LA FÊTE DE SAINTE BARBE

Le cortège de Sainte barbe

La légende de Sainte Barbe

Il semble que le seul point avéré de l'histoire de Barbe est qu'elle fut une jeune vierge martyrisée au 13e siècle en Asie Mineure à Nicomédie, aujourd'hui Izmit, un port de Turquie. Il existe plusieurs versions de son histoire dont celle du Moyen Age. Selon la légende populaire, Barbe, était la fille d'un riche païen du nom de Dioscore. Jeune fille d'une grande beauté, elle refuse les nombreuses demandes en mariage. Pour la protéger des prétendants, son père fait construire une tour à deux fenêtres où sa fille pourra y vivre retirée du monde. Lors d'une absence de son père, Barbe se convertit au christianisme. Pour marquer sa foi, elle fit ouvrir une troisième fenêtre dans la tour, symbole de la Trinité. A son retour son père lui demanda des explications qui le firent entrer dans une grande colère. Il la traîna lui-même devant les tribunaux qui la condamnèrent aux pires supplices. Comme la pieuse jeune fille continuait à invoquer le Christ, le gouverneur ordonna au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Elle réussit à s'enfuir et se cache dans une grotte qui se serait alors miraculeusement ouverte devant elle. Mais trahie par un berger, Barbe est de nouveau capturée et subit des supplices plus horribles encore. Son père la traîne finalement au sommet d'une montagne et la décapite. Le châtiment céleste du dieu unique chrétien ne tarde pas à s'abattre. Aussitôt après, un orage éclate et Dioscore est frappé par la foudre qui le réduit en cendres.

sainte barbe

Depuis ce jour, Barbe protège contre la foudre, le feu, les explosions et la mort subite, donc contre le tristement célèbre coup de grisou. Elle est la patronne des mineurs mais aussi des pompiers, des artificiers, des artilleurs et tous ceux qui utilisent les explosifs ou le feu. Il semble que ce sont les mineurs des mines métalliques qui aient honoré Sainte Barbe les premiers. Le culte de Sainte Barbe s'est propagé d'Orient vers l'Occident à l'image de l'extension du catholicisme. La houille a été exploitée bien plus tard que les minerais métalliques (cuivre, or, argent, fer,…) ce qui explique pourquoi ce sont les mineurs de charbon qui ont été les derniers à le pratiquer. En France, elle était célébrée dans les Vosges au milieu du XVIème siècle, dans les mines d'argent de la région de Sainte-Marie-aux-Mines. C'est au XVIIIème siècle que la croissance de l'exploitation des mines de houille a accéléré la diffusion du culte de Saint Barbe. Elle est fêtée le 4 décembre mais Barbe a été rayée du calendrier catholique et romain en 1969, pour être remplacée par Barbara.

Généralement, Sainte Barbe est représentée comme une jeune fille. Elle arbore quelque fois une palme de martyre et souvent elle porte une couronne et tient livre. La tour est presque toujours présente avec deux ou trois ouvertures. Elle peut porter différents attributs qui permettent de l'identifier :
   -le ciboire symbolisant les derniers sacrements.
   -le livre montrant Barbara étudiant les textes saints.
   -une épée rappelant la décapitation par son père.
   -une tour avec ou sans les ouvertures qui rappelle son lieu de séquestration.
   -la plume de paon rappelant les fouets des bourreaux.

La fête de Sainte Barbe aux Houillères de Ronchamp-Champagney

Avant le 20e siècle on ne connait presque rien sur la fête de Sainte Barbe. L'Harmonie des Houillères a été créée en 1846 comme en atteste un fanion au Musée de la Mine et c'est M. Schultz, ingénieur qui en fut l'organisateur. Au début elle se nommait « La Société musicale des Houillères de Ronchamp ». Dans un document d'archives de 1893, l'Harmonie présentait son programme de la fête de Sainte Barbe avec tous les morceaux exécutés depuis le départ du Château des Houillères, pendant l'office religieux et sur le retour au château. Dans un document, '' L'Action syndicale (Lens). 1904-1910.'' (source Gallica.bnf.fr), le rédacteur Benoît Broutchoux dit ceci : « Les mineurs descendent à 4 h. 1\2 du matin et remontent de 3 à 4 heures. Là aussi, la loi de 8 heures est inappliquée et là aussi, comme ailleurs, les ouvriers réduirons leur temps de présence au bagne quand ils sauront l'imposer. Il y a un avantage sur le Pas-de-Calais et le Nord. Á Ronchamp, la hideuse quinzaine Ste Barbe est inconnue ». Benoît Broutchoux, né le 7 novembre 1879 à Essertenne (Saône-et-Loire) et mort le 2 juin 1944 à Villeneuve-sur-Lot, est un ouvrier et journaliste, anarchiste et syndicaliste, grande figure du mouvement syndical et libertaire dans le bassin houiller du Pas-de-Calais

La quinzaine de Sainte Barbe ? Entre le 16 et 30 novembre, les patrons permettaient aux ouvriers de réaliser des journées de travail de 12, 14 et même 16 heures (descente à 3 heures le matin, remontée pouvant aller jusqu'à 19 heures), ce sont les longues coupes, qui leur rapportent un salaire équivalent à plus du double de la quinzaine ordinaire. Ces heures de travail supplémentaire se faisaient au détriment de la sécurité. Cette pratique a été longtemps combattue par les organisations syndicales.

