RONCHAMS, RUNCHAMP, RONCHANT, RONCHANS, ROMCHAMP, RONCHAMP

Vue de Ronchamp en 1779

RONCHAMP : SES ORIGINES

‘’Ronchams, Runchamp, Ronchans, Romchamp, Ronchant, Roncham, Rotundus Campus’’, telles sont les différentes orthographes qui ont traversé les siècles.... Pêle-mêle, notices, archives, cartulaires, actes d’inféodation, chartes, textes anciens en confirment l’Histoire ! Aujourd’hui les grandes bibliothèques mettent à disposition des internautes une abondante documentation. Au cours de l’Histoire, la trace de ‘’Ronchamp’’, comme la plupart des petites villes ou villages, apparaît bien tardivement. La première mention remonte au XIII e siècle. Vers le IVe siècle avant J.C., une tribu gauloise s’installe en Séquanie (Franche Comté actuelle) et a pour voisin et ennemis les Éduens (Saône et Loire, Nièvre) et les Arvernes (Massif Central). Vers 75 av. J.C. les Germains, commandés par Arioviste, traversent le Rhin et commencent à occuper une partie de la Séquanie. Les Séquanes et les Germains s’allient pour combattre les Eduens, alliés des Romains. Mais les exigences des Germains sont de plus en plus oppressantes et cruelles. Alors les Séquanes renversent les alliances et se tournent vers les Éduens. En 58 av. J.C., Jules César, vainqueur des Helvètes, vient au secours des Séquanes. C’est le début de la guerre des Gaules qui va durer près de 6 ans et se terminer par le siège et la capitulation de Vercingétorix à Alésia. La ‘’Guerre des Gaules’’ est un ouvrage de Jules César : sept volumes constitués de notes rédigées au fur et à mesure des campagnes militaires et rassemblées vers 52 av. J.-C.

Vers 1860, André Sarrette, lieutenant-colonel au 86e régiment de ligne (Belfort), a profité de son séjour dans la région pour rechercher les champs de bataille entre les troupes de César et celles d’Arioviste. Ce colonel, également membre de plusieurs sociétés savantes comme « La Société d’Emulation du Doubs », a publié plusieurs ouvrages sur les affrontements menés par César lors de la guerre des Gaules. D’après lui, en 58 av. J.C., Arioviste a été battu par César, dans la plaine entre Ronchamp et Champagney. Le petit village d’Errevet aurait été l’emplacement du premier camp des Germains, Ronchamp le second. Les troupes romaines auraient campé à la Verrerie et sur la colline aujourd’hui appelée Bourlemont (Ronchamp). Cette étude de stratégie militaire est également soutenue par J. Quicherat, professeur à l’Ecole des Chartes. En 1633, une opération de guerre aux circonstances analogues à celles de la campagne de César, mais de moindre importance, corrobore cette hypothèse : le marquis de Conflans est venu prendre position à Ronchamp pour essayer d’arrêter l’invasion des Suédois. Probabilité qui n’est pas vérifiée par des écrits ou des fouilles archéologiques.
Les traces d’une occupation romaine n’ont jamais été trouvées ni dans la plaine de Champagney, ni sur la colline de Bourlemont. A part quelques pavés dans un chemin en forêt de Chérimont (Ronchamp Sud), attribués rapidement aux Romains (liaison Mandeure-Luxeuil), à ma connaissance, je n’ai jamais entendu parler de fouilles dans ces secteurs, pas même, en 2009, lors des travaux de terrassement exigés pour la construction des locaux destinés aux Clarisses.

Les voies romaines

Les abbés Verdot en 1860, Tournier en 1884 et Belot en 1939, n’hésitent pas à admettre la haute antiquité de la localité : ‘’romanurum campus’’ (camp, champ des romains) pour Ronchamp, ‘’romana colonia’’ (colonie romaine) pour Recologne, et même ‘’campus pugnoe’’ (champ de bataille) pour Champagney. L’étymologie de Ronchamp ; ‘’romanurum campus’’, ‘’campus romanus’’ (camp des romains) ne peut être admise pour vérité. Le mot ‘’campus’’, en latin, signifie plaine, plaine, champ, campagne, et ne pouvait avoir une signification militaire. Les Romains employaient le mot ‘’castrum’’ pour désigner un camp militaire. La première mention de Ronchamp date de 1227 (Saint Louis, roi Capétien, régnait en France). Dans un acte d’inféodation, Henri de Ronchamp reconnaît tenir le fief de Ronchamp qui est une dépendance de la seigneurie de Faucogney.
(Cartulaire de Faucogney). « Ego Haymo, dominus de Fauconnei, omnibus presentes litteras inspecturis veritatis testimonium acceptare noverunt universi, quod dominus Henricus de Runchamp domum suam de Runchamp et turrim tali condicione a me et ab heredibus meis tenet, quod quotienscumque necesse fuerit et requisitus fuerit, a nobis vel ab nostro mandato, nos in dicta domo et in dicta turri et nostros debet recipere. Actum anno gracie millesimo CCXXVII. »
« Ego Henricus de Runchamp omnibus presentes litteras inspecturis veritatis testimonium acceptare noverint universi, quod ego domum meam de Runchamp et turrim ab Hamone domino Fauconnei et heredibus suis tenere debeo et a jam dicto H. domino meo dictam domum et turrim recepi tali condicione quod quotienscumque necesse ei fuerit et requisitus fuero ab ipso domino meo H. de Faconnei vel ab heredibus suis sive ab eorum mandato ipsum et heredes ejus in dicta domo et in dicta turri et teneo et debeo receptare et recipere. Actum anno domini millesimo ducentesimo vigesimo septimo. »

