LA NUIT EUROPÉENNE DES MUSÉES 2012

LA CONFÉRENCE AU MUSÉE DE LA MINE

Yves Clerget, enseignant est nommé à Lure en 1967. Il fait connaissance avec le Dr Maulini qui est en réflexion pour le Musée. Parti enseigné à Montbéliard il revient au Musée de la Mine pour faire des animations culturelles dont 'Traces de Mine', par le biais du Rectorat suite à un détachement auprès des M.T.C.C. Le 19 mai il a animé une conférence à 17 heures au Musée de la Mine dont le sujet était : Les énergies fossiles en Franche-Comté.

Nous avons le charbon de Ronchamp bien sûr que la nature a mis 20 millions d'années à former dans les lointains temps géologiques du primaire à partir des débris d'une forêt houillère accumulés dans un lac et que l'homme a mis deux siècles seulement à exploiter entre 1750 et 1958. L'exploitation artisanale anarchique des premiers paysans a vite été remplacée par une exploitation de plus en plus rationnelle et mécanisée de mineurs parfois venus de toute l'Europe et en particulier de Pologne. Des réserves reconnues de charbon existent encore dans notre sous-sol à Froideterre, à Lomont-Courmont, à Lons-le-Saunier. À Lons-le Saunier une poche de gaz naturel a été exploitée pendant une vingtaine d'années. Des schistes bitumineux riches en gaz ont été exploités vers Ornans au XIX° siècle et à Creveney au milieu du XX° siècle. L'exploitation à peine ébauchée de ces réserves (disponibilité estimée pour 100 à 150 ans) est actuellement bloquée en France par des décisions politiques liées à la technique d'extraction par hydro fracturation avec des solvants. Cette technique est potentiellement dangereuse pour l'environnement. L'Estonie, la Chine, les États-Unis riches en gaz de schistes sont en plein regain d'exploitation. Aux États-Unis on parle même de reprendre les gisements de pétrole épuisés avec cette méthode ce qui assurerait très rapidement et pour longtemps l'indépendance énergétique du pays. La campagne d'exploration des années 1970-1980 par le commissariat à l'énergie atomique CEA et sa filiale COGEMA a mis en évidence dans la région de Ronchamp des ressources en uranium radioactif dont l'exploitation ne serait envisageable qu'en cas de crise énergétique et de détresse économique grave.

Yves Clerget Une partie de l'assistance Des auditeurs attentionnés

SORTIE NOCTURNE ET LECTURE DE COMTES

Une cinquantaine de personnes se sont retrouvées à 21 heures à l'école du hameau de la Houillère malgré un épisode pluvio-orageux annoncé. Le groupe bien équipé en lampes et chaussures nous a suivis à la découverte d'une petite page du patrimoine minier de Ronchamp. Tout au long du parcours des arrêts ont permis de découvrir une facette de notre histoire locale. Depuis l'emplacement du puits Henri IV, en passant au pied de la statue de la Vierge, de l'ancien hôpital, nous avons repris le sentier des affleurements pour arriver au fonçage Robert dont l'entrée a été aménagée en 2001. Puis nous avons pris de la hauteur en passant devant les anciens travaux de Saint-Desles de 1770 avec un petit terril et ses galeries effondrées. La marche s'est poursuivie sous la pluie en direction de la galerie Datou dont l'entrée a été restaurée en 2011 et 2012. Un projecteur était installé à l'entrée pour une mise en lumière après plus de 60 ans de vie dans les ténèbres. La pluie orageuse se faisant plus persistante, c'est sous le préau éclairé de l'école du hameau que chacun a pu écouter les comtes où la réalité flirtait avec l'imaginaire. La soirée s'est terminée par la lecture d'un poème de René BEGEOT intitulé: La mine de Ronchamp.