En l'absence de documents écrits de cette époque, une affiche de 1928 nous permet de cerner le déroulement de la fête qui s'étale su 2 jours chômés. Le 4 décembre, tout le personnel des mines, endimanché, fête leur sainte patronne avec beaucoup de solennité et de joie. Le rassemblement se faisait à 8h45 au hameau de la Houillère à proximité du Château du Directeur. Á 9h00 le cortège se forme avec en tête l'Harmonie des Houillères, la statue enrubannée portée par 4 mineurs entourée de trieuses. Les drapeaux et bannières précédaient tout l'état major des Houillères, les mineurs et la population. La communauté polonaise participait également à cette fête avec son drapeau. Á 9h30 avait lieu l'office dans une église bondée. Les mineurs étaient tenus d'assister à la messe ! Vers 1936 cette dimension religieuse va beaucoup diminuer. Cette messe rappelle les liens très forts qui existaient entre les dirigeants des Compagnies minières et le Clergé très catholique. Après la messe, tous se retrouvaient dans une salle de Ronchamp pour l'apéritif. Á cette occasion le Directeur prononçait son discours et remettait des gratifications ou des médailles. Tout le monde se retrouvait à la Houillère pour faire la fête autour d'un repas. Le soir, de 20h à 1h du matin un grand bal était animé par des musiciens de l'Harmonie.

Le lendemain 5 décembre, se déroule un concours de tir au hameau de la Houillère qui se terminait par une remise des prix tard le soir. Le matériel était fourni par la Direction. Le fusil utilisé était un fusil Gras transformé mono coup. Le Capitaine Gras avait créé ce modèle en 1874 en transformant le célèbre Chassepot (remplacement de l'étui de balle en carton par du métal). Après la guerre de 1914/1918, il existe un stock très important du fusil Gras qui sera vendu où transformé en calibre 16, 20 ou 24. Très peu onéreux, ce fusil fera le bonheur de très nombreux chasseurs. L'après midi à 15h00, avait lieu une séance de cinéma gratuite (pendant quelques années seulement) et également un bal gratuit jusqu'à 22h00. L'affiche n'oublie pas de signaler la reprise du travail le lendemain 6 décembre. L'affiche porte le nom du directeur J. Pagliano !

Au lendemain de la dernière guerre et de la nationalisation du bassin houiller confié à EDF, le cœur n'était plus à la fête. Le dernier banquet de la Fête de Ste-Barbe se déroule le 4 décembre 1953 au restaurant Helle à Champagney où M. Dumay, technicien des Charbonnages de France, annonce la fermeture de la mine.

Statue de Sainte Barbe Affiche Cortège minier Arrivée à l'église Des mineurs attendent Cortège de mineurs polonais

L'Harmonie des Houillères

Un autre élément sonore incontournable de la Sainte Barbe est l'Harmonie des Houillères. L'organisateur de la première « Société Musicale des Houillères de Ronchamp » était l'ingénieur des mines Schultz. C'est lui qui a fait installer la machine à taquets au puits St Charles en 1850. Les chefs successifs jusqu'en 1935 ont été: MM. Catton, Frey, Dirand, Raiff, Mougenot. Quelques dates importantes dans la vie de l'Harmonie:
1870 : l'Harmonie est réquisitionnée comme Musique de la Garde Nationale de la région sous la baguette de Geffrey, ex-chef de fanfare militaire
1871 : elle joue la Marseillaise le jour de la libération du territoire
1877 : elle compte33 exécutants 1878 : nouvelles activités sous la direction de Victor Durand
1879 : 37 musiciens
1882 : 45 exécutants
1903 : 50 exécutants (chiffre maintenu jusqu'en 1914)
1905 : médaille au concours international de Besançon
1908 : médaille au concours international de Belfort sous la direction de M. Raiff
1914 : dissolution de la musique (tous ses instruments furent donnés à une musique militaire partant en Orient en 1916.)
1918 : retraite aux flambeaux le 11 novembre et regroupement des anciens musiciens autour de leur chef Raiff
1926 : réorganisation de la musique par M. Mougenot qui dispose du concours de 50 musiciens
1935 : le 29 mars a lieu la dernière répétition.

