LE MONUMENT DE 1870

Le monument de 1870

FRANÇOIS XAVIER NIESSEN

François Xavier Niessen

Cinquième d'une famille de sept enfants, son père, François-Guillaume, fils de Jean-­Jacques NIESSEN, tailleur d'habits et de Jeannette Bucken, naquit à Aix-La-Chapelle (Prusse Rhénane) le 8.5.1802 et y exerça la profession de sellier. Avec autorisation de mariage délivrée par le Gouvernement du Royaume de Prusse en date du 21 aout 1839, il épousa à Sarre­Union (Bas-Rhin) le 10 septembre de la même année, Marie-Élisabeth Antony, de nationalité française, née au chef-lieu de canton le 13 avril 1820, comme fille de Jacques Antony, propriétaire drapier et d'Elisabeth Muller, présente au mariage et consentante. François-Guillaume NIESSEN, domicilié de droit à Sarre-Union, mourut le 29 décembre 1859 dans la Maison des Sœurs du Divin Rédempteur à Sarralbe (Moselle), neuf ans après son épouse. Baptisé en l'église Saint-Georges le surlendemain de sa naissance et prématurément orphelin, le jeune François-Xavier fut recueilli par son oncle maternel, François-Xavier Antony, praticien, domicilie à Lorentzen (Bas-Rhin). Celui-ci l'envoya au collège Saint-Augustin de Bitche (Moselle).

Après ses études, il enseigna quelques temps au collège Sainte-Croix à Neuilly-sur-Seine où il demeurait, 34 rue de Sablonville, avant de devenir professeur privé. II y épousa, le 12 juillet 1873, Catherine Schneider, sans profession, née à Metz, fille de Simon Schneider, garçon de rente recettes, et de Catherine Becker, sans profession, domiciliés au n°6 de la rue du Marché à Neuilly-sur-Seine. Le couple eut deux enfants: François-Xavier, futur agent d'assurances, et une fille, épouse d'Alphonse Mayeur. Le fondateur du Souvenir Français décéda le 29 décembre 1919, au 137 de l'Avenue de Neuilly.

Á l'issue de la guerre franco-allemande de 1870-1871, il s'était fortement ému du sort des sépultures des soldats français hâtivement aménagées à travers la campagne. En liaison avec les municipalités, il décida de leur faire élever des monuments, afin de perpétrer la mémoire de ceux qui avaient versé leur sang pour la France. Il pense que l'entretien des tombes (la guerre a fait 45.000 morts) et les services religieux doivent permettre de conserver la mémoire des soldats défunts et d'entretenir un sentiment d'unité nationale.

Á cette fin, il fit adopter en 1877, à la mairie de Neuilly-sur-Seine, le projet d'Association Nationale du « Souvenir Français ». Il s'y consacra totalement et assura, de 1887 à sa mort (29/12/1919), la charge du secrétariat général. Il parcourut inlassablement le France pour susciter des comités locaux et inaugurer des monuments. Le « Souvenir Français » fut reconnu d'utilité publique par décret du 01/02/1906 et placé sous le haut patronage du président de la République.

LE PROJET DU MONUMENT

Le dessin du projet

Á Ronchamp, dès 1900, la présidence locale est assurée par M. MITAINE (capitaine en retraite) et le délégué départemental pour la Haute Saône est le colonel de PARADES. M. NIESSEN effectuera surement plusieurs voyages entre Paris et Belfort pour superviser et inaugurer les 4 mémoriaux symbolisant la défense héroïque de Belfort. On peut supposer que M. Niessen s'est un jour arrêté à Ronchamp où il rencontra sans doute M. Léon Poussigue, alors directeur des Houillères, en compagnie de M. Mitaine, le colonel de Parades et du maire Octave Beuret.

De cette entrevue en 1902 ou 1903, M. Niessen exposa son projet d'unir dans un même ouvrage les victimes des guerres et celles du travail. Ils décidèrent de constituer une commission de 9 membres présidée par M. Mitaine qui se compose comme suit : trois industriels, un pharmacien, deux commerçants, un chef ouvrier, le chef comptable des Houillères et M. Mitaine. Le sculpteur, rapidement trouvé, est M. PERNEY – GROSJEAN de Vesoul.

Il est sculpté dans une pierre blanchâtre et se compose d'un piédestal sans corniche, à triple base, surmonté d'un obélisque. La hauteur totale dépasse les 4 mètres où toute l'ornementation est concentrée sur une même face. Le tronc du piédestal comporte l'inscription suivante : ''Aux soldats morts pour la Patrie Aux victimes du travail Monument élevé le 12 juin 1904 par le Souvenir Français Avec le concours de la Municipalité L'aide d'une souscription des habitants Et d'un don du Conseil d'Administration de la Houillère".