LES COMTES

La Terre au Saint avant 1750

« Ce vallon que vous parcourez, ne possédait autrefois, ni route, ni habitation, ni prairie. Une forêt profonde couvrait tout le paysage. Elle était le domaine des sangliers et des loups. Il fallait bien du courage pour s'y aventurer. On raconte qu'il y a fort longtemps, un saint homme est venu en ce lieu sauvage qui a pris le nom de 'Terre au Saint'. On raconte aussi que c'était Saint Desles, lui-même, le compagnon de Saint Colomban, ce moine irlandais venu évangéliser la Gaule, qui s'est retiré ici avant de fonder l'abbaye de Lure. Il nous reste une grosse borne au milieu des bois qu'on appelle la borne Saint Desles. On y a dessiné de chaque côté les armoiries du seigneur de Ronchamp et l'emblème des abbés de Lure. Une légende raconte que mille ans après le passage du saint, une nuit de la Saint Desles. Elle quittera le vallon sauvage pour se poser dans un lieu plus hospitalier où tout le monde pourra l'admirer. Voilà, les mille ans sont passés et la grosse pierre s'est envolée pour venir se poser au carrefour de l'Étançon. D'autres histoires, réelles ou imaginaires, se sont déroulées en ces lieux que vous venez de parcourir. Écoutez d'abords l'histoire du bouc de l'Étançon. »

Le bouc de la Tançon

« Je suis le berger de la ferme de la Tançon. Il y a tout autour de la maison, mes moutons, mes chèvres et mon bouc. C'est mon bouc qui m'a rendu célèbre. A Ronchamp, on le connait bien mon bouc. A la saison des amours des chèvres, toute les fermières de la contrée viennent chez moi avec leur chèvre au bout d'une corde. Mais ce n'est pas ces visites qui l'ont rendu célèbre. C'est lui qui a découvert le charbon, là, tout près, à côté de la grosse borne Saint Desles. Des envieux disent que ce n'est pas vrai, que c'est faisant du feu pour bruler les branches, que j'aurais enflammé la roche noire qui affleure. C'est pourtant mon bouc qui, en grattant le sol, a fait cette découverte qui va transformer nos paysages et nos vies. J'en ai parlé aux voisins, ils sont venus en chercher, ils ont brulé le charbon de terre dans leurs fourneaux. C'est arrivé aux oreilles de messieurs les propriétaires des usines qui ont voulu en profiter. Ils sont venus, ils ont fait des trous partout, ils ont construit tous ces grands bâtiments. Je les ai bien connu ces hommes aux grands chapeaux ; il y avait un maitre de forge de Magny Vernois qui voulait utiliser la terre de Ronchamp dans ses forges pour fabriquer ses fourneaux à 4 marmites, il y avait le propriétaire des mines d'argent de Plancher-les-Mines, persuadé de pouvoir extraire les lingots d'argent à partit des cailloux brillants arrachés aux froides montagnes. Avez-vous entendu parler de Monsieur de Lavoisier, un jeune homme venu de Paris ? Il est entré dans nos galeries. Il a mis des morceaux de charbon dans une cornue pour savoir pourquoi il produit tant de chaleur. Et combien d'autres, qui voulaient tous notre charbon. Mais moi je préfère rester avec mes moutons, mes chèvres et mon bouc.»

