L'ÉCOLE EN BOIS DE RONCHAMP PAR L'ARCHITECTE LE MÊME

Ecole en bois

D'un projet à un autre

Dès 1930, la construction d'une nouvelle école était déjà sur la table des réunions du Conseil Municipal. Des passages de comptes rendus apportent un nouvel éclairage sur les préoccupations des maires successifs. L'arrivée d'un Maire qui sera conseiller général, député et Ministre a bien servi les intérêts de la commune.

Le 17 octobre 1930, le Conseil Municipal se réunit sous la mandature du Maire François Lallemand. Il expose au Conseil : « … que les Écoles du Centre, ont leur plein effectif, et que d'autre part les enfants des faubourgs sont très éloignés de l'école. Pour remédier à ce double inconvénient le Conseil, s'inquiétant de ce cette situation, a envisagé dans une séance précédente la construction d'une école à deux classes à la Section du ''Plain''. Il résulte d'une enquête que ce quartier comprend environ 78 à 80 enfants de moins de 13 ans pouvant représenter environ 65 enfants des deux sexes d'âge scolaire. Ce nombre ne comprend pas le quartier du Morbier où de nouvelles maisons ouvrières s'édifient. »

Le 3 mars 1931, il fait une communication à son Conseil : «Par arrêté de Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, en date du 8 février 1931, le commune de Ronchamp est autorisée à construire une école lieu dit ''Le Plain'' et qu'en vue de cette construction il y a lieu d'acheter le terrain nécessaire. Il fait également connaitre au Conseil les pourparlers engagés avec M. Poivey Alfred Gustave, cultivateur à Ronchamp, qui accepte de vendre à la commune un champ situé lieu dit ''Le Plain'' d'une contenance de quarante trois ares treize centiares, cadastré Section 2. »

Le 3 janvier 1936, le nouveau Maire L.O. Frossard informe son Conseil « … que le projet de groupe scolaire à édifier à la section du Plain, et qui avait été décidé en 1931, a dû être abandonné, en raison du nouveau programme de Grands Travaux établi par la Municipalité actuelle, et qui comporte également un groupe scolaire dans le même quartier mais sur d'autres bases. »

De Paris à Ronchamp

L'exposition internationale de 1937 à Paris sur plus de 100 hectares a permis à la municipalité ronchampoise d'acquérir un ''Foyer Communal'' et de le transformer en salle des fêtes (voir le page : http://www.abamm.org/expoparis.html ). Le Maire de Ronchamp, L.O. Frossard, 7 fois Ministre de juin 1935 à mars 1940, a sans doute rencontré l'architecte Jaques Henri Le Même lors des inaugurations, des réceptions ou des ''déjeuners d'affaires''. Le Maire a sans doute usé de ses relations pour passer commande d'une ''École en Bois'' à l'architecte Le Même qui a été l'architecte du Palais du Bois érigé sur le Quai d'Orsay. L'École en bois n'a jamais fait partie de l'Exposition des Eaux et Forêts dont la direction avait été confiée au Sous-Secrétariat d'État à l'Agriculture André Liautey. L'école en bois a été édifiée en 1938 sur les plans de l'architecte Henri Jacques Le Même.

Le compte rendu du Conseil Municipal du 1er aout 1938 dit ceci : « Sur la proposition du Maire et après l'avoir entendu, le Conseil, autorise le Receveur Municipal à encaisser la somme de Deux cent cinquante mille francs (250.000) que le Ministère de l'agriculture a attribuée à cette commune à titre de subvention et en vue de la construction d'une école en bois. Cette somme devra exclusivement être affectée à la construction de l'école en bois dont les plans, devis et cahiers de charges ont été dressés par M. Henri Jacques Le Même, architecte du Ministère de l'agriculture, à Megève (haute Savoie). Ces plans sont acceptés par la commune et par l'Inspection des Eaux et Forêts sous le contrôle de laquelle ils seront exécutés. » « Le Maire rend compte qu'il a pris l'initiative de faire construire une école en bois comprenant 2 classes sur le terrain communal, rue de l'Est, avec aménagement du terrain avoisinant. La dépense sera couverte au moyen de subventions provenant du Ministère de l'agriculture, Direction Générale des Eaux et Forêts et ne grèvera en rien le budget communal. »

