LES INGÉNIEURS DES MINES

LES FONCTIONS DE L’INGÉNIEUR DES MINES EN 1831

L'uniforme des ingénieurs

«Le corps des mines a été créé par les arrêts du conseil des 21 mars 1781 et 19 mars 1783; l'arrêté du 13 messidor an II et la loi du 30 vendémiaire an IV lui ont donné une nouvelle organisation. La loi du 21 avril 1810, les décrets des 18 novembre 1810, 6 mai 1811 et 3 janvier 1813, les ordonnances des 2 août, 5 et 6 décembre 1816, celles des 2 avril et 29 octobre 1823, 1er avril 1824, 25 mai 1828, 28 février et 7 mars 1831, tout en conservant aux ingénieurs des mines leurs premières attributions, leur en ont conféré de nouvelles. Aux termes de ces lois et de ces règlements et à cette période, ils sont chargés:

  • De l'étude et de l'exploration complète du sol de la France, soit sous le point de vue géologique, soit pour l'appréciation des richesses minérales qu'il renferme.
  • De guider dans leurs explorations les personnes qui s'occupent de la recherche des mines et de tous les minéraux utiles.
  • De préparer l'instruction de toutes les demandes en concession de mines ou en permission d'établir des usines minéralurgiques, sur lesquelles le Roi doit statuer par des ordonnances.
  • D'indiquer, d'après la connaissance qu'ils ont acquise de la disposition des mines dans le sein de la terre, les limites qu'il convient d'assigner aux concessions, l'espèce et la direction des grands travaux d'art, à l'aide desquels l'exploitation doit être opérée.
  • De veiller, en visitant fréquemment les mines et les carrières souterraines, à la conservation du sol et des édifices, à la solidité des travaux, à la sûreté des ouvriers, de donner, sur ces divers objets, aux exploitants, des instructions positives, à l'autorité, des avis qui la mettent en mesure de prévenir tous les dangers.
  • De rechercher les causes qui restreignent ou qui tendent à restreindre l'exploitation des mines et d'indiquer les moyens qui peuvent être employés pour en faire cesser les effets.
  • D'estimer, pour la détermination des redevances dont les mines sont passibles envers l'Etat, l'étendue superficielle qu'elles occupent, ainsi que la quantité, la nature et la valeur des produits que l'on en retire.
  • De diriger l'exploitation des mines domaniales et des mines communales, ainsi que des tourbières appartenant à des communes ou à des établissements publics.
  • De préparer les règlements qui ont pour but de soumettre à une police uniforme toutes les tourbières d'une même localité tourbeuse, et de les coordonner à un système général d'assèchement et d'atterrissement.
  • De s'assurer, par des épreuves rigoureuses, de la solidité des appareils dans lesquels la vapeur est produite pour être employée soit comme moteur, soit comme agent de chauffage, de proposer les conditions sous lesquelles l'établissement de ces appareils peut être autorisé, de veiller, dans l'intérêt de la sûreté publique, à la stricte observance de ces conditions.
  • De donner aux commissions d'enquête chargées de l'examen préparatoire des projets de routes, de canaux, de chemins de fer, etc., des renseignements sur la nature et l'état du sol, sur l'importance des débouchés que ces voies nouvelles sont destinées à procurer aux mines et aux usines.
  • D'examiner, dans l'intérêt de la bonne foi publique et de la sûreté des transactions commerciales, les statuts des sociétés anonymes qui se forment , soit pour l'exploitation , soit pour le traitement des substances minérales.
  • De signaler à l'administration ou aux tribunaux les infractions aux lois relatives aux mines et usines, qui régissent la propriété souterraine et les établissements qui en élaborent les produits.
  • Enfin, c'est aux ingénieurs des mines qu'est confié le soin d'initier à la théorie et à la pratique de leur art les élèves ingénieurs, et de former de bons maîtres mineurs et des directeurs instruits d'établissements.»

Sources: Bibliothèque MINES ParisTech - Compte rendu des travaux des Ingénieurs des mines pendant l'année 1833.

DES INGÉNIEURS DES MINES Á RONCHAMP

Le bassin de Ronchamp était un petit bassin producteur de houille et sans commune mesure avec les autres grandes régions françaises, par exemple en 1881, la production était la suivante :
Pas de Calais : 5 320 383 t,
Nord : 3 671 702 t,
Loire : 3 473 672 t,
Gard : 1 907 454 t,
Saône et Loire : 1 300 860 t, etc..
Ronchamp : 178 610 t.
Cependant, au 19 eme siècle, de grands Ingénieurs des Mines se sont intéressés à notre bassin et ont exercés leur art durant des périodes plus ou moins longues.

