grisou accumulé dans les galeries et son nom est tiré de son accoutrement pour se protéger.

« C'est au mois d'août 1821, d'après les rapports de l'époque, que l'on constata pour la première fois la présence du grisou dans un percement de la galerie du Cheval à une faible distance des affleurements. Cette constatation fut faite par M. Parrot, ingénieur des mines qui, à ce sujet, recommanda aux exploitants de prendre les précautions d'usage pratiquées à cette époque et qui consistaient à allumer le grisou qui s'était amassé au faite des galeries, par un ouvrier appelé Pénitent, qui se traînait en rampant et recouvert de linges mouillés. ». (François Mathet-1881)

Puis avec le fonçage des premiers puits, il était nécessaire de forcer l’air à descendre jusqu’aux chantiers les plus profonds. Ce qui fut fait au puits Saint Louis avec la mise en place du toc-feu: « ce compartiment ne consistait qu'en un tuyau de un pied carré de surface qui s'élevait jusqu'au jour et allait déboucher par un conduit horizontal, en maçonnerie, sous le foyer de la machine à vapeur». Vers 1853, on installe un autre foyer au dessus du puits N°7, c’est le toc-feu qui est un gros fourneau avec une haute cheminée (15 à 20 mètres). On entretient le feu dans ce fourneau en ayant soin de fermer toutes les issues à l’air extérieur afin que le foyer soit obliger de prendre dans le puits tout l’air nécessaire à la combustion. Ainsi un courant d’air continu se crée au fond de la mine. Les puits, de section plus ou moins rectangulaire sont équipés d’un compartiment pour la circulation de l’air.

En 1864 apparaît le premier ventilateur actionné par une machine à vapeur au puits Notre Dame d’Eboulet et par la suite presque tous les puits en seront équipés. L’augmentation de puissance des ventilateurs va entraîner le remplacement des cors d’aérage par les galeries elles mêmes qui seront équipées de portes pour distribuer l’air dans les chantiers en activité. Vers 1880, les puits vont s’adapter aux nouvelles méthodes d’aspiration forcée avec le creusement d’un deuxième puits à quelques dizaines de mètres du puits d’extraction et les anciennes fosses deviennent des puits d’aérage (Puits N°7, Sainte Barbe, Sainte Pauline, Saint Joseph, Saint Charles).
Dans la phase finale de l’exploitation à Ronchamp, on concentre toute l’aspiration de l'air sur deux puits ; le puits du Chanois et le puits Sainte Marie. Après la deuxième guerre mondiale, l’exploitant revient dans la zone des affleurements et le fonçage Robert sera équipé d’un ventilateur électrique qui assurera l’aérage dans tout le bassin de l’Étançon jusqu’au nord du hameau de la Houillère.

L’ÉCLAIRAGE PORTATIF DANS LES MINES

Avertissement : ce chapitre a pour seul but de donner quelques explications sur les moyens d’éclairage et leur évolution pour une meilleure sécurité du mineur dans le bassin houiller de Ronchamp. Des centaines de modèles et types différents ont été fabriquées. Le domaine des lampes de sûreté est une affaire de spécialistes.

Jusqu’au 19e siècle, l’éclairage dans les mines est assuré par une lampe à bougie, plus connue sous le nom de chandelle. c’est toujours une mèche entourée de suif (puis remplacé par la cire). Ces bougies étaient munies d’un dispositif pour les fixer sur le chapeau ou pour les accrocher (ou planter) dans les parois des galeries et permettaient aux mineurs de travailler les mains libres. Ces chandelles, d'un poids de 685 g et d'une hauteur a de 23 cm, ont été utilisées dans les galeries des affleurements de l’Étançon. Mais ce type d’éclairage a de gros inconvénients : éclairage très faible, la flamme s’éteint facilement et surtout cette flamme à feu nu peut engendrer une explosion de grisou.

Au début du 19 siècle, l’éclairage dans les mines subit une évolution avec l’avènement des lampes à huile. Ce sont des lampes munies d’un réservoir dans lequel une mèche trempe dans un combustible (huile de colza épurée, huile d’olives,..) et d’un crochet de suspension : ce sont les Raves ou raves Stéphanoises car elles sont originaires du bassin de Saint Etienne. Le réservoir d’huile permettait une autonomie de plus de 10 heures de travail avec une consomation horaire de de 10 à 15 grammes et c'est au mineur à qui incombe le soin de son éclairage. Mais elles possèdent les mêmes défauts que la bougie.

Vers 1815, suite à l’hécatombe des morts due au grisou dans les mines anglaises, un chimiste anglais, Humphrey Davy (1778-1829), est contacté pour étudier ce phénomène explosif. En même temps, un autre anglais, Georges Stephenson travaille sur le sujet et invente la première lampe de sécurité en ajoutant un treillis métallique autour de la flamme et de ce fait la flamme n’est plus en contact avec le gaz environnant. Quelques jour plus tard c’est Davy qui invente la même lampe et ce sera lui que l’histoire retiendra comme l’inventeur de la première lampe de sûreté, sans doute parce qu’il était déjà très connu à cette époque. Mais la lumière est affaiblie par le tamis qui s’use très rapidement du fait des hautes températures et la flamme peut le traverser dans certaines conditions (lampe inclinée). La flamme change de couleur en présence du grisou. Mais elle pouvait aussi s’éteindre facilement si le courant d’air dépassait les 1,70 mètres par seconde et elle s’encrassait facilement.

Vers 1815, William R. Clanny, un autre britannique modifie la lampe Davy en ajoutant un verre circulaire entre le réservoir et le tamis et il ajoute aussi une armature métallique pour protéger ce verre épais. Ce système permet une meilleure luminosité par rapport à la lampe Davy et elle sera déclinée en plusieurs modèles.

Dans le bassin houiller liégeois, une suite de catastrophes dues aux défauts de la lampe Davy, amène l'Académie royale des Sciences de Belgique à réclamer un mémoire sur les explosions catastrophiques dans les mines et sur les moyens de les prévenir. En 1840, un ingénieur belge Mathieu Louis Mueseler (1799-1866), modifie la lampe Davy en ajoutant un cylindre ce verre épais autour de la flamme et offre ainsi un gain de lumière très substantiel. En plus il diminue le tamis et fait diverses modifications pour améliorer le tirage. Cette dernière modification fait que la lampe s’éteint en présence du grisou. Dès 1842, cette lampe est utilisée dans tous les bassins houillers de Belgique et un certain nombre de mines françaises l’adopteront aussi.

Un ingénieur issu de l’école des mines de Saint Etienne, Jean Baptiste Marsaut (1833-1914), étudie le problème de l’éclairage en milieu grisouteux et fait de multiples expériences. A force d'études et de longues mises au point expérimentales, il crée sa lampe en 1840 qui fut reconnue comme la plus efficace. Il enlève la cheminée intérieure de la Mueseler et tout le système de diaphragme et ajoute un ou deux tamis très fin. Autre innovation ; l'ensemble est protégé par une cuirasse métallique rivetée et étudiée pour laisser pénétrer l'air. Ces lampes seront également munies d’une fermeture magnétique afin que les mineurs ne puissent l’ouvrir au fond de la mine. Ce modèle servira de base à toutes les nouvelles lampes de sûreté.

En 1883, un mécanicien allemand, Carl Wolf, a l’idée de remplace l’huile par de la benzine (dérivé de l’essence issue du pétrole). Ainsi avec ce nouveau carburant, l’éclairage est beaucoup plus puissant et les mineurs pouvaient rallumer leurs lampes eux-mêmes grâce à un allumeur incorporé dans la lampe. Elle ne fut acceptée par les mineurs français vers 1903 et a été fabriquée à des centaines de milliers d’exemplaires et utilisée dans toute l’Europe. Les fabricants européens vont s’inspirer du cette lampe et plusieurs centaines de modèles seront fabriqués jusqu’en 1930.