Le 6 octobre 1938, le Maire annonce que « L'école en bois nécessitée par l'augmentation du nombre des élèves sera pourvue de tout l'aménagement moderne d'une école et pourra être ouverte en novembre. Les autres travaux seront poussés activement et en plus des divers aménagements terrains et salle des fêtes la construction du stade sportif sera accélérée. »

Le 5 novembre 1938, L.O. Frossard rend compte à son conseil que « … la nouvelle école en bois est sur le point d'être terminée et qu'il en envisage l'ouverture le 1er décembre 1938. Cette école comprendra une classe des garçons et une classe des filles, Cours du Certificat d'Études. Une classe complémentaire de garçons sera crée au Centre. Les travaux de construction de la salle des fêtes, école en bois, bains douches, stade sportif, et divers aménagements étant terminés, il en envisage l'inauguration le dimanche 27 novembre 1938. Seront compris dans cette inauguration le nouveau pont et la rue d'Amont. Cette inauguration sera placée sous la présidence du Ministre de l'agriculture. » Henri Queuille, nouveau Ministre de l'agriculture, inaugure les aménagements le 18 décembre 1938.

L'école en bois

C'est une construction entièrement en bois, s'inspirant largement de l'architecture traditionnelle savoyarde. L'édifice abrite deux salles de classe séparées par un pavillon central comportant les deux entrées et deux sas (vestiaires et lavabos) coté nord et les WC et un préau coté sud. À noter la très forte pente (environ 60°) du toit à quatre pans, typique des régions montagneuses où les chutes de neige peuvent être importantes. Les tuiles ont été fabriquées par l'entreprise ''Jeandelaincourt'' du village de Jeandelaincourt (54114) en Meurthe et Moselle. Les façades extérieures sont recouvertes d'une mosaïque de bois semblable et traitée en losanges, en chevrons et en bâtons. Cette décoration extérieure rappelle celle du ''Palais du Bois'' de l'exposition de 1937. Dans cette école à deux classes, les garçons occupaient celle de gauche. Ce n'est que dans la décennie des années 1960 que la mixité se généralise. Il a fallut attendre la loi dite ''Haby'' du 11 juillet 1975 qui a rendu la mixité obligatoire dans l'enseignement primaire et secondaire. Dans chaque classe le chauffage était assuré par une chaudière à bois (peut être au charbon de Ronchamp) et un réseau de tuyaux noyé dans les dalles pour le chauffage par le sol. Le sol est revêtu d'un carrelage rouge brique parsemé de noir suivant la technique de « l'opus incertum » qui consiste en un revêtement de sol composé de morceaux de carrelage cassés et posés de façon aléatoire.L'accès au porche se fait par 3 marches en béton où toute la longueur de l'édifice est soulignée d'une dalle en béton rouge d'un mètre de large avec de faux joints. Les systèmes de purge (2 par salle) étaient installés dans les cloisons et accessibles par une trappe depuis l'intérieur. À noter que le plafond des salles se situe à 3,80 mètres. Plus tard, vers 1973 le chauffage était assuré par deux ''fourneaux'' à fioul alimentés par une cuve enterrée dans la cour sud.