Pierre-Jules CALLON (1815-1875)

«CALLON (Pierre-Jules), né le 9 décembre 1815, est mort Inspecteur général de deuxième classe le 8 juin 1875. Il a commencé par professer à l'École des Mines de Saint-Etienne, de 1839 à 1845. Il passa de là dans le Gard, pour fonder l'Ecole des maîtres ouvriers mineurs d'Alais, où nous le retrouverons ultérieurement. En 1848, il était appelé à Paris comme suppléant de Combes dans la chaire d'exploitation des mines et de machines à l'École des Mines de Paris; en 1856, il en devint titulaire pour le rester jusqu'en 1872. De 1873 à 1875, il a publié son Cours de machines en deux volumes et les deux premiers volumes de son Cours d'exploitation des mines. Ces deux traités, le second particulièrement, sont immédiatement devenus classiques.»

«En outre de son enseignement et de ses occupations industrielles, Callon a été rapporteur de la Commission centrale des machines à vapeur; nous verrons le rôle qu'il y a joué en parlant du service des appareils à vapeur. Pour apprécier l'oeuvre industrielle de Callon, en dehors de son rôle dans l'enseignement, c'est à peu près sa vie entière d'ingénieur pratiquant qu'il faut suivre. Il y débutait en 1846, alors qu'il était chargé d'organiser l'Ecole des maîtres mineurs d'Alais; il fut autorisé à prendre simultanément la direction des mines de la Grand-Combe. Il en resta directeur effectif sur place de 1846 à 1848. Appelé à Paris à cette dernière date pour professer le cours d'exploitation à l'Ecole des Mines, il ne cessa jusqu'à sa mort, en 1875, d'être le guide et l'inspirateur de cette puissante entreprise minière, la plus considérable du midi de la France, soit comme ingénieur-conseil, soit comme administrateur-délégué; les intéressés ont tenu à reconnaître ses services par le buste qui lui a été élevé sur la place principale de la Grand-Combe, au milieu des établissements dont il avait si fortement contribué à fonder la grandeur et la prospérité....»

«Au bout de peu d'années, Callon fut appelé, par la confiance méritée qu'il inspirait, à être ingénieur-conseil d'un très grand nombre d'entreprises industrielles, et, pour plusieurs, son concours, par sa continuité et son importance, équivalait à une sorte de direction technique. C'est ainsi que successivement il fut amené, à partir de 1858, à s'occuper des établissements miniers et métallurgiques constituant la Régie d'Aubin, formée par un groupe de mines de houille (Cransac), de forges et de mines de plomb (Villefranche), que la Compagnie d'Orléans avait dû reprendre, dans l'Aveyron, de la Compagnie du Grand-Central et qu'elle conserva jusqu'en 1870; des établissements métallurgiques de Denain et d'Anzin, dans le Nord; des houillères de Ronchamp, dans la Haute-Saône; de la houillère de Marles, dans le Pas-de-Calais; des mines de Belmez, en Espagne; des Charbonnages belges, dans le couchant de Mons. Vers 1870, il cherchait à grouper dans un seul faisceau toutes les entreprises constituées sur le prolongement du bassin houiller de la Sarre, dont nous disions ci-dessus la découverte, lorsqu'il en fut détourné par les cruels événements de l'année terrible...»

Ses grands travaux à Ronchamp.