Au début des années 1900 une nouvelle lampe de sûreté fait son apparition, c’est la lampe JORIS. La société Hubert JORIS possédait 2 usines, une dans la région Liégeoise et l’autre à Jeumont dans le Nord de la France. Cette lampe à été conçue à partir de la lampe Wolf et sera déclinée en plusieurs types et un de ces types a été mise en service dans les Houillères de Ronchamp et notamment le puits Arthur de Buyer.

Dans les années 1930 une lampe de type Marsaut à benzine entre en service à Ronchamp et sera utilisée jusqu’à la fermeture en 1958.

Vers 1925 1930 les premières lampes électriques portatives JORIS apparaissent dans les mines. Le réservoir est remplacé par une pile ou un accumulateur et la flamme par l’ampoule électrique protégée par une cloche de verre et une armature métallique. Cependant elles gardent plus ou moins la forme des anciennes lampes à huile et le verrou électromagnétique est toujours de rigueur. Mais, avec la généralisation des installations électriques, ce type de lampes aura du mal à s’imposer dans les mines. Il y a toujours le risque que la cloche de verre et l’ampoule se cassent, alors le filament incandescent peut enflammer le grisou et en plus elles ne permettent pas de détecter le grisou. Elles seront encore améliorées avec des dispositifs de coupure du courant. Cette lampe fera partie de l’équipement des mineurs de Ronchamp jusqu’à la fermeture en 1958.

Enfin après la deuxième guerre mondiale, les lampes au chapeau (casque), d'origine américaine, avec accumulateurs rechargeables sont progressivement mises en service dans les Houillères, mais à Ronchamp elles ne furent pas utilisées.

Lien lampes

LES CATASTROPHES

La mine a toujours été dangereuse et celle de Ronchamp a couté la vie à plus de 180 de ses employés durant plus de 200 ans d'exploitation. Le grisou a été la cause des plus grandes catastrophes avec plus de 70% de victimes.

10 avril 1824 – Puits Saint Louis

Au commencement de 1824, un dégagement important de grisou s'était montré dans une reconnaissance au Nord du puits Saint-Louis qui suivait un accident séparant le puits Saint-Louis de la galerie Bas-vent. Au moyen d'un ventilateur à bras, on envoya ce grisou dans les galeries de roulage où il y avait un courant d'air actif et on espérait qu’il soit assez dilué pour le rendre inoffensif. Le mélange explosif se répandit ainsi dans de vieux travaux situés à 50 mètres au nord du puits. L'explosion se produisit soit au contact de la flamme des lampes des ouvriers circulant dans la galerie, soit par suite de l'entrée de l'un d'eux avec sa lampe dans les vieux travaux.
Quoiqu'il en soit, l'explosion fut très violente et ses effets se firent sentir jusqu'à 800 mètres de distance ce qui semble bien prouver que l'atmosphère était vicié par le gaz sur un assez long parcours depuis le chantier. Il y eut un Maître Mineur et 19 mineurs ou rouleurs tués et 15 blessés plus ou moins grièvement. A ce moment et à la suite de cet accident, l'Administration des Mines imposa l'emploi de la lampe Davy dans toute l'exploitation à partir du 1er juillet 1824. Mais cette adoption rencontra une grande résistance de la part des ouvriers. Le 21 janvier 1826 l’Etat prescrit l’usage exclusif de lampes de sûreté dans le bassin houiller de Ronchamp - Champagney, prescription tempérée plus tard par quelques dérogations.

31 mai 1830 – Puits Saint Louis

Cette catastrophe fut déterminée par l'imprudence d'un ouvrier qui, pour dépourrer le grisou, lequel, à la reprise du travail, le lundi, occupait le faîte des galeries, se servit d'une canette de poudre, qu'il alluma et produisit une explosion considérable qui causa la mort de 30 ouvriers (5 sont décédés à l’infirmerie à 200 mètres du puits) et en blessa 5 autres et détruisit aussi les travaux. A la suite de cet accident, l'ingénieur des mines ordonna qu'à l'avenir, le dépourrage (diluer le grisou en agitant une veste ou une toile) du grisou à la reprise du lundi serait fait avant la descente du poste par un maître mineur et 4 ouvriers, et il réduisit à deux le nombre de tailles en activité, au lieu de six. Il modifia également le système d'aérage en s'efforçant de le rendre toujours ascendant et en exigeant que les murs d'aérage, servant de cloisons, fussent toujours poussés à 2 mètres du front de taille, enfin en réduisant de 5 mètres à 3m,50 la largeur des tailles.

29 janvier 1857 – Puits Saint Charles

L'explosion de gaz du 29 janvier 1857 serait due à la négligence d'un ouvrier, dans la galerie à travers bancs du puits Saint Charles. Le 29 janvier à onze heures et demie du matin, le gaz fit explosion dans les ouvrages de la deuxième couche du puits Saint Charles à environ 300 mètres en contrebas de l'orifice et à 150 mètres au sud de ce puits. Le bilan est lourd : 8 ouvriers atteints mortellement et 5 autres plus ou moins grièvement blessés. A la suite de ces événements, le directeur de la Houillère, un ingénieur, un sous-ingénieur ainsi qu'un maître mineur en chef ont été inculpés par le Procureur impérial d'homicide par imprudence et le Tribunal de Première Instance de Lure a rendu le jugement suivant à l'audience du 21 juillet 1857.

14 mars 1857 – Puits Saint Charles

Une seconde explosion moins meurtrière que la précédente et qui causa la mort à deux ouvriers, se produisit dans le montage Coppin, pris au couchant sur la 12e taille du puits incliné, dans la 1er couche. Deux mineurs, vers 11 heures de la nuit, pour couper un peu de sol, dans une galerie dont l'avancement était à peine à 3 mètres du retour d'air, firent partir un coup de mine qui détermina une inflammation de grisou. Ces deux ouvriers furent tués sur place et les flammes ne s'étendirent pas à plus de 30 mètres.
Cet événement présente ce fait particulier que, avant l'accident, comme immédiatement après, il n'a pas été possible de constater la moindre trace de grisou, ni au chantier, ni dans le montage par où l'air frais arrivait. La couche, dans cette partie, dégageait fort peu de grisou, et la proximité d'un courant d'air très pur semblait à priori devoir enlever toute chance d'explosion. En examinant attentivement les lieux et les parties voisines, on arriva à expliquer cet accident de la manière suivante.
Dans le montage Coppin qui mettait en communication soit pour le roulage, soit pour l'aérage, la galerie supérieure du puits incliné avec la 12e, il existait une gaine d'aérage composée de tuyaux en bois de 0,60 X 0,30, qui servait à écouler le grisou qui s'accumulait dans une cloche située au-dessus du boisage, dans la galerie inférieure au passage d'une faille. Il s'était produit en ce point, lors de l'explosion du 29 mars, un fort éboulement, et le grisou qui s'y accumulait était évacué au moyen de la porte à guichet et des tuyaux. Il a été admis que par une coïncidence fatale, un peu avant l'allumage du coup de mine, la porte, pour le besoin du roulage ou par négligence, fut laissée ouverte pendant un certain temps, puis refermée juste au moment où les mineurs du chantier, après avoir allumé la mèche, se retiraient pour se garer de la mine. Alors le grisou, qui s'était accumulé dans la cloche pendant le temps que la porte était restée ouverte, fut de nouveau entraîné par le courant d'air et vint s'allumer sur une flammèche lancée par le coup de mine au moment même de son explosion.