Témoignage sur l'école primaire du centre dans les années 1930

Dans la page consacrée au ''Foyer Communal'', nous avons fait connaissance avec Lucie Billerey, née Bichet en 1926, avec le programme d'une fête scolaire le 15 juillet 1939. Elle a conservé ses cahiers scolaires des années passées à l'école primaire ; la maternelle dans le bâtiment de la Poste, l'école des filles derrière l'actuelle Mairie et l'École en Bois qui est en cours de restauration depuis mars 2021. Ces cahiers contiennent de précieux documents; ils donnent un aperçu de ce qu'était le travail des élèves du primaire avant le 2e conflit mondial. Elle habitait au 12, passage de l'Industrie (aujourd'hui rue Paul Strauss) avec ses parents et ses deux frères (sa soeur aînée avait déjà quitté la maison). Elle a également rédigé tous ses souvenirs durant l'hiver 2015-2016.

« Il y avait deux écoles : les garçons d'un côté, les filles dans l'autre bâtiment : celui-ci a été démoli, mais celui des garçons est devenu la mairie de Ronchamp. Mes frères fréquentaient donc l'école des garçons. Les instituteurs s'appelaient Drouhin, Frechin et Maillot. Après le certificat d'études, ils sont allés travailler à l'usine Bruey-Vaquier, où papa était lui-même. Il y a terminé sa carrière à 74 ans, comme contremaitre. Quant à moi, après la maternelle dans l'immeuble des Postes, je suis arrivée en "3e" (donc CP) avec Mlle Ossédat, puis en "2e" avec Mlle Parisot. On m'a fait monter en "1ère" à 9 ans vers Mme Navarre : elle avait normalement des élèves à partir de 10 ans, jusqu'au certificat à 12 ans, et puis elle a dû les garder jusqu'à 13 puis 14 ans pour suivre la loi (à part celles qui partaient au Cours complémentaire de Champagney). Dans cette classe où j'étais la plus jeune, il y avait Bernadette Démésy, fille du médecin (épouse plus tard du Dr Maulini), Césarine Sempiana (épouse d'André Beurier), J. Renaud, fille du directeur des Postes … sans doute nées en 1922 ou 23.»

« Mme Navarre était une institutrice formidable, sévère, mais très compétente. Et j'aimais ses leçons, que ce soit d'histoire, de géographie ou de science, toujours accompagnées de souvenirs ou de maximes. Elle parlait aussi bien des grands crus bourguignons que de la "marmite norvégienne", c'était toujours extrêmement intéressant. Ses cours commençaient toujours par une leçon de morale ; la classe était très disciplinée. Elle était veuve de guerre et avait une fille, Monique. Quand j'ai eu 11 ans, elle m'a fait passer les épreuves du Certificat que mes voisines de 12 ans avaient subies. Et j'aurais été reçue !»

«On avait des semaines de "service", c'est-à-dire que lorsque c'était notre tour, nous devions aller chercher du bois au grenier au-dessus et allumer le feu dans le grand poêle ; on devait aussi essuyer le tableau noir, les tables (à deux places) et les bancs, et passer un peu d'eau sur le plancher pour enlever (ou coller) la poussière ! Et cela avant de commencer les cours. Le jour de congé était le jeudi, car on avait école aussi le samedi. À douze ans, c'est le certificat d'études. Arrivée à Champagney – chef-lieu de canton – en tram. L'écrit était le matin, et l'oral l'après-midi : récitation : tirage au sort. J'ai eu "Les Semeurs", je le savais bien ; chant : la Marseillaise ; et aussi de la couture. Et le soir même on savait les résultats : reçue 1ère du canton. Papa était heureux, "il s'y attendait" ! Les lauréats du Certificat en 1937 ont eu en récompense un voyage à l'Exposition universelle de Paris ; en 1938, cela n'a été qu'une excursion à Gérardmer, en car, par la Feuillée Dorothée, et une promenade sur le lac. L'hôtel était tenu à cette époque par Bernadette Démésy, la future épouse du Dr Maulini.» (Collection R. Billerey)