«Mines de Ronchamp (Haute-Saône). - Le bassin houiller de Ronchamp, situé à la pointe sud-est du département de la Haute-Saône, à 22 kilomètres de Belfort, aux portes de l'industrieuse Alsace, trouve très à portée un débouché facile et important. Callon y a rempli pendant de longues années les fonctions d'ingénieur-conseil, et il a pris part aux plus grandes opérations :
a) Fonçage de quatre puits de 300 à 600 mètres de profondeur; deux autres commencés, tous à travers des terrains difficiles.
b) Établissement des fours à coke.
c) Création d'un réseau de voies ferrées, etc., etc.
En me donnant ces détails, un des membres du conseil de Ronchamp ajoutait : « Par son sens éprouvé, par son calme constant au milieu des discussions quelquefois pénibles, comme en face des plus graves accidents, Callon nous inspirait à tous autant de confiance que d'affection. » Nous retrouvons partout la même impression ; on ne pouvait en effet se trouver en contact avec Callon sans prendre confiance en lui et sans l'aimer. Callon eut à traiter à Ronchanap une question qui se présente bien souvent dans l'industrie des mines et que nous retrouvons constamment sous sa plume, - la réunion en une seule de deux ou de trois concessions. Les concessions dites de Ronchamp et d'Éboulet demandaient au gouvernement l'autorisation de se réunir, et l'on ne manquait pas d'objecter que cette réunion aurait pour conséquence l'élévation des prix, l'oppression du pays par une société devenue trop puissante, etc., etc.....
Callon répondait : « L'objet de la réunion projetée n'est pas de constituer un monopole, mais au contraire de lutter contre un monopole déjà constitué, celui des mines de Sarrebrück, monopole d'autant plus dangereux qu'il est entre les mains d'un gouvernement étranger. En cas de guerre, l'industrie de tout l'est de la France pourrait se trouver subitement paralysée, s'il n'existait pas en France même des mines établies dans des conditions qui leur permettent de soutenir la concurrence des charbons étrangers. » Les faits n'ont-ils pas répondu aux prévisions de Callon, et ne devons-nous pas désirer l'accroissement par tous les moyens possibles de la puissance de production du seul bassin houiller que la France possède encore sur ses frontières de l'Est? ...»

Louis Emile Théodore TRAUTMANN (1821- ????)

«Né le 26/04/1821 à Brumath (Bas-Rhin). Fils de Charles TRAUTMANN, notaire, et de Catherine Salomé GEISWEIN. Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1841, entré classé 8 et sorti classé 3 sur 157 élèves), et de l'Ecole des Mines de Paris. Corps des mines. Ingénieur en chef des mines. Il dirigea les mines de la Grand Combe tout au début de sa carrière, alors qu'il n'était qu'aspirant. Les mineurs avaient en effet refusé la nomination de Thibaud comme directeur, probablement parce qu'il n'était pas de religion protestante. Trautmann s'était signalé par ses idées avancées, demandant par exemple que les houillères soient déclarées d'utilité publique. Varin lui succéda dans ce poste. Trautmann a par ailleurs été ingénieur en chef des mines à Nancy, et a eu comme collaborateur Henri Poincaré (1879)»

Il a publié une 'Études des Gîtes Minéraux de la France - Bassin houiller de Ronchamp' en 1885. Il est également l'auteur d'un 'Atlas' du bassin houiller de Ronchamp et publié par le Service des Topographies souterraines en 1886.

François MATHET (1823-1908)

«Ancien élève de l'Ecole des Mines de Paris (promotion 1849). Ingénieur civil des mines. Elle est lointaine, en effet, cette année 1852 où François Mathet débutait aux Mines de la Grand'Combe, où l'avait appelé Paulin Talabot, le créateur des chemins de fer dans le Gard, le futur organisateur du réseau P.-L.-M. Quatre années ne s'étaient pas écoulées que déjà Callon venait le chercher pour lui confier le poste d'ingénieur principal aux Mines de Ronchamp, où Mathet devait passer dix-neuf années de sa vie, groupant, jour par jour, les multiples éléments d'une magistrale étude que publiait l'Industrie minérale en 1881.
Entre temps, Mathet avait été appelé à exercer son activité sur un théâtre autrement vaste. MM. Chapot lui avaient confié, en 1875, le poste d'ingénieur en chef de la Grande Compagnie de Blanzy. Pendant vingt-et-une années, Mathet occupa avec distinction ces difficiles fonctions, ayant à lutter contre les feux dans un gisement irrégulier, imprudemment attaqué jadis à des niveaux les plus divers C'est à l'air comprimé, d'un emploi encore peu courant, que Mathet eut recours sur une grande échelle dans ce combat journalier. Le nom de Mathet restera toujours attaché à cette belle installation des Allouettes qui a été pendant bien des années le modèle des usines productives d'air comprimé.»