10 août 1859 – Puits Saint Joseph

Par ses sensations irréfléchies, un mineur, sous l'influence du milieu, jette violemment sa lampe à terre, et provoque par son geste, l'explosion du grisou. A 11 heures du matin, deux explosions se produisent dans un court intervalle (45 minutes) et l'incendie se déclare dans les boisages du puits.
Les mineurs ont péri à 440 mètres de profondeur dans une galerie de 390 mètres de long où les travaux communicants se trouvaient en partie, en descenderie, avec des montages. Aucun moyen humain ne peut permettre d'arriver sur les lieux où gisent les cadavres de 29 mineurs (un poste au complet). Parmi ces victimes, 4 manœuvres qui se trouvaient à leur poste, au treuil, ont été retrouvés sous les manivelles. La lampe Davy avait été remplacée par la lampe Mueseler. Utilisée vers 1850, cette lampe très sûre présentait l'inconvénient de s'éteindre facilement quand on l'incline. Vers les cinq heures du soir, les ouvertures du puits sont bouchées. Les gratifications remises par le Conseil d'administration aux personnes s'étant distinguées par leur zèle et leur dévouement pendant le sauvetage s'élèvent à la somme de 1 200 F.

« L'accident se produisit vers 11 heures du matin ; prévenu aussitôt, je descendis de suite avec un maître mineur. Quelques ouvriers nous avaient précédés sur les lieux, mais personne n'avait encore pu pénétrer du côté du Couchant. Les derniers ouvriers occupés clans les travaux du Levant, de beaucoup les plus importants, remontaient au jour avec la seule cage disponible, l'autre ne pouvant descendre jusqu'au fond, à cause de la rupture de la gaine d'aérage. Tous les mineurs du Levant, qui avaient à peine sentis la commotion, ne quittèrent leurs travaux que sur l'ordre qui leur en fut donné. Je me portais de suite du côté du Couchant et je constatais que la porte P du 1er plan avait été arrachée. J'ordonnais de la remettre en place, afin de diriger l'air frais dans la galerie et de nous permettre de nous avancer pour retirer les premières victimes que nous rencontrerions. Mais à une distance de 25 ou 30 mètres, les fumées et l'air vicié nous arrêtèrent, nous revînmes alors vers la porte P.

Il s'était écoulé environ 45 minutes depuis l'explosion ; à ce moment, nous sentîmes un courant d'air frais venant des travaux, et presque aussitôt tous ceux qui se trouvaient là furent enlevés et roulés jusqu'au puits, où le maître mineur fut précipité. Une poussière épaisse, mêlée de flammes, nous enveloppa et s'engouffra dans le puits en refoulant violemment l'air frais devant elle. A ce moment descendaient un des ingénieurs et plusieurs hommes sur la seule cage disponible qui fut arrêtée un instant dans sa descente par l'ouragan. Grâce à ce secours inespéré, nous pûmes tous remonter au jour meurtris et légèrement brûlés. Devant l'impossibilité de descendre pour procéder au sauvetage, sous peine de nouvelles victimes, et ayant acquis la triste certitude que nul être vivant n'existait au fond, j'ordonnais de fermer l'orifice du puits par un barrage hermétique, afin d'éteindre le commencement d'incendie qui avait dû se produire dès la 1re explosion et qui, sans nul doute, avait déterminé la seconde et pouvait en faire naître d'autres encore.

Ce ne fut que 15 jours après la fermeture que d'accord avec l'Administration des mines, on put rentrer dans les travaux et relever les cadavres. L'examen attentif de tous les faits recueillis pendant l'enlèvement des victimes, touchant leur situation, leur attitude, comme de ceux qui résultaient de l'état des galeries, ont démontré d'une manière indubitable que le grisou avait été allumé à la suite d'une rixe entre les deux mineurs qui travaillaient dans la remontée AB. Les corps de ces deux ouvriers furent, en effet, trouvés au bas de leur chantier, enlacés l'un dans l'autre et dans la position de deux hommes qui luttent, tandis que leurs lampes étaient restées accrochées au sommet de la cloison, au point A. Un chef de poste, dont le corps fut retrouvé au bout de la galerie voulut sans doute s'interposer et les séparer ; dans la mêlée, sa lampe que l'on ne pût retrouver tout d'abord fut projetée dans le cul-de-sac formé par la galerie d'allongement, arrêtée pour le moment et dont l'extrémité était remplie de grisou et barrée. Ce fut en ce point qu'elle fut plus tard ramassée, privée de son tissu qui dans la chute s'était séparé de la lampe. » (François Mathet - 1881)

15 juin 1862 - Puits Saint Joseph

C’était un dimanche et une équipe de 4 ouvriers (2 charpentiers et 2 mineurs) devait effectuer une réparation dans le puits à l'étage 380. La maintenance ou les réparations étaient effectués les jours fériés pour ne pas perturber la marche de la mine. A cet étage les cages sont déposées sur des taquets pour permettre l’entrée des chariots. Ces ouvriers, travaillant habituellement dans ce puits, connaissaient la présence du grisou et malgré tout une explosion s’est produite. Ils sont tous projetés au fond du puits (453 mètres) dans l’eau d’un puisard. Cette explosion entraîne également la chute de morceaux de bois, de madriers et de gravas qui ne laisseront aucune chance aux 4 ouvriers. Les victimes sont: Mathias Guldemann de Champagney, 57 ans, charpentier; Alexandre Raiff de Champagney, 52 ans, charpentier; François Juif de Champagney, 24 ans, mineur; Jean-Baptiste Lambelin de Champagney, 37 ans, mineur. Une dizaine de jours plus tard, 3 corps seulement seront exhumés. Le tribunal de Première Instance de Lure a statué conformément à l'article 19 du décret du 31 janvier 1813. Le jugement du 4 septembre 1862 reconnaissait que le corps n'avait pas été trouvé. Il semble que le corps de J-B Lambelin aurait été retrouvé 24 ans plus tard.

23 janvier 1869 - Puits Sainte Marie

Au mois d’avril 1868 une communication est établie entre le puits Saint Charles et Sainte Marie en suivant une petite veine de charbon et l’aérage est assuré par le ventilateur Guibal installé au puits Saint Charles en mai 1861. Le 23 janvier 1869, 5 ouvriers sont occupés dans 2 chantiers : un travers-bancs et une galerie d’avancement. La veille du drame l’ingénieur Mathet visitait ce chantier et constatait que «le courant d'air était si actif et si pur que toute apparence de danger ne pouvait être soupçonnée». Vers minuit une explosion de grisou cause la mort foudroyante des 5 ouvriers et 2 autres ouvriers sont asphyxiés en voulant leur porter secours. Les victimes sont: Clerget Claude, chef de poste, Le Rhien ; Clerget Joseph, mineur, Le Rhien ; Dupont François, mineur, Mourière ; Godet François, mineur, Malbouhans ; Jardon Charles, mineur, La Houillère ; Lamboley François, mineur, Recologne ; Roy François, manœuvre, Lure. L'ingénieur, François Mathet, enquêta pendant plus de 2 mois sur les causes de ce drame et voici ses conclusions.

1er septembre 1879 - Puits du Magny

Après 6 ans de fonçage, ce puits commence à entrer en exploitation à partir du 8 juillet et il y avait donc peu de chantiers en cours. Le 31 août, à 18 heures, une équipe de 22 mineurs descend dans le puits : 2 chefs de poste, 11 mineurs, 7 manœuvres, 1 maçon et 1 cantonnier. Durand la nuit, les chefs de poste visitèrent plusieurs fois les chantiers sans détecter d’anomalies. A 3h45, 4 hommes se dirigent vers la recette où 2 autres sont déjà dans la cage et avaient donné le signal pour remonter. C’est à cet instant que l’explosion se produit et qui va causer la mort de 16 ouvriers. Le bilan aurait pu être encore plus catastrophique, car le jour même de l’accident, 80 ouvriers venant du puits Saint Joseph qui venait de fermer, devaient descendre dans ce puits. Un brillant mathématicien, physicien et philosophe, Henri Poincaré (1854-1912) est nommé ingénieur des mines fin mars 1879 et début avril il est désigné à ce poste à Vesoul où il est responsable des Houillères de Ronchamp et c’est lui qui va établir le procès verbal de cet accident.