Un journal quotidien, ''L'homme libre'', du 31 juillet 1937 dont le fondateur est Georges Clemenceau et le Rédacteur en chef L.O. Frossard, relate l'heureuse initiative du Maire de Ronchamp. « C'est à ce dernier titre qu'il avait décidé d'offrir trois jours de promenade touristique à Paris et à l'exposition aux quarante meilleurs élèves de sa ville. Ceux-ci sont arrivés à Paris, conduits par M. Frossard en personne et par leurs instituteurs. Ils ont été reçus au Palais du Bois par M. André Liautey, député de la Haute-Saône, sous-secrétaire d'État à l'agriculture. Au cours de leur séjour ils ont été reçus notamment aux Grands Magasins du Louvre, et au Petit Parisien. Vendredi ils ont passé la journée à Versailles. Ce matin ils repartent par les cars mis à leur disposition par le sous-secrétaire d'État à l'agriculture. Nous avons eu l'occasion de les interroger hier à leur retour de Versailles. Ils étaient ravis, parlant tous de Paris et de ceux qui les avaient reçus dans des termes émouvants et pleins de gratitude.» (Source Gallica.bnf.fr). L'école est inaugurée le 18 décembre 1938 en même temps que le ''Foyer Communal'' (Salle des Fêtes).

Les employés Gounant Carte Entreprise Bruey La Poste Les 2 écoles Résolution d'un problème Rédaction
Dessin de l'école en bois Plan de la classe de Lucie Rédaction Rédaction Rédaction Filles déguisées
Le gaz carbonique Usine à gaz Le charbon Coupe d'une mine Résolution d'un problème Problème et solution

Les souvenirs de Lucie Bichet de son passage à l'École en Bois

«Mme Navarre insistait pour que je suive des études au collège de Champagney, afin de devenir institutrice plus tard ; mais maman, intransigeante, ne l'a pas voulu. Donc deux années de plus à passer à l'école (en bois). Nous avions une table et une chaise pour chacune, beaucoup de lumière, et un chauffage moderne. Je me souviens qu'il y avait une radio, et un jour une longue évocation de la vie de Charcot, puis une autre fois de Mermoz, peut-être une commémoration de leur disparition. Certains après-midi nous allions dans les prés, où j'ai appris bien des noms de graminées et autres plantes. On avait aussi le ramassage des doryphores, dans les petits jardins ouvriers le long de stade. On appelait ces occupations des "activités dirigées".»

«Durant toutes ces années scolaires, il y avait les obligations civiques, le 11 novembre au monument aux morts par exemple. Nous avions très froid pendant les discours et la fanfare. Ensuite nous avions droit à une boisson chaude à la salle Mignano. Et aussi la distribution des prix, avec le maire, les députés ou sénateurs, Ludovic-Oscar Frossard, Maroselli … Je recevais souvent des livres avec une belle couverture rouge et dorée (entre autres "Les Malheurs de Sophie"), et à la suite de ma réussite au Certificat j'ai eu droit à un livret de Caisse d'Épargne avec un peu d'argent. Il n'a pas évolué pendant de nombreuses années ! » Mais il avait fallu travailler les jours précédents pour cette fête de fin d'année scolaire : confection de fleurs en papier crépon, de guirlandes, etc., et surtout apprendre des chants avec M. Louis Eymonin. Il m'en reste en tête deux particuliers : Comtois, rends-toi, et Aimons notre chère école …! J'ai satisfait mon envie d'enseigner en apprenant à lire à mon filleul Michel, le fils ainé de ma sœur – il me l'a toujours rappelé. Une certaine année avant les vacances, il y eut une "noce à Nicolas" mémorable. Sur la photo que j'ai gardée, je reconnais encore toutes les élèves qui étaient déguisées, mais combien manquent à présent ! » « 1940. Les vacances commençaient début août et l'école reprenait le 1er octobre. On rendait compte alors des devoirs de vacances ! Mais cette rentrée-là je ne l'ai pas faite, car j'avais 14 ans, et j'ai quitté ma chère école et son institutrice avec le cœur gros. La guerre était déclenchée depuis quelques mois, et la salle des fêtes (à côté de l'école) a été bombardée. Mes parents avaient d'ailleurs demandé à ma tante Germaine de nous abriter chez elle au Mont Chauveau pour quelques jours.» (Collection R. Billerey)