«Quand, à l'âge de soixante-treize ans, en 1896, Mathet résigna ses fonctions actives et quitta Blanzy, après quarante-quatre années de service dans les houillères, ce ne fut point encore pour prendre un repos pourtant bien mérité, ce fut pour aller porter, aux entreprises françaises à l'étranger, en Espagne, en Pologne, les lumières de son expérience. Infatigable au travail, Mathet ne s'était point laissé absorber par les obligations journalières du métier, il avait su trouver le temps de grouper les résultats de ses études sur Ronchamp, les observations recueillies au cours d'un voyage en Angleterre, les conclusions de ses recherches sur l'emploi de l'air comprimé, soit comme outil de travail, soit comme auxiliaire dans la lutte contre le grisou. Tous ces travaux avaient à juste titre attiré sur Mathet l'attention du gouvernement, et tous ses collaborateurs furent heureux de le voir décoré de la Légion d'honneur. Ce fut une fête pour tous, car par tous Mathet avait su se faire estimer et aimer.»

Il est l'auteur d'un très important 'Mémoire sur les mines de Ronchamp' publié en 1881. Ce Mémoire était en grande partie rédigé avant son départ de Ronchamp et il le terminera pendant son affectation à Blanzy. De ses 19 années passées à Ronchamp, il a assisté et coopéré à une transformation complète des mines, où la production est passée de 50 000 à 200 000 tonnes et sa conclusion laissait un grand message d'espoir.

Aubin-Emile COULARD-DESCOS (1826-1872)

«Ancien élève de l'Ecole polytechnique (entré major de la promotion 1845 de 136 élèves, sorti également major sur 131 élèves) et de l'Ecole des mines de Paris (entré major en 1847 et sorti classé 2 sur 6 élèves en janvier 1851). Coullard Descos (Aubin-Emile) est né à Paris, le 28 février 1826. Après avoir fait de brillantes études au collège Louis-le-Grand et avoir obtenu l'un des trois grands prix annuels, celui des sciences, au concours général de 1845, il entra à la fin de cette année à l'École polytechnique. Placé par ses examens au premier rang d'une promotion qui comptait cent trente-six élèves, il s'y maintint constamment, et c'est avec ce rang que, deux ans plus tard, il fut admis dans le corps des mines en qualité d'élève ingénieur. A l'École des mines, il obtint les mêmes succès, et lorsqu'il la quitta dans les premiers jours de 1851, il se trouvait placé en tête de sa promotion.
Au début de sa carrière d'ingénieur, il eut la bonne fortune d'être associé à un de ces travaux qui font époque dans les annales de la science. Sur le voeu exprimé par la commission centrale des appareils à vapeur, le ministre des travaux publics avait chargé, dès 1840, M. Regnault, ingénieur en chef des mines, membre de l'Académie des sciences, de reprendre l'étude des lois physiques sur lesquelles repose le calcul théorique des machines à feu, et de l'établir sur des bases certaines.... »

«Une décision ministérielle du 11 novembre 1856 avait confié à Descos le sous-arrondissement minéralogique de Vesoul. Il occupa ce poste pendant quatre années, se faisant remarquer, comme dans ses précédentes résidences, par son zèle et par son ardeur pour le travail. Il eut toutefois à faire preuve à Vesoul de qualités d'un autre genre qu'il possédait également à un haut degré et qui devaient appeler sur lui l'attention de l'administration centrale. Dans l'intervalle compris entre 1857 et 1859, les mines de houille de Ronchamp, situées dans le sous-arrondissement minéralogique de Vesoul, sur le versant occidental des Vosges, furent le théâtre de trois accidents graves.»

«Le 29 janvier 1857, une explosion de grisou à la suite de laquelle huit ouvriers périrent et cinq furent grièvement blessés, se produisit dans les travaux de la deuxième couche au puits Saint-Charles. Prévenu de l'accident dans la nuit par le préfet (M. Dieu), Descos se rend immédiatement avec ce magistrat à Ronchamp, malgré un froid excessif et les dangers qu'offrait l'abondance des neiges accumulées sur le sol. Arrivé sur le puits, théâtre du sinistre, il y descend, sans même prendre, dit le rapport auquel j'emprunte ces détails, le soin de se réchauffer un peu. Malgré le danger sérieux d'explosion qui existait encore, il pénètre dans les travaux et ne se retire qu'après avoir pourvu à ce que l'accident commandait. Au mois de novembre suivant, un incendie se déclara dans le local souterrain des chaudières du même puits. La mine dans laquelle le feu s'était propagé dut être fermée jusqu'au mois d'avril 1858. A la réouverture du puits, Descos veut, avant de laisser reprendre l'exploitation, apprécier par lui-même l'état des travaux incendiés. Le grisou et l'eau avaient pu s'accumuler dans les chambres d'extraction, et en enlevant les décombres pour y pénétrer, on s'exposait à être surpris. La situation n'était donc pas exempte de dangers. C'est une raison pour qu'il en prenne sa part. Aussi le voit-on présider en personne à la rentrée des ouvriers dans leurs chantiers, se tenir constamment à leur tête et assurer, en définitive, la sécurité commune par la direction intelligente qu'il imprime à l'opération.»