24 juin 1886 - Puits Saint Charles

Le mercredi 23 juin au soir, une équipe de 24 mineurs, comprenant 1 chef de poste, 16 mineurs et 7 manœuvres, descend pour rejoindre leurs quartiers de travail ; les chantiers ZIZI et PINGAND. Tout ce monde est confiant car depuis près de 30 ans il n’y a pas eu d’accidents dus au grisou. L’aérage avait été beaucoup amélioré depuis la récente jonction avec le puits N°10 qui sert justement de puits d’aérage.

Le jeudi 24, vers 2 heures du matin, une très violente détonation secoue le puits Saint Charles. Au puits Sainte Marie, distant de près de 1400 mètres, des ouvriers entendent une très violente détonation venant du fond. D’autres, sur le carreau de Saint Charles et du puits N°10, ressentent un fort coup de vent avant que les fumées ne sortent des puits. Aussitôt tout le monde se précipite à Saint Charles, y compris les ouvriers qui accourent pour sauver leurs camarades. Les premiers sauveteurs descendent par le puits N°10 et découvrent l’ampleur de la catastrophe avec les galeries remplies de fumée où les éboulements sont très nombreux. Le rétablissement de l’aérage va permettre aux sauveteurs d’avancer beaucoup plus loin et de constater l’état catastrophique des galeries : le réseau éboulé s’étend sur une longueur de près de 3 kilomètres.
Le directeur général de la Houillère, M. de GOUMOÊNS est également présent sur les lieux. Le premier trouvé est le chef de poste, Augustin BRUEY, qui est encore en vie parce qu’il était loin de l’explosion. Mais il a été gravement intoxiqué et il ne pourra jamais reprendre son travail. Les sauveteurs sont obligés de passer par le puits Saint Joseph distant de près de 600 mètres d’où ils remonteront 8 cadavres, le lendemain 7, le 30 juin 3 et les 3 derniers le 1er juillet. Dès l’annonce de la catastrophe, le parquet de Lure, le préfet et le commandant de la gendarmerie se rendent sur place pour l’enquête d’usage. En fin d’après midi, c’est le nouveau ministre des Travaux Publics qui est attendu, M. Charles BAÏHAUT. Il a été député de la Haute Saône et a été impliqué et condamné dans le scandale financier de Panama.

Les victimes sont originaires de Ronchamp, Champagney, Malbouhans et Fresse et un service funèbre est prévu dans chacune des paroisses. A Ronchamp une cérémonie plus importante s’est déroulée à Ronchamp en présence des autorités civiles et militaires dont l’Archevêque de Besançon. Une enquête minutieuse a été effectuée, mais il n’a pas été possible de déterminer la ou les causes exactes de l’accident. La veille de la catastrophe, les chantiers n’étaient pas grisouteux et de plus il n’y a pas eu de coups de mine de tirer. A cette époque on utilise la lampe Marsaut qui est beaucoup plus perfectionnée que la lampe Mueseler. Les enquêteurs trouvent 2 lampes avec le verre brisé et remarquent l’absence de poussières collées sur les parois et les bois faisant face à l’explosion.

Certains mineurs ont été surpris par l’explosion car ils n’avaient pas quittés leur poste de travail. D’autres se sont déplacés vers la galerie de retour mais sont restés groupés. Un autre groupe de mineurs a été retrouvé sans lampes, presque en file indienne et face contre terre. Ils ont sans doute été foudroyés par le grisou en tentant de fuir. Cette enquête sans réponses, va une nouvelle fois remettre en cause le système d’aérage et aussi la fiabilité des lampes. La sécurité sera renforcée et une plus grande vigilance sera recommandée à tout le personnel. Cette catastrophe due au grisou a été la dernière dans le bassin houiller de Ronchamp Champagney.

Liste des victimes: 24 juin 1886

16 août 1912 - Puits du MAGNY

En 1909, les travaux débutent pour établir une liaison entre le puits du Magny et le puits Arthur de Buyer. En 1911, ces deux puits entrent en communication par 1200 mètres de galeries avec des directions et des pentes variables. Le 14 août 1912, après le passage à la lampisterie, environ 70 hommes descendent dans le puits pour se rendre dans les quartiers en exploitation. Vers 20h 30, une vague odeur de brûlé se fait sentir mais rien d’alarmant ; cela arrive souvent avec le frottement des freins ou des câbles. Mais rapidement, ce sont les fumées qui envahissent les galeries et la panique s’installe en entendant ces paroles angoissantes : le feu dans le puits.

Tout le monde se précipite à la recette pour remonter le plus rapidement possible. Ils sont 7 à attendre la cage qui doit les remonter dont le maître mineur Auguste JEANBLANC. Celui-ci entraîne ses camarades, sans équipements de secours, vers les écuries pour éteindre l’incendie. Le lendemain matin, à 8h 20, la relève arrive pour terminer l’extinction du feu. Les 7 mineurs, à bout de force après une lutte de plus de 20 heures, remontent à la surface mais après vérification des présences, 4 noms manquent à l’appel. Les équipent de secours descendent et parcourent les galeries à la recherche des 4 manquants. Ils sont retrouvés le lendemain soir à 600 mètres des écuries, dans la galerie de retour où ils sont morts asphyxiés et brûlés. Il restait 150 mètres à faire pour être sauvés.

Le feu s’était déclaré dans les écuries où il y avait forcément du foin ou de la paille et certains mineurs venaient s’y reposer. Des rumeurs ont circulé ; le feu serait du à l’imprudence d’un mineur (allumettes, cigarettes,..). L’enquête n’a pas permis de déterminer les causes de cet incendie et des mesures encore plus sécuritaires seront prises par la direction des Houillères. Après ce drame, une souscription a été lancée par le municipalité pour venir en aide aux familles des victimes. Le montant s’élevait à 2852.75 francs et cette somme à été répartie entre les 4 veuves et les 8 orphelins. Les victimes; Charles Charmy de Ronchamp, Léon Dague de Fresse, Alfred Fernette de Clairegoutte, Eugène Pequignot de Champagney. Un des 7 mineurs, Fernand MATHEY, a consigné ces tragiques journées.

10 juillet 1930 - Puits du CHANOIS

Dans les puits des hommes étaient particulièrement chargés de vérifier la colonne du puits et de réaliser les réparations ou des modifications comme le coffrage, les guides cage, les câbles de sonnerie ou les moises. Ces visites étaient effectuées la nuit par une petite équipe pour ne pas perturber la production pendant la journée.

«A quatre heures du matin, trois hommes venaient de terminer leur travail, une cage déposée à la recette, une autre fonctionnant avec un faux pont ajusté pour permettre le travail et le transport du matériel. Travail de routine exécuté par des hommes qui connaissaient tous les dangers de la mine. Les manœuvres s'effectuaient lentement sur signaux de sonnerie ou de cloche répétés par un homme « d'attention » qui annonçait au machiniste les manoeuvres (haut, bas, stop), suivant des consignes réglant le code des signaux. Fausse manœuvre... Erreur de distance, freins en mauvais état, toujours est-il que deux hommes se trouvant sur le faux pont furent écrasés entre cette plate-forme et la cage immobile. » (Le Galibot)
Le troisième (Ernest Leuvrey) qui se trouvait dans la cage à cet instant, a échappé à la mort. Les victimes: Abel Chagnot du Rhien et Auguste Eugène Mathey (né le 22 mars 1888) du Chérimont. Selon la fille d'Eugène Mathey, Rose Georgette Brachin (101 ans le 1er janvier 2013) , le machiniste Marc Durin, traumatisé par l'accident, s'est sauvé dans les bois. Il a été retrouvé au bout de trois jours. Plus tard, il partira travailler dans les mines de potasse en Alsace.