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La vie sous l'occupation et l'entrée dans la vie active

« À notre retour chez nous, je n'écoute pas maman qui voudrait que j'apprenne à coudre chez Mme Simonin, et je suis l'avis d'une cousine de papa, Maria Lièvre, qui me fait embaucher chez M. Debain, boucher, où elle travaille elle-même en cuisine. J'y ai épluché de grands bols d'ails pour la charcuterie … et un jour, j'ai failli être électrocutée dans la remise mouillée attenant à la boutique. Je ne suis donc restée que le mois de janvier 1941. Les restrictions avaient déjà commencé – tickets d'alimentation et d'entretien – pénurie de tout. L'Occupant s'est emparé de toutes les matières premières nécessaires à notre vie : sucre, farine de blé, café, beurre, vin, savon, charbon, etc. Les animaux aussi sont partis, réquisitionnés ! Et aussi les voitures (il y en avait peu). Il fallait des tickets rationnés pour obtenir la quantité "minime" à laquelle nous avions droit, et cela après avoir suivi une file de personnes durant de très longs moments. Il est arrivé de s'entendre dire, lorsque c'était notre tour, "il n'y en a plus". Le seigle remplaçait souvent le blé (pain, café …) ; le savon était plutôt un pavé rugueux qui ne moussait pas du tout. Chacun essayait de se débrouiller, par exemple en allant dans les villages voisins (La Neuvelle, Ecromagny) en vélo, pour échanger du tabac (lui-même restreint) contre un peu de beurre ou des œufs. Papa s'est souvent privé de son "gris" qu'il aimait rouler entre ses doigts, pour faire ces échanges. Je l'ai vu fumer de l'armoise en remplacement. Pour les vêtements, on tirait parti d'un ancien pour faire un nouveau. Des revues féminines apprenaient même à confectionner des "habits" en papier ; pour les chaussures, il se vendait des semelles de bois en forme, auxquelles on clouait des lanières de cuir ou des rubans pour faire des "nu-pieds". »

« Quand je me rendais au village pour ravitailler notre famille, je suivais la rue d'Amont et arrivais sur la place de l'église. En face était l'épicerie Henri Pechin. Ginette et Micheline étaient les deux filles, et un jour elles m'ont dit : "Maman cherche quelqu'un pour l'aider, tu pourrais venir chez nous". Je ne me suis pas fait prier, et c'est là que j'ai appris à travailler : ménage, repassage, cuisine… Mme Pechin était à la fois exigeante et compatissante : elle voulait du travail "bien fait" : piles de mouchoirs impeccables, cols de chemises de Mr amidonnés, broderies anglaises de taies d'oreillers repassées sur l'envers pour donner du relief, etc. Les planchers étaient cirés et frottés au pied. Pour la cuisine, c'était du simple, et je fais encore maintenant les plats que j'ai appris avec elle. Elle chantait aussi et j'ai retenu quelques refrains (Mariez-vous donc, Le Domino …). »

« M. Pechin n'avait plus de camionnette, réquisitionnée par l'Occupant. Il partait chaque semaine en bicyclette attelée d'une remorque, jusqu'à Lure, à l'entrepôt "La Jeanne d'Arc" d'où il ramenait un peu de ravitaillement afin de satisfaire les tickets des clients. Pour des fromages, je crois qu'il allait même plus loin, à Loulans (vers Montbozon) : des fromages tout blancs, crayeux, que j'étais chargée de frotter avec de l'eau salée et de retourner plusieurs fois par semaine. Il m'arrivait d'aller à la cave tirer du vin au tonneau pour les "travailleurs de force", les mineurs sans doute, contre leurs tickets bien sûr. Les J 3 et les enfants avaient droit à du chocolat (oh, si peu !). Pour la maternelle, Mme Pechin faisait chauffer un grand faitout de lait qui était distribué aux petits avec des biscuits vitaminés. Dans cette épicerie les soldats allemands cantonnés à Ronchamp venaient parfois : c'étaient des "Bonchour, Matemoiselle"…Ils étaient corrects (c'était en 1941), mais je ne me souviens pas de ce qu'ils achetaient. »