«Enfin, le 10 août 1859 une terrible explosion de grisou dans les travaux du puits Saint-Joseph vint jeter, pour la troisième fois, la désolation aux houillères de Ronchamp, en enlevant vingt-neuf mineurs à leurs familles. A la nouvelle de cette catastrophe, Descos accourt de nouveau à Ronchamp pour diriger les travaux de sauvetage et essayer d'arracher à la mort quelques-unes des victimes. Il lutte, à cet effet, pendant quinze jours sans prendre un seul instant de repos. Si, à raison du temps qui lui a été nécessaire pour se rendre sur les lieux, il ne peut atteindre son but, du moins, grâce à ses efforts persévérants, les corps des malheureuses victimes sont-ils retrouvés et rendus à leurs familles. Le préfet de la Haute-Saône, témoin de l'énergie remarquable et de la rare intrépidité dont Descos avait fait preuve dans ces tristes circonstances, s'était empressé de les signaler au ministre des travaux publics. A la suite des deux premiers accidents de Ronchamp, il avait été chargé d'adresser à l'ingénieur des mines de Vesoul des félicitations pour sa belle conduite. Dans la tentative presque désespérée de sauvetage du puits Saint-Joseph, celui-ci s'était exposé aux plus grands dangers ; il avait reçu à la main droite une blessure des plus douloureuses qui n'avait pu le déterminer à suspendre ses recherches ; il avait même failli périr victime de son zèle. »

«Le préfet n'eut aucune peine à montrer que de pareils actes de courage et d'abnégation méritaient plus que des éloges. Sur sa proposition qui fut appuyée par M. de Billy, inspecteur général des mines de la division du Nord-Est, un décret du 17 mai 1860 nomma Descos chevalier de la Légion d'honneur. Comme le faisait du reste remarquer avec raison le préfet de la Haute-Saône dans le rapport contenant ses propositions, Descos possédait d'autres titres à cette honorable distinction. Il avait, en effet, rédigé, au commencement de 1859, un mémoire très-détaillé et rempli d'observations judicieuses sur le captage des eaux ferrugineuses de Luxeuil. Soumis au conseil général des mines, ce mémoire y avait été l'objet d'une appréciation extrêmement flatteuse pour son auteur. Plus tard, lorsque l'exécution des travaux fut résolue, Descos les avait dirigés avec cette intelligence et ce soin qu'il apportait à tout ce qu'il entreprenait. L'excursion qu'il avait faite dans le domaine scientifique à l'occasion des sources de Luxeuil avait donc pleinement réussi, et elle avait prouvé qu'il était en état d'y obtenir des succès. Toutefois, il ne persévéra point dans cette voie, et quand il quitta Vesoul au commencement de 1861, pour prendre le poste de Rouen auquel il avait été appelé par décision du 2 février, il consacra de nouveau toute son activité au service ordinaire. Descos passa trois années à Rouen. Il y fut élevé, le 7 février 1860, à la première classe de son grade. »

Vivant-Léon MOISSENET (1831-1906)

«Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion de 1851, entré classé 62ème et sorti classé 17ème), Ecole des mines de Paris (élève de août 1853 à mars 1856, sorti 1er après avoir été classé 1er à la fin de chaque année de scolarité). Corps des mines.
Nous aurons moins à insister sur les dernières périodes de la vie de Moissenet, les neuf ans et demi, jusqu'au 2 août 1893, pendant lesquels il fut chargé, comme Ingénieur en chef, de l'arrondissement minéralogique de Chaumont (Haute-Marne, Aube, Yonne, Haute-Saône et territoire de Belfort, comprenant notamment les mines de houille de Ronchamp), et les douze ans et demi qu'il passa dans cette même ville de Chaumont, après sa mise à la retraite avec le titre d'Inspecteur général honoraire.»