Sur la base de l'obélisque sont gravés les attributs des mineurs : deux pic croisés parés de feuilles de chêne à droite et de laurier à gauche avec, au centre, un cartouche représentant la lampe Davy.La moulure est surmontée d'une plinthe sur laquelle se découpe, en haut relief, un soldat de 1870. Il a le visage tourné vers sa gauche et sa main droite serre la poignée d'un sabre tandis que sa main gauche tient l'extrémité de la lame. Le képi, le sabre et les bottes évoquent un soldat de la cavalerie légère sans doute un Chasseur. C'est ainsi qu'après l'édification du Monument aux morts de 1914-18, certains l'appelèrent "le Zouave'', terme qui n'avait rien d'irrévérencieux pour eux, il était plutôt amical et servait à le distinguer du Poilu de l'autre Monument. Ce terme provoqua cependant la réprobation des Vétérans des Guerres coloniales. Toutefois, aujourd'hui très peu de gens utilise ce terme.

Au dessus un bandeau porte l'inscription 1870-1871. La partie supérieure est ornée d'une croix en relief et la partie terminale de la pyramide est surmontée d'une boule crachant le feu qui est le symbole de la grenade. Sur les deux faces latérales sont gravés les noms des 43 militaires originaires de Ronchamp, morts pour la patrie de 1854 à 1903. Au dessus des listes sont inscrites les campagnes de Crimée,Italie, Mexique et Chine,Colonies Françaises.

Le monument a couté 1530 F et cette somme a été payée à M. Perney le 27 mai 1904. Quant au financement il s'établit comme suit;
Souscription des habitants de Ronchamp: 547 F
Don de la Société des Houillères; 500 F
Subvention du Souvenir Français: 665 F
Total : 1712 F
Le surplus de la recette (182 F) a été utilisé pour les frais de l'inauguration.

L'INAUGURATION DU 26 JUIN 1904

Le monument inauguré

Cette inauguration s'est déroulée sous une pluie fine devant l'actuelle Mairie qui, à l'époque, était une école communale. Dès les premières heures de la matinée, une importante foule afflue au centre de Ronchamp, où plus d'un millier de visiteurs sont venus se joindre à la population locale. Sur le perron de l'école, une tribune a été installée où les personnalités prendront place.

Ronchamp-Haute Saône — Dimanche 26 juin, a eu lieu à Ronchamp, l'inauguration du monument élevé à la mémoire des soldats morts pour la patrie et des victimes du travail. La ville a revêtu sa parure de fête. La gare, la maison d'école, la mairie, de nombreuses maisons particulières sont décorées de drapeaux et de guirlandes de verdure. Á 9 heures, l'excellente musique des Houillères, aux sons entraînants d'un magnifique pas redoublé se rend au domicile du Président de la Section locale des Vétérans, pour y chercher le drapeau, et de là se diriger vers la mairie où doit avoir lieu la réception de diverses délégations et des autorités civiles et militaires. Bientôt arrive, drapeau en tête, une nombreuse délégation de Vesoul : M. Didier, Vice-Président de la 1537e Section des Vétérans des Armées de Terre et de Mer et Secrétaire de l'Association des Aniciens mobiles de la Haute-Saône; M. Barril Président de la Commission de surveillance de la Section ; M. Mathiez, Secrétaire, ancien sergent-major des mobiles ; M. Goffiney, porte-drapeau (ce vieux brave, qui perdit un bras à la bataille de Solferino, la poitrine constellé de décorations et de médailles excitera vivement la curiosité pendant tonte la journée) ; M. Dufils propriétaire ; M. le Commandant Laigle, Président de l'Association fraternelle des anciens officiers de terre et de mer ; M. le Colonel de Parades, délégué général du Souvenir Français ; M. Marchand, M. de Grattery ; M. Demandre, employé des Ponts-et-Chaussées, sous-lieutenant de réserve.

Cette délégation est reçue par M. le Capitaine Mitaine, l'honorable délégué du Souvenir Français, par M. Beuret, maire de Ronchamp, entouré des membres du Conseil municipal. Peu après arrive M. Niessen, Président du Souvenir Français, accompagné de M. Dubail-Roy, délégué de Belfort. Le cortège se forme pour se rendre au monument. En tête, la musique des Houillères, derrière les drapeaux des Sections des Vétérans de Ronchamp, de Vesoul, avec leur délégation, les couronnes, les officiers, M. le Lieutenant-Colonel de Parades, M. le Commandant Laigle, M. le sous-préfet, M. Beuret, les membres du Conseil municipal, etc… Le coup de canon retentit, la musique joue la Marseillaise, les drapeaux s'inclinent et le voile qui couvrait le monument tombe. Ce monument vraiment artistique, fait honneur aux sculpteurs, MM. Pernet et Grosjean, qui l'ont conçu et exécuté. Placé devant les écoles, il redira aux enfants l'héroïsme de leurs frères, de leurs parents, et sera pour eux une leçon salutaire.

Le premier orateur, est M. Mitaine, capitaine en retraite, chevalier de la Légion d'honneur, délégué du Souvenir Français, le véritable organisateur de cette patriotique journée. Ses paroles patriotiques et vraiment françaises, sont vigoureusement applaudies. M. Beuret, maire de Ronchamp, succède à M. Mitaine. En son nom personnel et au nom de la municipalité, il remercie le Souvenir Français, d'avoir tiré de l'oubli les noms des enfants de Ronchamp, morts pour la défense de la patrie. M. le Commandant Laigle, célèbre le courage et la vaillance des soldats et des travailleurs qui ont donné leur sang pour la grandeur et la prospérité de la France. M. le Colonel de Parades, fait rapidement l'historique des guerres dans lesquelles sont tombés les enfants de Ronchamp.