« Six jours sur sept j'arrivais le matin à 7 h et je rentrais chez mes parents après le repas du soir. Le dimanche je revenais souvent passer l'après-midi vers cette famille accueillante : Ginette et Micheline, leur frère Robert, une amie d'école Irène, Jean Lamblin, Ogor – (de 15 à 20 ans) avec les parents. Nos distractions étaient simples : jeux de société, chansons et histoires drôles. Ou bien nous faisions de la luge sur la route pentue qui descend de la Chapelle, jusque sur la Nationale vers la boucherie Pierre. Nous sommes allés un jour en promenade à la Chapelle avec mon frère André et la fille du receveur des Postes. Un jour où j'étais restée un peu plus longtemps (10 h peut-être), j'ai trouvé la porte de la maison fermée. Je suis allée m'asseoir sur une brouette dans l'appentis en face dans la cour. Combien de temps, je ne sais plus … et j'ai dû quand même pouvoir rentrer, mais maman était sévère ! »

« 1942 – Comment ai-je eu l'idée de prendre des leçons de dactylo ? Je crois que c'est Mme Pechin qui m'y a poussée, parce que, paraît-il, je méritais mieux que le travail de bonne à tout faire ! Je m'inscris donc chez Mlle Lucie Dumont, rue de la Gare à Lure. Les cours de sténodactylo coutaient 100 francs par mois ; c'est ce que je gagnais, et je donnais 25 francs à maman. Je n'ai donc pu suivre que les cours de dactylo. Deux fois par semaine, après le repas du soir (j'étais dispensée de vaisselle), je filais en vélo à Lure, de 8 h à 9 h. Durant la belle saison je rentrais de jour, mais à l'automne c'était de nuit. Je n'étais pas très rassurée, surtout lorsque ma bicyclette me jouait des tours : pneus crevés par exemple. Il fallait continuer à pied et mettre des rustines à la chambre à air dès le lendemain. Des mauvaises rencontres, je n'en ai pas fait. Seul un jeune homme m'a accompagnée quelquefois depuis la sortie de Roye jusqu'à l'entrée de Recologne, dans la traversée de La Côte. Il s'est vite lassé : je n'étais pas très causante, encore moins attirante, car assez mal habillée, et surtout je pédalais de mon mieux pour ne pas trouver la porte fermée chez mes parents. J'en ai d'ailleurs parlé à maman. »

« Donc j'ai suivi mes cours jusqu'à l'examen et je suis devenue dactylo. Mme Pechin me poussait à chercher un emploi. J'ai pensé en parler à mon cousin René Marsot, filleul de papa et fils de tante Mariette, qui travaillait aux Bureaux des Houillères. Je suis donc appelée pour passer un examen, et je suis embauchée le 20 avril 1943 au Service des Abonnés. Bien accueillie et intimidée. Il y a des anciens : Mmes Lacour, Hambert, Beurier, et des hommes : André, Travers, Rittel, Grosjean et Billerey. Notre chef de service était M. Roger Cassan. A ce même deuxième étage, d'autres ingénieurs (Eynau, Poulleau, …) et le directeur, M. Solasse. On m'a rapidement acceptée et je m'y suis tout de suite plu. »