«Pendant ces dix dernières années de son service actif, M. Moissenet eut à intervenir dans de graves accidents survenus dans l'industrie privée. Ce furent d'abord des éclatements de chaudières verticales dans des usines du nord du département de la Haute-Marne, dont il sut découvrir les causes avec une exactitude si rigoureuse que l'Administration put immédiatement prescrire les mesures utiles pour en éviter le retour; puis, le terrible coup de grisou des houillères de Ronchamp qui fit plus de vingt victimes. A M. Moissenet incombait la lourde tâche de rétablir, au milieu de mille dangers, la sécurité dans les galeries souterraines, dont les soutènements étaient détruits, et d'organiser la reprise réelle de l'exploitation. Il la mena à bien avec autant de célérité et de dévouement que de modestie. »

Charles Ernest LEDOUX (1837-1927)

« Ancien élève de l'Ecole polytechnique (promotion 1856, entré classé 13ème, sorti classé 10ème) et de l'Ecole des Mines de Paris (sorti classé 5ème). Sa carrière comprend deux périodes. Dans la première, qui va de sa sortie de l'École des mines en 1862 jusqu'en 1881, il est au service de l'État, s'élevant successivement jusqu'au grade d'ingénieur en chef. Mis en 1882 en congé illimité, il ne s'occupe plus que d'affaires industrielles, en y associant toutefois, de 1888 à 1897, un professorat à l'École des mines de Paris. Après de fortes études, couronnées par de nombreux et brillants succès, tant en lettres qu'en sciences, il fut reçu à dix-neuf ans à l'École polytechnique, en 1856, avec le n° 13; il en sortait en 1858, avec le n° 10... »

« ..Lorsqu'en 1874 il arrive à Paris, cette situation allait changer. Callon, le professeur d'exploitation à l'École des mines, qui avait été le grand maître de l'industrie extractive dans la génération précédente, sans l'avis de qui ne se constituait aucune affaire importante, qui était le conseil attitré des plus sérieuses entreprises, était obligé de renoncer à la vie active par suite de la maladie dont il mourait l'année suivante. Il céda une partie de sa succession à Ledoux, qui devint ainsi en 1875 ingénieur-conseil des mines de Ronchamp et de celles de Belmez en Espagne. Ledoux devait garder ces fonctions à Ronchamp jusqu'en 1907. Il devait partir de sa situation à Belmez pour créer son œuvre de Peñarroya dont nous allons parler. Mais de suite il faut dire comment Ledoux a toujours compris et rempli ces fonctions d'ingénieur-conseil. Il ne se contentait pas, comme dans sa partie fait l'avocat-conseil, de donner un avis sur les projets que pouvait lui soumettre la direction ou l'administration de l'entreprise. Il suivait avec continuité tout ce qui pouvait intéresser sa marche, prenant éventuellement l'initiative de suggérer les mesures qu'il estimait utiles. Imbu du rôle que doit remplir l'ingénieur pour la bonne marche d'une affaire de mine, on n'en engageait par un sans qu'il ne l'eût personnellement examiné sous le rapport technique et moral, et il avait le don de discerner rapidement et sûrement la valeur du candidat. L'ingénieur-conseil était ainsi pour lui en quelque sorte un directeur déchargé des soucis de l'exécution et du labeur quotidien courant....»

Octave-Paul DURAND (1840-1916)

« Ancien élève de l'Ecole des mines de Paris (promotion 1861). Ingénieur civil des mines. Octave-Paul Durand naquit le 9 avril 1840, à Ouroux, dans la Nièvre, de parents qui y faisaient valoir leurs biens. Il grandit dans ce milieu agreste et y acquit de solides qualités physiques. Il avait, de plus, l'intelligence très ouverte, de la finesse d'esprit et une grande ardeur au travail. On le mit au collège de Nevers. Il y fit, rapidement, ses humanités et conquit, sans peine, les diplômes qui les sanctionnent. Muni de ce viatique, il fut envoyé à l'école préparatoire de Sainte-Barbe à Paris, à la rentrée des classes de 1857.»