16 décembre 1950 - ÉTANCON - Galerie FOURCHIE

Avertissement : ce chapitre est une compilation des différents articles parus sur ce sujet et notamment les journaux de l’époque dont l’Est Républicain, Les Petites Affiches de la Haute Saône, l’Alsace, Paris Match et les archives du Musée de la Mine. Ce document a aussi été réalisé en étroite collaboration avec deux anciens de la mine: Yvan Rantic et Jean Wyrwas.

Cette dernière tragédie de la Mine a pour cadre la forêt de l’Étançon. Entre 1750 et 1830, beaucoup de travaux par galeries plus ou moins profondes sont effectués dans ce lieu qui s’appelait alors la forêt d’Autausson et au cours de l’histoire ce nom allait changer pour devenir la Tancose, puis la Tançon et enfin la forêt de l’Étançon. En 1949, l’E.D.F. qui a en charge toute la gestion du bassin houiller, commence à foncer le puits N°13 bis, que tout le monde appellera le puits de l’ Étançon. En 1950, lors de l’accident, la presse écrite parle d’arrivée d’eau dans le puits et même aujourd’hui beaucoup de gens sont encore persuadés que cette catastrophe a eu lieu dans ce puits. En réalité, cet accident est survenu dans la galerie de base qui communique par des montages avec la galerie Fourchie dont la sortie au jour est à environ 200 mètres du puits. A cette époque il n’y a aucune galerie de communication entre le puits et les travaux en Fourchie.

Cette fin d’automne 1950 est marquée par une importante période de pluie et le 16 décembre toute la région a déjà revêtu son manteau blanc et dans tous les foyers on commence à préparer la fête de Noël. Le 14 décembre les Houillères de Ronchamp recevaient la visite de la commission d’enquête parlementaire et ce fut l’occasion pour le Comité de Défense de faire entendre sa voix par le biais de son Président, M. Alphonse PHEULPIN, qui déjà au mois d’octobre avait envoyé un courrier au député sur le devenir de la Mine.

Le jeudi 14 décembre, l’Ingénieur des Mines, M. GONNEAU, accompagné des services spéléologiques des Charbonnages de France, inspectent la galerie et ne trouvent rien d’anormal. Cependant, le 16 décembre, en fin de matinée quelques petits éboulements se produisent et les travaux sont interrompus mais seront repris par l’équipe d’après midi. Celle-ci se compose de 21 mineurs qui prennent leur travail sans se douter de la fin tragique de cette journée. Vers 14 heures, le chef d’équipe Augustin PIGUET, en constatant un probable danger, fait évacuer le chantier. Quatre mineurs se rendent dans une taille voisine (un montage) et continuent leurs habituels travaux pendant que 4 autres évacuent le charbon laissé en fin de matinée. Les autres s’affairent aux divers travaux d’entretient et de réparation. Il est 17 heures 30, c’est l’heure du casse-croûte et le chef d’équipe A. PIGUET répare un moteur à 30 mètres sous terre, quand il s’aperçoit qu’une brutale et importante arrivée d’eau surgit dans cette galerie de base. Il a tout juste le temps d’attraper le jeune André BOFFY (16 ans), qui perd pied. Il donne l’alarme en poussant un déchirant « Sauve qui peut » à l’attention de ses camarades. Une fois le jeune mis à l’abri dans la galerie de tête, il redescend aussitôt pour porter secours à ses copains mais presque tous ont pu regagner l’air libre par leurs propres moyens. Immédiatement il pense à ses 4 compagnons dans la taille en montage, mais devant la rapidité foudroyante avec laquelle l’eau monte, il rebrousse chemin et va donner l’alarme.
En 2000, pour le cinquantième anniversaire de cette tragédie, André Boffy raconte son sauvetage. Sur les coups de dix-sept heures trente il aperçoit des lampes de mineurs portées par des hommes, qui courent dans la galerie centrale située à quelques dizaines de mètres... «je pensais qu'ils allaient chercher des chariots». Il ajoute :«puis tout a été très vite, j'ai vu arriver l'eau et le chef porion, Monsieur Piguet, qui me criait de me sauver..Je voulais prendre ma musette et ma lampe.., je n'ai pas eu le temps, l'eau arrivait avec une force incroyable, emportant bois et chariots sur son chemin. Monsieur Piguet, voyant mes quelques secondes d'hésitation, s'approcha et me tira par les cheveux... Je perdais déjà pied... il ne restait que quelques dizaines de centimètres pour atteindre la voûte de la galerie. II me tira ainsi sur trente mètres environ, remontant la galerie à contre courant. Arrivé au-dessus J'étais sauvé, grâce à mon chef ...sans lui j'aurais écouté ma première réaction, courir en direction de mes quatre mineurs qui étaient plus haut dans la galerie».
Il reprit son travail au mois de janvier 1951, quelques semaines passèrent, et sa mère décida qu’il quitterait l’exploitation minière. Ce qu’il fit pour se reconvertir dans un tissage d’Héricourt où il termina sa carrière.

La Direction des Houillères est avertie et aussitôt la Directeur Général, M. SOLASSE, l’ingénieur principal, M. EGERMANN et ses adjoints se rendent sur place pour prendre les premières mesures d’urgence. En même temps le lugubre mugissement de la sirène avertissait les pompiers et la population de la vallée du Rahin. Très rapidement tout le monde accourt à l’Étançon ; les pompiers, les mineurs, les familles, le Maire de Ronchamp (A. PHEULPIN), le docteur des Mines (M. MAULINI), la gendarmerie et aussi les curieux. A 18 heures c’est le déclenchement du dispositif de sécurité médicale et sociale mis au point en 1946 par le Directeur Général des Mines, M. SOLASSE, et le docteur MAULINI. Dès l’alerte donnée, un poste de secours est organisé sur le carreau du puits avec la réquisition d’ambulance, la mise en place de tout le matériel et le chauffage des vestiaires. Au poste de secours, des moyens de réanimation sont préparés : quatre baignoires avec l’eau chauffée à 45°, 8 couvertures de laine chauffées, 4 litres d’alcool à 90° pour la friction. En même temps le chirurgien des Houillères, le Docteur ESTRAGNAT à Lure, est prévenu et a pour mission de réunir l’équipe de réanimation. Les pompes de la mine sont mises en action et vers 20 heures, le Capitaine des pompiers fait installer une motopompe à moteur thermique au fond de la galerie Fourchie avec l’aide de quelques mineurs (180 mètres de tuyau de diamètre 70 mm sont installés). Mais cette opération insensée a faillit coûter la vie à plusieurs sauveteurs avec le dégagement d’oxyde de carbone et peut être aussi les gaz chassés par la montée des eaux. Tous les occupants sont intoxiqués et une équipe de sauveteurs ramène au jour les 22 asphyxiés dont 11 mineurs et 11 pompiers. Ils sont immédiatement transportés au local des vestiaires où le docteur MAULINI donne les premiers soins, assisté des pompiers de Belfort avec leurs appareils respiratoires. Le service de secours de la Mine, les pompiers de Vesoul et de Lure sont aussi présents sur le site. Vers 21 heures les sauveteurs intoxiqués, mais hors de danger, sont transportés à l’infirmerie des Houillères, puis à leur domicile. Cependant cinq d’autres eux présentaient des signes de coma, dont deux sont redirigés vers la Clinique de Lure pour quelques jours d’hospitalisation.La galerie Fourchie est alors interdite d’accès sauf pour la pose d’un conduit d’aérage et vers 23 heures 30 le pompage redémarre mais la motopompe commence à s’échauffer.