« Il y avait de plus en plus de contraintes dans la vie courante : pas de lumières de rues, aucune lumière ne devait sortir des maisons, et même ensuite couvre-feu. Des patrouilles allemandes rappelaient à l'ordre ! C'était un risque d'écouter la radio de Londres, on parlait d'arrestations, et aussi du STO (Service du Travail Obligatoire), on nous disait "Un ouvrier qui part en Allemagne, c'est un prisonnier qui revient !". Mensonges … » « Seuls les mineurs pouvaient en être dispensés. C'est pourquoi M. Billerey a quitté un certain temps le Bureau pour descendre au puits du Magny et connaitre cette vie pénible de mineur. Mes deux frères ont été envoyés en Allemagne : Georges, l'ainé, à Munich, et André dans les mines de potasse près de Düsseldorf, en janvier. Pourtant le médecin recruteur a dû se rendre compte qu'il avait une forte bronchite … mais il fallait recruter des hommes ! Au début de l'été il revient en France, atteint de tuberculose. Hospitalisé à Vesoul où j'allais le voir souvent par le train, puis revenu à la maison où il est décédé le 21 août 1943. »

« Je n'ai pas oublié que M. Cassan est venu se recueillir auprès de lui. Pour les obsèques, maman était restée à la maison, mais je me souviens encore du chagrin immense de papa lors de la descente du cercueil dans la tombe. Au Bureau j'étais triste et souvent je pleurais. C'est alors qu'un bras chaleureux est venu m'entourer les épaules, c'était le bras de Georges … et mon cœur s'est mis à battre à grands coups. »(Collection R. Billerey)
Le 24 décembre 1945 George Billerey épouse Lucie Bichet.

Pierre école primaire Vue générale Ecole en bois Ecole vue Sud Porte d'entrée Vue sud
Vue sud Chute de tuiles Tuiles en équilibre Le préau Ecole en 2011 L'école en 2018

En 1945 il n'y a pas eu d'école jusqu'à Pâques où seule l'institutrice Mme Navarre faisait l'école dans sa cuisine pour une poignée d'élèves. Cette institutrice, née Hélène Trahin, avait épousé en 1921 Louis Navarre, militaire de carrière (dans les troupes coloniales) et blessé de guerre (1888-1922). En 1946-1947, les filles allaient à l'école dans un bâtiment préfabriqué installé à coté de l'école en bois (coté Est). Il est probable que l'école a subi quelques dégâts pendant la guerre avec les bombardements et qu'une fermeture de l'école était nécessaire pour sa remise en état. La rentrée 1947 s'est effectuée dans l'école en bois où exerçait Mme Navarre. En 1953 la grande école primaire est inaugurée. En 1963 il est créé le G.O. (Groupe d'Observation) de Ronchamp pour les classes de 6è et 5è. Deux classes de 5e sont installées dans l'école en bois en attendant la construction du Collège de la Bouverie à Champagney. La tempête Lothar de décembre 1999 fait de gros dégâts dans la toiture où les infiltrations d'eau détruisent une partie des plafonds et de l'isolation.

En janvier 2000, le Conseil Municipal prévoit la construction d'une nouvelle école maternelle et par conséquent vote la démolition de l'école en bois. Cette décision est très loin de faire l'unanimité au sein de la population. Ainsi une polémique va éclater sur le devenir de cette école : les uns sont pour la conservation de cet emblématique bâtiment et d'autres pour sa destruction au vu du cout des réparations et de sa réhabilitation. Un article publié par un correspondant local du hameau de la Houillère dans un quotidien a alerté la direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Après une recherche auprès de l'institut français d'architecture, il s'est avéré qu'elle avait été construite par un très célèbre architecte, Henri-Jacques Le Même. En février un responsable vient voir l'école et demande au Maire de sursoir à la démolition. Alors, plus question de raser l'édifice ! Il est inscrit aux Monuments Historiques par décret du 9 novembre 2000. Par la suite ce décret sera annulé et remplacé par celui du 10 octobre 2008. Après la tempête de 1999 les tuiles sont remplacées mais l'école ne peut plus accueillir d'enfants ; elle est abandonnée.
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