Après M. Parades, M. Niessen prend place à la tribune. « Chaque jour, dit-il, nous assistons à des cérémonies, mais aucune n'est plus belle que celle qui rend honneur au soldat mort pour la Patrie. Dans l'antiquité, les gladiateurs, en descendant dans l'arène, saluaient l'empereur qui, bien vite les oubliait. De nos jours, à travers les balles et la mitraille, les soldats qui marchent à l'ennemi, saluent aussi le drapeau représentant la majesté de la nation. N'est-ce pas alors un devoir pour la nation de s'incliner sur les mânes de ceux qui sont morts pour elle ? Vous l'avez compris, Messieurs, puisque vous avez élevé ce monument à la mémoire de ceux gui ont mérité la palme de l'immortalité... » L'orateur termine par ces mots : « Certes, la guerre est un fléau terrible, mais souvenons-nous que nous devons toujours être sur la défensive. Du reste, la génération d'aujourd'hui a une mission. Je n'ai pas, besoin de vous en dire plus, vous me comprenez, car c'est un Alsacien qui vous parle ».

Ces paroles émotionnent profondément l'assistance et c'est au milieu de bravos et d'acclamations sans fin que l'orateur quitte la tribune. M. Genoux, qui lui succède, rend hommage aux victimes du travail, qui, par leur dévouement, font la prospérité de la France. Puis, M. le sous-préfet termine la série des discours, en remerciant les organisateurs de cette fête, de lui avoir donné la présidence, et en félicitant les membres du Souvenir Français, de leur patriotisme. Au banquet qui suivit d'autres patriotiques discours, ont été prononcés par MM. Genoux, Mitaine, Didier, et le colonel de Parades. M. Marchand dit ensuite une poésie de composition, qui obtient un grand succès.
Compte rendu du Journal ''Le Vétéran'' du 11/09/1904 - Source gallica.bnf.fr

LES TRANSFERTS DU MONUMENT

Le monument déplacé

LE TRANSFERT EN 1957
Fleuri furtivement par de pieuses mains anonymes pendant l'occupation de 1940 à 1944, il eut la joie d'être libéré par des français en étant épargné par les balles qui touchèrent le Monument. Après ce 2e conflit mondial, comme dans beaucoup de villes et villages, la Municipalité entreprit de grands travaux de modernisation et de réparation (écoles, bains douches, etc..). L'école des filles est rasée et les classes sont transférées dans des locaux neufs et mieux adaptés et la Mairie s'installe à leur place en 1950. Mais le Monument devient gênant sur cette petite place, alors les édiles décident de le déplacer dans un lieu peu fréquenté, au bout de l'Allée du Canal, vers le pont Strauss. Cette opération fut exécutée par l'entreprise locale COTTA, en 1957. La dernière cérémonie devant ce momument eu lieu le 11 novembre 1991.

 

ÉPILOGUE EN 1992
La Municipalité, dans le cadre de l'aménagement du centre-ville en 1991, décide de déplacer le Monument 1914-1918 vers le Mémorial des héros et martyrs de la deuxième guerre mondiale. Par la même occasion le Monument de 1870 sera également installé sur cette place qui deviendra le Square du Souvenir Français et de la Résistance.Le déplacement de ces 2 monuments a été réalisé le 29 avril 1992 et le 25 septembre 1994, c'est l'inauguration du square. Pour cette occasion, un nouveau sabre a été remis entre les mains du soldat de 1870.

Au mois de mai 2004, à l'approche du centenaire de son existence, le monument subit une grande opération de ravalement. La cérémonie du 20 juin a commencé par les travaux du congrès départemental du Souvenir Français à la salle des Fêtes de Ronchamp, puis à 11h00, départ du cortège pour le square du Souvenir avec à sa tête 'Les Arquebusiers de l'est', puis l'Amicale des Houillères et les Amis du Musée de la Mine, la musique, les pompiers, les Anciens Combattants et les porte drapeaux.A 11h15 la cérémonie débuta au coup de canon, tiré par une réplique d'un canon d'époque. Après le dépôt de gerbes et les discours des personnalités, tout le monde se rendit dans l'ancienne école en bois pour le vernissage de l'exposition intitulée ''Houillères de Ronchamp-Souvenir Français''. Cette exposition mettait en parallèle les grands événements militaires depuis 1887 et l'histoire de la Mine de Ronchamp durant cette même période. Le vin d'honneur servi dans le préau du groupe scolaire Alphonse Pheulpin fut suivi du repas à la salle des Fêtes de Champagney.

Les 11 et 12 septembre 2004, a lieu à Ronchamp le Congrès annuel des Zouaves de l'Est. Cette amicale a sans doute choisi Ronchamp par référence a notre monument de 1870 appelé ''Le Zouave''. Elle s'est également rendue à la stèle de la Chapelle et aux ''Larmets'' à Fresse pour y déposer une plaque.

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