Le Préfet, son Chef de Cabinet, le Sous-préfet, le Conseiller Général, le Maire de Lure arrivent sur les lieux où le service d’ordre est assuré par la gendarmerie locale mais sous les ordres du Capitaine RAUCH de LURE. Dès l’annonce de la catastrophe, tout est mis en œuvre dans la région et même bien au-delà pour secourir les quatre mineurs emmurés. Le Préfet, M. LARRIEU, se met en contact avec le Directeur du Cabinet du Préfet de Police de PARIS pour obtenir l’aide des sapeurs pompiers. Cette arrivée massive d’eau a provoqué l’effondrement du puits Henri IV, distant de 500 mètres, où un prunier a été englouti dans l’excavation béante. A 150 mètres de la galerie Fourchie, le très ancien puits Petit Pierre s’est également ouvert où plus de 200 mètres cubes de schistes seront nécessaire pour le combler. Vers 0 h. 15 nouvelle alerte pour porter secours à un deuxième groupe de sauveteurs intoxiqués par la motopompe qui s’enflammait et communiquait le feu à quelques bois de la galerie Fourchie. Trois sauveteurs sont intoxiqués et rapidement, le service médical prodigue les premiers soins.

Le dimanche 17 à 9 h 30, une première équipe de sapeurs pompiers arrive de PARIS en voiture avec leurs équipements de scaphandriers. Une deuxième équipe arrive vers 11 heures 30. Deux hommes équipés s’enfoncent dans la galerie inondée mais éprouvent les plus grandes difficultés à circuler au milieu d’un grand désordre ; rails arrachés, wagonnets renversés et bois enchevêtrés. Ils doivent renoncer à aller de l’avant pour ne pas alourdir le bilan. On fait appel aux machines spécialisées de Pechelbronn en Alsace, pour effectuer des forages pendant que de nouvelles pompes électriques sont mises en service pour encore accroître le débit. De toutes parts, de Belfort à L’Alsace et Besançon du matériel arrive : compresseurs, transformateurs électriques, pompes, groupes électrogènes. A ce stade du sauvetage on pense que les quatre mineurs se sont réfugiés au sommet du montage et que l’eau n’a pas atteint ce niveau. Alors on insuffle de l’air dans la galerie inondée durant toute la journée de dimanche. Les Pompiers de Paris décident de faire un forage sur une butte un peu éloignée à la verticale du lieu où l’on présume de la présence des mineurs. Ils demandent un matériel spécial à Paris qui arrive à 18 h 30 par l’Express Paris Bâle à la gare de Ronchamp pour une halte exceptionnelle. La pompe mise en action le matin a fait baisser le niveau de 30 cm en 2 heures mais ce n’est pas assez rapide. En fin d’après midi une pompe encore plus performante, envoyée par la société Alsthom, est installée. Au cours de cette journée des signaux et des appels sont lancés dans la galerie mais ils demeurent sans réponse. Ce dimanche a été marqué par un criant manque de coordination dans l’organisation des secours et de leurs diverses attributions ; on ne s’improvise pas sauveteur ! Seul les mineurs qui travaillaient dans ce secteur connaissaient parfaitement la topographie des lieux.

Le lundi 18, le niveau de l’eau n’a baissé que de 2 mètres et il faudrait le baisser de plus de 11 mètres pour espérer avoir un accès aux 4 mineurs. Dès les premières heures du jour, l’installation du service social est confié à Mlle MENNETREY qui est l’Assistante Sociale des Houillères. Elle assurera la permanence pendant 4 jours et 4 nuits afin de mettre à la disposition des sauveteurs des vêtements de rechange, des casse-croûtes, des potages et des boissons chaudes. Du chantier du barrage d’Ottmarsheim une pompe à gros débit est envoyée sur le site de l’Étançon et durant toute la journée les pompes crachent inlassablement des centaines de mètres cubes. Au fur et à mesure que le niveau baisse il faut arrêter le pompage, ajouter des tuyaux et les descendre dans la galerie inondée. Une première estimation du volume d’eau s’élève à plus de 8400 m3, une autre parle de 10 000 m3, mais il est sans doute beaucoup plus important.

Le mardi 19, les travaux de sauvetage se poursuivent sans discontinuer avec tout le matériel le plus perfectionné. Deux pompes des Mines de la Sarre et de Moselle arrivées sur le site dans la nuit sont installées dans la journée. Elles ont un débit de 400 m3/heure et vont aider puissamment à l’assèchement des galeries. Des mineurs creusent une cheminée très inclinée depuis une galerie déblayée pour atteindre (une dizaine de mètres) le sommet du chantier où les quatre mineurs travaillaient le 16. La roche est attaquée au marteau piqueur sur une largeur suffisante pour permettre le passage d’un homme. Mais les conditions sont extrêmement difficiles : les déblais sont remontés à la main dans la galerie supérieure et il faut impérativement boiser la galerie. Deux foreuses de Pechelbronn entrent en action mais elles rencontrent des masses rocheuses très dures. Les sauveteurs commencent à perdre espoir et les signaux envoyés sur les tuyauteries et les appels ne reçoivent aucune réponse. Les autorités demandent aux familles des emmurés de rester à la maison où elles seront prévenues, mais elles refusent et s’accrochent au fil de l’espoir.

Le mercredi 20, le niveau de l’eau continue de baisser mais ce n’est pas suffisant. Les spécialistes de Pechelbronn tentent un cinquième forage pour pouvoir accélérer le rythme de pompage mais c’est un nouvel échec car le forage passe à coté de la galerie inondée. Les sauveteurs sont de moins en moins optimistes mais sait on jamais...Dans la catastrophe de Courrières en 1904, 13 mineurs ont survécus pendant 20 jours au fond de la mine. A ce stade du sauvetage beaucoup de sauveteurs et mineurs qui connaissent bien le lieu sont très pessimistes : combien de temps 4 hommes peuvent-ils tenir dans une hypothétique poche de quelques m3 d’air ?. Le niveau d’eau a largement dépassé le niveau de leur chantier.

Le jeudi 21, les opérations de sauvetage se poursuivent inlassablement avec des moyens toujours plus puissants. Une foreuse est descendue dans le puits N°13 bis pour tenter le percement d’un mur de près de 45 mètres mais c’est un nouvel échec. Le niveau d’eau baisse mais il est toujours impossible de pénétrer en toute sécurité dans la galerie noyée. Trois sauveteurs tentent se secourir les emmurés, mais sans succès, en plongeant dans l’eau : Marcel CREVOISIER, Charles DERBICH et Maurice DIDIER. Pour la première fois l’exploitant (E.D.F.) faite parvenir à la presse un communiqué du Service de sauvetage : «A 16h30, la baisse des eaux continue et la cote 742,74 a été atteinte. D’après le plan des travaux et, compte tenu que les sauveteurs essaieront dès que possible de franchir les galeries inondées, on peut estimer à environ 3 mètres la baisse de niveau à réaliser. Une pompe supplémentaire a pu être mise en service, augmentant le débit d’évacuation des eaux pour que le niveau désiré puisse être atteint rapidement. Il reste à redouter la présence d’éboulements pouvant empêcher le passage des sauveteurs, mais une cheminée est en creusement à travers le rocher pour palier à cet inconvénient». Au premier jour de l’inondation le niveau de l’eau avait atteint la cote 751,60.