Cette harmonie fut reconstituée en 1919, sous la direction de M. Raiff avec les anciens et des jeunes de la mine. Au début très modeste elle reprenait une vitalité extraordinaire à partir de 1924. Pendant plus de 10 ans elle va rayonner dans tout le canton et même bien au-delà du département. Un exemple à Lure pour le centenaire du Collège. Elle possédait une solide armature autour de professeurs de très haute qualité avec des exécutants très à l'aise dans leur partition où l'effectif moyen était de 40. Voici quelques musiciens très connus à l'époque : les frères Guyot, Mathieu, Gruga, Morel et la suite : André, Hantzberg, Chopin, Cardot, Luxeuil, Diez, Mermet, Schermesser, Lambert, Taiclet, Perigal, Peroz, Pingand, Caritey, Bindler, Barrachin, Begey, Ribaud, Boisot, Douillet, Lalloz, Sarrazin, Pinot, Deloye, Millotte, Dirand, Colney, Parisot, Thiault, Stainmesse, Mougenot, Sarrazin Alfred, Chopin Emile, Ruga père et fils, Cardot Adolphe, Lambert Paul, Diez Léon, Luxeuil, Hantzberg, les Millotte,…

Parfois, des musiciens de profession libérale venaient pour les grandes circonstances renforcer cette phalange par amour de la grande musique ; MM. Depommier clarinettiste, ancien du trente-cinquième, Gleich basse solo, Richard, Pointurier, flutistes. «En 1904, M. Roanet chef de musique du 42e de ligne venait assurer la direction par intérim, cela en raison de la maladie de M. Dirand chef, non pas par manque de musiciens capables mais une idée de M. Poussigue directeur. La raison, ce chef militaire apprenait à connaitre les jeunes musiciens et pouvait les faire incorporer dans une musique militaire à Belfort, Montbéliard, Besançon. Combien ont profité de cet atout ? Trois ans de musique ont permis d'avoir un noyau appréciable. Les multiples concours en sont une preuve : Neufchâteau, Belfort, Epinal, Montbéliard, Besançon, Vesoul : prix d'excellence, d'honneur, médailles d'or, d'argent, toutes disparues, sans laisser d'adresse.»

Cette notoriété est venue du fait de l'organisation même et de la rigueur de la gestion. Elle bénéficiait d'un important appui financier : instruments, tenues, indemnités versées aux musiciens mariés, un logement gratuit, des jetons de présence, un emploi souvent de faveur. La discipline était de rigueur ; les répétitions étaient obligatoires. Un pointage suivait les musiciens et une absence non motivée était sanctionnée par une amende ! Tout était fait pour former un vrai groupe soudé ; les concerts, les sorties récréatives, les bals bien organisés où les ouvriers et les employés étaient assis au même pupitre afin qu'ils se connaissent mieux.

Bannière de l'Harmonie Harmonie en 1895 L'Harmonie à Luxeuil Harmonie en 1939 Aubade au Château Harmonie à Luxeuil les Bains
Statue de Sainte Barbe Affiche Cortège minier Arrivée à l'église Des mineurs attendent Cortège de mineurs polonais

La comptabilité était tenue rigoureusement et parafée par le directeur en personne où la balance était toujours excédentaire. Les dons des membres honoraires (ingénieurs et chefs de service) permettaient d'améliorer nettement les banquets. Marcel Mougenot nous donne quelques détails sur cette rigueur de la gestion :
«1878 : diner de Ste-Cécile : quarante couverts cent trente-six francs.
1888 : porteurs de pain bénit et de lanternes : quatre francs. Sortie à Melisey : quatre-vingt-huit francs cinquante-cinq ; Photographies : quatre-vingt-quatre francs. Acheté ruban pour médailles : zéro franc soixante. Couronne mortuaire : douze francs. Sortie à Plancher-les-Mines : cent dix-neuf francs quarante. Diner à Ronchamp chez Schaad : cent dix-sept francs vingt-cinq. Bolot fils, porteur de la bannière : un franc.
1896 Amendes trois francs. Pavé un franc à un ouvrier de St-Barthélémy pour avoir retrouvé la baguette du chef de musique...
1903 : 1er prix d'honneur à Neufchâteau : cent cinquante francs.
1913 : reçu de M. Renoult sous-secrétaire d'État aux finances : vingt-cinq francs. Sortie à Champagney : six francs cinq.
»
En 1935, c'est la fin de l'Harmonie orchestrée par la Direction qui voulait supprimer le ''superflu''. Les musiciens partirent vers d'autres cieux et en 1946 personne n'avait envie de relancer la machine au vu du plan de fermeture qui se préparait.

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