«En 1860, Octave Durand fut admis aux cours préparatoires de l'Ecole des Mines, puis, l'année suivante, en 1861, à l'Ecole elle-même. Il s'y fit apprécier de ses professeurs et, en particulier, de notre vénéré maître Jules Callon qui discerna ses aptitudes pour l'exploitation des mines. Aussi, comme il était ingénieur-conseil des houillères de Ronchamp, l'y fit-il admettre dès sa sortie de l'Ecole, en 1864. Ronchamp était dirigé, alors, par François Mathet, notre ancien doyen si aimable. On ne pouvait débuter dans la pratique sous un meilleur guide. Mathet fut, pendant toute sa carrière d'ingénieur, un exploitant incomparable de houillères à grisou. On sait l'emploi si judicieux qu'il y fit de l'air comprimé. Durand apprit beaucoup sous sa direction et lui serait certainement demeuré attaché, s'il n'avait eu la nostalgie de son cher Morvan. Elle lui fit rechercher son entrée chez MM. Schneider et Cie, qui l'admirent, dans leur personnel, comme ingénieur des houillères du Creusot, le 13 octobre 1869.... »

Jules Henri POINCARÉ (1854-1912)

« Henri POINCARÉ est Ancien élève de Polytechnique (promotion 1873, entré major et sorti 2ème sur 226 élèves à la sortie juste derrière le major de promotion Marcel BONNEFOY), et de l'Ecole des mines de Paris (entré en 1875 classé 2, diplômé en mars 1879 classé 3 sur 3 élèves ; voir le relevé de notes de sa scolarité). Il appartient au Corps des mines... »

« Nommé ingénieur ordinaire par arrêté du 28 mars 1879, Poincaré est désigné le 3 avril pour le poste de Vesoul. ce qui comblait ses voeux en le rapprochant de sa famille lorraine. Ce sous-arrondissement dépendait alors de l'arrondissement minéralogique de Chaumont. Poincaré était, en outre, attaché au Service du Contrôle de l'Exploitation des Chemins de fer de l'Est. L'exploitation principale dont Poincaré avait la surveillance était celle des houillères de Ronchamp. Au cours des huit mois qu'il devait passer à Vesoul, Poincaré visita ces mines au moins cinq fois, ce qui donne la mesure de la conscience avec laquelle il remplissait les devoirs de sa charge.»

«C'est ainsi que l'on retrouve la trace de son passage, le 4 juin 1879, au puits Saint Charles, dont le champ d'exploitation avait été presque entièrement déhouillé, et où Poincaré note avec précision les caractéristiques de ce gisement à la fois pauvre et irrégulier. Le 25 septembre, il visite le puits Sainte Pauline, et on le voit s'intéresser successivement à l'aérage, aux dégagements de gaz et aux venues d'eau. Le 27 octobre, il se rend au puits Saint-Joseph inspecter les travaux d'un cuvelage en fonte. Sa dernière visite est datée du 29 novembre 1879 au puits du Magny. C'étaient là, au début, de simples tournées de surveillance, rentrant dans la mission normale de l'ingénieur du contrôle. Mais le danger n'épargne pas les grands. Poincaré devait être appelé le 1er septembre 1879 à descendre, au péril de sa vie, au puits du Magny, où une explosion de grisou venait de faire seize victimes... »

Voir son rapport dans la rubrique Tragédie de la mine-Les catastrophes-1er septembre 1879 au Puits du Magny ou cliquez ici .

«Ce rapport est un modèle du genre, que l'on risquerait d'affaiblir en le commentant trop longuement. On n'est pas surpris d'y voir le grand maître de l'Hypothèse exceller, avec les arguments les plus simples et les plus directs, à sélectionner les causes de l'accident, à localiser la première explosion et à identifier « par exclusion pour ainsi dire » la lampe qui avait pu allumer le grisou. Mais on doit souligner le silence de POINCARÉ sur son rôle personnel, encore qu'il ait été certainement présent à ce sauvetage qui devait durer trois jours, et le souci qui l'anime de ne pas charger la mémoire du malheureux auteur de l'accident. Les dernières lignes montrent que la misère humaine touchait droit au coeur de POINCARÉ, à une époque où le malheur ne rencontrait qu'une insuffisante charité. Le 29 septembre, POINCARÉ retourne inspecter le puits où avait eu lieu la catastrophe. Il semble intéressant de citer également ce rapport, où il se préoccupe des progrès réalisés dans la ventilation...»

Ces biographies très succinctes, sont issues de la Bibliothèque des Mines ParisTech et en particulier l'excellent site des Annales des Mines qui traite de l’histoire des ingénieurs des mines au XIX eme et au XX eme siècles.

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