Le vendredi 22, dès 6 heures du matin, la Direction prévient le Service Médical de l’imminence du dénouement et des mesures sont prises dans l’éventualité de la survie ou de la mort des quatre malheureux mineurs. A 11 heures, une équipe de sauveteurs tente de pénétrer dans la galerie encore inondée, mais le niveau atteint encore plus de 1,80 mètres. Un courageux et téméraire mineur, Henri REMERY, part à la nage malgré les suppliques de ses camarades. Après le passage sous l’eau, il arrive au pied du chantier et aperçoit, en tête de taille, les corps des 4 mineurs enlacés. Un peu plus tard, vers 11h15, le père d’un emmuré et retraité mineur, descend à son tour accompagné de ses 2 autres garçons. Puis c’est l’Ingénieur des Mines, M. EGERMANN, qui descend accompagné du docteur MAULINI. Vers 12heures 30, l’ingénieur en chef du service des mines de Strasbourg, M. LEGENDRE, revient de la galerie en précisant que des appels ont été lancés mais sont restés sans réponse et que dans une heure environ, les sauveteurs pourront passer sans problème. Vers 13heures 30, un appel du fond par téléphone, est reçu par la direction des Houillères : les 4 mineurs sont morts. Une demie heure plus tard, c’est le docteur MAULINI qui confirme la nouvelle : les 4 mineurs ont péri noyés et leur mort remonte au 16 décembre, le jour de la venue d’eau. Les montres des emmurés étaient arrêtées, l’une à 17 h. 58 et l’autre à 18 h. 40. Un peu plus tard, à l’aide de cordes et de brancards c’est la remonte funèbre en passant par la galerie Fourchie. Les corps sont installés dans le bâtiment des vestiaires sommairement aménagé. Dès leur mise en bière, ils sont conduits aux bureau central des Houillères où les quatre cercueils sont exposés dans le hall central tendu de noir et transformé en chapelle ardente. Quatre mineurs en tenue et la lampe en berne, montent la garde devant chacun des quatre catafalques. Les quatre victimes sont :

  • Louis BILLEQUEZ : 32 ans, marié, 2 enfants
  • Martial DEMESY : 27 ans, marié, 3 enfants
  • Marius JEANROY : 40 ans, marié, 1 enfant
  • Gérard KORTITZKO : 31 ans, marié, 2 enfants (Gerhard Anton)

Le samedi 23 décembre, c’est une foule ininterrompue d’amis, de mineurs et d’anonymes qui viennent rendre un dernier hommage aux victimes.

Le dimanche 24, veille de Noël, les obsèques des 4 mineurs vont se dérouler en présence d’une foule estimée de 4 à 5000 personnes. La cour centrale du bâtiment des Houillères est noire de monde malgré le froid et la neige. Parmi cette foule, il y a des délégations des mineurs du Bas Rhin, du Haut Rhin, de la Sarre et de la Moselle qui sont venues rendre un dernier hommage à quatre de leurs camarades tombés au champ d’honneur du devoir. Puis quatre fourgons funèbres se rangent dans la cour tandis que les personnalités civiles, militaires et des différents corps constitués arrivent dont le Préfet, M. LARRIEU. Elles se regroupent en attendant l’arrivée de M. André MAROSELLI, secrétaire d’État aux forces armées, député et président du Conseil Général de la Haute Saône. Dès son arrivée, il va s’incliner devant les 4 cercueils qui sont ensuite amenés dans la cour et rangés côte à côte. Après la bénédiction par Monseigneur DUBOURG archevêque de Besançon, Messieurs MAROSELLI et LARRIEU déposent des gerbes cravatées de tricolore, en leur nom et au nom du Conseil Général. Une quarantaine de porteurs de gerbes sont placés à coté des catafalques, tandis que les très nombreux porteurs de drapeaux forment une imposante haie d’honneur.

Au nom du syndicat des mineurs de Ronchamp et de la Municipalité, M. Alphonse PHEULPIN, conseiller général, maire et délégué mineur, rend un vibrant hommage aux 4 victimes. Puis il fait un historique des malheurs qui se sont abattus sur les mines du bassin de Ronchamp Champagney et retrace les circonstances du drame. Il félicite le chef PIGUET et affirme que toute la lumière sera faite sur les causes de ce drame. Il poursuit :«Combien de fois dans nos conversations avec MM. les ingénieurs ou en délégation et jeudi 14 décembre denier à la commission d’enquête au puits de l’Étançon, j’indiquais que nous aurions de grandes désillusions et de terribles déceptions que les ouvriers travaillaient continuellement dans l’eau. Par des instructions, le comité de gestion a voulu que tout l’effort soit fait à l’ Étançon. Ce n’était pas mon point de vue pour les raisons indiquées ci-dessus et que ce charbon était de deuxième qualité, il fallait, comme très souvent nous l’avons demandé, que le crédits nous soient accordés pour exploiter le panneau Clovis au puits du Magny et équiper le puits du Tonnet pour qu’il soit mis rapidement en exploitation...»«La mine inscrit à son chiffre fabuleux quatre victimes de plus, la liste des tués s’allonge interminablement et, hélas ! demain nous en réserve d’autres. Pour sauver le plus grand nombre possible, le plus dangereux et le plus malsain, les pouvoirs publics, l’Etat-patron devraient se pencher davantage sur notre sort.»

M. SOLASSE, directeur général des Houillères de Ronchamp, parlant au nom de l’E.D.F. et de l’exploitation minière, dit :«Il y a 20 jours, le 4 décembre, nous étions tous réunis, comme en famille, pour célébrer joyeusement notre fête, la fête du devoir accompli. Depuis le 16 décembre, nous sommes encore réunis, plus étroitement peut être par un idéal commun, un idéal de solidarité de dévouement et d’espoir. Aujourd’hui, veille de Noël, Noël la fête de la Nativité, c’est la douleur qui nous rapproche, resserrant davantage les liens qui nous unissent. Demain, nous resterons rassemblés, car il y a des veuves et des petits enfants auxquels nous avons le devoir de penser pour leur apporter non seulement une aide matérielle, mais aussi une aide morale qui, hélas, ne remplacera pas le papa disparu.» Puis il s’incline devant la douleur des familles des quatre victimes et conclut :«Et vous, mes pauvres camarades, laissez moi dire que votre sacrifice n’aura pas été vain, car il laisse derrière lui un trésor de fraternité professionnelle et un magnifique exemple des plus hautes vertus.»

M. SEINCE, de la fédération des Mineurs, parle avec beaucoup d’émotion de la difficile et rude tâche des mineurs et rappelle que durant les 8 premiers mois de l’année 1950, 288 mineurs ont perdu la vie en France. Dans son intervention, il s’élève contre la fermeture d’exploitations houillères où des milliers de travailleurs seront jetés sur le pavé et demande que soient votés des crédits pour maintenir l’activité dans les puits en exploitation.