Premier rouleurs 1780

« Quand le charbon fut découvert en ces lieux, ce fut la ruée vers l'or, vers l'or noir. Mais n'exagérons pas. Les premiers émigrants sont des paysans de chez nous. Ici, dans ce vallon perdu, commencèrent à se construire des hangars, des forges et aussi une ou deux grosses maisons pour y loger des mineurs venus de loin. Et aussi une belle maison surmontée d'une cloche qui fut la première maison du directeur. Et aussi une auberge… Juste derrière les maisons s'ouvraient les galeries. Celle-ci fut appelée galerie du Sentier, celle-là galerie du Traineau et l'autre en face galerie du Cheval. C'est drôle les noms qu'on leur a donnés. Mais vous allez comprendre pourquoi. Dans la galerie su Sentier, c'est effectivement un sentier qui s'enfonce sous terre, avec une légère pente et de gros virages. Ce sentier est emprunté par des hommes tout noir, avec de gros sacs sur le dos et qui vont les vider sur la place à charbon. Ils font ce va et vient incessant, ils n'ont que leur dos, leurs bras, leurs jambes pour remonter le charbon jusqu'au jour. Quelle corvée ! La seconde galerie que je vous fais visiter, c'est la galerie du Traineau. Là, c'est beaucoup mieux. Les mineurs sont attelés à des traineaux qui glissent sur des planches. Ce chemin de bois est pourtant bien long, remontant le charbon sur plusieurs centaines de mètres. Ce sera encore mieux quand on aura installé 4 roues à ces traineaux et qu'on aura inventé les premières berlines, mais ce sera pour plus tard. Pour l'instant, on tire, on traine, on pousse… Là-bas c'est la galerie du Cheval. Quelqu'un a remarqué : « Dans les près ce sont les chevaux qui tirent les chariots ». Ici ce sont nos mineurs qui sont attelés aux traineaux. Pourquoi ne pas les remplacer par des chevaux. Bonne idée ! Encore faut-il que les chevaux soient d'accord. Et ils n'aiment pas trop s'enfiler dans les galeries, ces animaux. On n'osera pas les emmener au fond. Ils ne feront que quelques dizaines de mètres à l'entrée des galeries, entrant à peine dans le monde souterrain mais l'aventure commence à peine pour eux aussi. Les chevaux deviendront bientôt, et pendant 100 ans, les compagnons de travail des mineurs de Ronchamp. On les descendra dans les puits accrochés à des cordes, ils parcourront les galeries des ténèbres, on leur construira des écuries souterraines pour n'avoir pas besoin de les remonter au jour. Mais moi, j'en connais un, je ne sais pas comment il fait, mais la nuit, quand il n'y a plus personne dans son quartier de mine, il disparait de son écurie des profondeurs, et il retrouve ses près, son herbe verte et ses compagnons du jour, et il court, et il se roule dans l'herbe. J'en suis sûr. J'entends ses hennissements et même, je l'ai vu voler, là-bas, dans le grand près de la Terre au Saint avant de s'en retourner aider les hommes au fond de la terre.»

La galerie Datou 1950

« Venons-en à des périodes plus récentes, 1950, avec des mineurs que vous avez peut être connus. La galerie Datou est creusée en mars 1951 pour rechercher ce qui reste de charbon dans cette petite colline et que d'anciennes galeries ont déjà sillonné de toutes parts. L'ombre des anciens est encore présente. N'approche-t-on pas de la vieille galerie Saint Desles aux boisages effondrés ? Et là-bas, ne rencontre-t-on pas de vieilles perches de sapin percées en leur milieu, qui servaient de tuyaux de pompage des eaux ? A quelques mètres sous nos pieds, existait une très vieille rigole d'écoulement, tout en briques, peut être aujourd'hui complètement envasée et qu'on n'a jamais retrouvée. Quelqu'un a même découvert sous un éboulement une paire de sabots presque intacte mais qui a surement 200 ans. Si vous faites 30 mètres dans la nouvelle galerie Datou, protégée des effondrements par des cintres métalliques, vous découvrirez un lieu particulier : la tête du fonçage Aubry. Le treuil qui permettait de remonter les berlines a aujourd'hui disparu. Mais il subsiste le cadre de sécurité avec sa barrière anti-recul et sa sonnette. Et là, un manœuvre était chargé de récupérer les berlines pleines. C'est de lui que je veux vous parler. Notre homme a une occupation bien particulière. Dès que la berline a passé la barrière, il l'attrape d'une main et la roule sur les rails vers la sortie. De temps en temps, il communique avec son collègue du fond en donnant un ou deux coups de sonnette. Or son rôle est plus responsable qu'il n'y parait. Je vous propose d'écouter ce que racontait un mineur de Ronchamp, qui dit avoir eu la peur de sa vie. « Ce jour-là, après avoir fait mon poste de travail, je remontais avec un copain par le fonçage. On pouvait remonter derrière les chariots en mouvement. On avertissait le gars du haut. Il fallait sonner 4 coups, ce qui signifiait 'attention'. Et tout d'un coup voilà qu'un chariot nous arrive dessus en dévalant la pente. Et pas moyen de s'écarter, il n'y avait aucune place de protection. Heureusement il s'est déraillé sur la plaque pivotante de la galerie intermédiaire. Et savez-vous comment ça s'était passé ? En haut, le gars avait une sale habitude, il avait bloqué la barrière de sécurité et il décrochait le chariot au vol. »

Le groupe au départ du hameau Le long du sentier Le groupe devant la galerie Datou L'entrée occupée

La galerie datou éclairée

Lecture de comtes par Madeleine Jean-Claude à la lecture Maxime Dirand
RETOUR MENU
Les Amis du Musée de la Mine   -   Réalisation  Alain  Banach   -   Tous droits réservés   -  Plan du site