M. JACQUOT, maire de Champagney, au nom de sa commune, apporte un émouvant hommage aux familles éplorées.

M. MAROSELLI prend alors la parole :«Les mines de Ronchamp s’enorgueillissent à juste titre de n’avoir pas connu d’accident mortel depuis un demi siècle. Hélas, les éléments, plus forts que les hommes, se chargeaient de donner un cruel démenti à cette constatation. » Puis il rappelle les circonstances de l’accident et poursuit : «Dans tous les corps de métier particulièrement exposés au danger, il existe une solidarité traditionnelle : solidarité des marins, des aviateurs, des cheminots. Mais nulle part ce sentiment n’est porté à un degré aussi élevé que chez les mineurs de tous les pays, ainsi que la constatation a pu en être faite en maintes circonstances douloureuses. De cette solidarité, l’alerte du samedi 16 décembre devait donner une nouvelle preuve. Mai elle apportait aussi le témoignage que ce n’était pas seulement le personnel de la mine qui se sentait atteint par ce drame, mais aussi toute la population du canton de Champagney, des cantons voisins et même des départements limitrophes.» Ensuite il rend hommage à tous les sauveteurs qui luttèrent jour et nuit pendant 6 jours pour tenter le sauvetage et retrace l’angoissante attente qui tenaillait toute la population. Il poursuit : «Tant d’héroïsme, tant d’efforts avaient été vains, et les quatre malheureux avaient trouvés la mort dans la taille où ils s’étaient réfugiés et où le flot montant n’avait sans doute pas tardé à les atteindre. Un nouveau deuil frappait la grande famille de la mine, le canton de Champagney et le département de la Haute Saône. Quatre hommes jeunes encore, quatre pères de famille disparaissaient dans cet atroce drame. Gérard KORTITZKO, Louis BILLEQUEZ, Martial DEMESY, Marius JEANROY, vous êtes tombés au champ d’honneur du travail. Vous êtes morts comme sont morts tant de vos devanciers, dans l’exercice de ce périlleux métier dont vous saviez bien qu’il était à la base de toute notre activité industrielle et sociale. Au nom du gouvernement, au nom du Conseil Général, j’apporte à vos familles nos condoléances émues et l’assurance de notre douloureuse sympathie. Vos veuves, vos orphelins ne seront pas abandonnés. Nous avons le devoir de ne pas laisser s’installer la détresse matérielle dans les foyers éprouvés, aussi, dès que nous parvint la fatale nouvelle, nous avons pu obtenir du gouvernement un secours immédiat de 600.000 francs et décider, au titre du Conseil Général de la Haute Saône, le versement d’une contribution de 100.000 francs sur les fonds départementaux. Nous sommes persuadés qu’en attendant que soit réglée administrativement la situation des familles, un comité de secours, auquel l’aide des pouvoirs publics est par avance acquise, ne manquera pas de recueillir les concours en provenance de la générosité publique. Pleurons ces pauvres morts, mais aussi pensons à ceux qui n’ont pas hésité à exposer leur vie pour les arracher à leur fin tragique. Nous connaissons la modestie de ces héroïques sauveteurs, nous savons qu’ils désirent conserver l’anonymat, n’ayant d’autres ambitions que de continuer le métier auquel ils ont voué leur existence. Je peux cependant les remercier dans la personne de l’un d’entre eux, le plus valeureux sans doute, car il fut un vaillant F.F.I. aux exploits légendaires. REMERY Henry, ouvrier mineur aux Houillères de Ronchamp, je vous annonce que, informé de votre bravoure, le gouvernement vous a conféré la médaille d’honneur des actes de courage et de dévouement. Cette récompense qui vous est décernée est le symbole de la reconnaissance publique envers tous ceux qui, à votre exemple, se sont dévoués au péril de leur vie, tels vos camarades CREVOISIER Marcel, DERBICH Charles et DIDIER Maurice.»

Il termine son allocution par ces mots : «C’est une triste fin d’année que vous allez vivre, et sous vos toits ne retentira pas demain ce chant mélancolique du ‘’Noël du Mineur’’ qu’évoquait récemment M. le curé doyen de Champagney. Mais vous ne vous laisserez pas vaincre par l’adversité. Le destin du mineur, c’est de vivre dangereusement. Les poètes qui ont célébré votre profession, notamment Emile Verhaeren et Clovis Hugues, ont tous mis l’accent sur ce tête à tête perpétuel avec la mort qu’est le travail au fond de la mine, et sur l’attachement du mineur à son métier, en dépit des catastrophes auxquelles il paie trop souvent son tribut. Nous savons bien, et vous le savez encore mieux que nous, que la plupart des accidents sont imprévisibles et qu’ils ne sauraient, la plupart du temps, être imputés qu’aux éléments dont l’homme n’est pas encore parvenu à se rendre maître. Ce danger, Gérard KORTITZKO, Louis BILLEQUEZ, Martial DEMESY et Marius JEANROY ne l’ignoraient pas et ils l’ont bravement affronté. Suivez leur exemple et gardez pieusement leur souvenir. »

Un long cortège se forme alors, avec en tête la clique des sapeurs pompiers suivie de l’harmonie municipale qui joue des marches funèbres puis les corbillards entourés de mineurs. Mgr DUBOURG exalte le courage des mineurs et souligne l’union de tous les travailleurs du sous-sol quelles que soient leurs convictions. Il leur demande de rester fidèles aux principes de loyauté et d’honnêteté puis donne l’absoute pour terminer la cérémonie. Après une dernière sonnerie, les quatre cercueils partent vers leurs tombes aux cimetières de Champagney et Ronchamp tandis que la nuit tombe.

Après cette catastrophe, une vaste souscription est ouverte pour venir en aide aux 8 enfants des mineurs disparus. Elle est organisée par le quotidien ‘L’Est Républicain’ qui met à la disposition des généreux donateurs ses locaux de Vesoul, Lure et Ronchamp ainsi que plusieurs comptes bancaires.

Dès 1947 l’exploitant « s’aperçoit » que l’ancienne Houillère n’avait pas exploité la deuxième couche de charbon. En 1950 on commence à parler de licenciements et de fermeture de la Mine et un Comité de défense a été créé avec à sa tête Alphonse Pheulpin, maire de Ronchamp. L’E.D.F. , peut être sous la pression du Comité, de la population et des conséquences sociales de la fermeture, décide de revenir exploiter le charbon là où débutèrent les premiers travaux de l’ancienne Houillère en 1750. C’est le Conseil d’administration du 26 mai 1950 qui décide de concentrer l’exploitation sur le site de l’Étançon mais pour une période limitée au détriment des autres sièges.

Le gisement de l'Étançon est un gisement d'affleurements qui a été exploité depuis très longtemps. Ces anciens travaux en première couche, conduits avec les méthodes en vigueur à cette époque, ont été abandonnés depuis les années 1830. A 500 mètres à l’Est de l’Étançon, le puits Henri IV a été foncé en 1815 et a fonctionné jusqu’en 1835. De très nombreux chantiers ont été installés en direction de l’ Étançon. La première veine de charbon se trouvait à 21 mètres de profondeur et la deuxième 20 mètres plus bas et au moment de la catastrophe les chantiers en exploitation aboutissaient à la limite des anciens travaux Henri IV et ce gisement était sujet à d’importantes infiltrations du fait de la nature du sol. Ces vieilles galeries constituent un très important réservoir d’eau et donc un danger d’inondation.

L’exploitant prévoit un vaste programme d’assèchement des vielles galeries par le fonçage de descenderies et l’installation de pompes. Mais la réalisation de ce programme n’était pas assez rapide pour permettre un développement sécurisé du gisement avec une conjoncture économique défavorable. Il préfère se tourner vers un programme de dénoyage par forage et l’installation de pompes immersibles dont la réalisation est beaucoup plus rapide et moins onéreuse. Mais tant que ces moyens n’étaient pas opérationnels, il fallait avancer prudemment et les ingénieurs des mines avaient établis des règles bien précises ; éviter d’ouvrir des chantiers sous les zones non drainées des anciennes exploitations de première couche et laisser un mur de 40 mètres en direction des vieux travaux du puits Henri IV où il existe une faille. Des sondages devaient être régulièrement effectués à l’avancement de la galerie de base qui se dirigeait vers l’Est. Toutes ces mesures de sécurité prises et mises en application par la direction semblaient suffisantes. Et malgré tout, du fond de cette galerie de base, une arrivée massive et brutale d’eau piégeait quatre mineurs. L’installation d’un système d’alarme aurait peut être pu éviter ce drame.

Le samedi 23 décembre cette galerie était consignée pour permettre l’enquête et au cours de celle-ci, on découvrit une faille béante et insoupçonnée. L’ingénieur en chef des Mines a mené son enquête et ses conclusions ne mettent pas en cause la responsabilité de l’exploitant ni du personnel des Houillères et que seul un mouvement général du terrain a entraîner cette arrivée massive d’eau.

Après cet accident, les travaux vont reprendre et des liaisons seront établies avec les chantiers en Fourchie depuis le puits N°XIII bis. A la fermeture en 1958, la galerie Fourchie sera murée et une plaque en cuivre rappelant cette tragédie sera scellée dans la pierre. Aujourd’hui cette plaque gravée est enfouie sous la décharge municipale.Le 16 décembre 2000 une stèle à la mémoire des quatre victimes de la mine est inaugurée à coté du puits N° 13 bis et en 2007 quelques bénévoles aménagent un entourage dans le même style que le Mémorial de la Mine.

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