En 1230, il épouse Cécilia de Scey. Dans son testament apparaît une autre appellation retrouvée nulle part : ‘’rotundus campus’’, plaine circulaire ou arrondie. Ronchamp revient dans un acte des Archives de la Haute-Saône, (Fonds de Bellevaux) où « Thomas de Ronchamt abandonne à l'abbaye de Bellevaux des prétentions qu'il avait sur les dîmes de Genevreuille cédées jadis à ladite abbaye par Othon de la Roche, son beau-frère »
(Décembre 1265) : « Ego dominus Thomas de Ronchant, miles, notum facio universis presentibus et futuris quod cum nobilis vir dominus Otho de Rocha, miles, profecturus ad partes transmarinas, laude et assensu uxoris sue, sororis mee, legasset et dedisset in elemosinam viris religiosis abbati et conventui Bellevallis Cisterciensis ordinis, omnes decimas tocius dominuire sue de Geneuvreles, ego vero dictas decimas assererem ad me pertinere jure feodali vel alio modo, et propterea resisterem dictis fratribus, dictam elemosinam laudavi et quictavi penitus fratibus memoratis. Promittens bona fide a me et meis in perpetuum in pace tenere omne jus et calumpniam eisdem penitus remittendo. In hujus rei testimonium sigillum venerabilis et religosi viri abbatis Sancti Vencentii Bisuntini cum sigillo meo feci presentibus litteris apponi et tradi fratibus memoratis. Datum anno domini millesimo ducentesimo sexagesimo quinto. Mense decembri.»

Ronchamp, situé à la limite du comté de Bourgogne et de l’Empire, avait donné une grande importance à ses marchés et ses foires qui se tenaient en septembre. En 1271, Othon IV de Bourgogne (comte palatin de Bourgogne et comte d’Artois par son mariage), prend sous sa sauvegarde par un acte spécial (sauf-conduit), tous ceux qui s’y rendraient ou en reviendraient. Sauvegarde pour les foires de Ronchamp (1271).
(Cartulaire de Faucogney). « Je Othes de Bourgogne, sires de Salins, fais savoir à tous ceulx qui ces presentes lettres verront et orront que je conduys de moy et des miens touz ces qui iront et vendront as marchés et es foires de Ronchans. En tesmoin de ceste chose je ay mis mon scel pendent en cestes lettres overtes l'an de grace mil CC soixante et onze ans, le vendredi prochain après nostre dame de septembre.»

Au XIe siècle, le système féodal se répand en France. La seigneurie est la structure de base qui devait rendre la justice et avait le pouvoir de maintenir l’ordre. Tout ce système était centré sur le château fort qui est le symbole du pouvoir local. Le XIIIe siècle est l’âge d’or de la Chevalerie où le chevalier incarne des valeurs comme le sens de l’honneur, la courtoisie, le respect de promesses, la soif de gloire, le souci de réputation ou encore les actes de prouesses. Quand les chevaliers ne se battent pas, surtout en hiver, ils organisent de véritables compétitions sportives que sont les joutes et les tournois. Alors les vainqueurs peuvent s’enrichir mais surtout obtenir le prestige et la renommée. En octobre 1285, du dimanche au vendredi, à Chauvency-le-Château près de Montmédy (Meuse), de somptueuses festivités sont organisées par le Comte de Chiny, Louis de Looz. Plus de 500 Chevaliers sont invités pour des joutes et un tournoi. Notre région est représentée par Aymon de Faucogney, Hugues d’Annegray et , aux couleurs de sa Maison, Miles de Ronchamp.

L’Armorial de Franche Comté de Jules et Léon Gauthier, archivistes, définit en 1911 le blason de Ronchamp : « De gueules à trois cotices d’or ».
En 1614, 27 ménages sont installés à Ronchamp et ce n’est qu’à partir de 1793 et de la création des communes, que les recensements permettent de connaître la population.

Tableau de la population

HISTOIRE DE LA SEIGNEURIE

Jules Finot (1842-1908), né à Lons le Saunier, ancien élève de l’Ecole des Chartes et licencié en droit a été successivement archiviste du Jura, de la Haute Saône et du Nord. Il fait partie de grandes sociétés savantes comme la commission historique du Nord, la S.A.L.S.A. de la Haute Saône ou encore la Société d’émulation du Jura. En 1882 il publie une étude sur la Seigneurie de Ronchamp de 1220 à 1789 dont en voici la teneur :

« La grande terre de Faucogney dont les seigneurs, qualifiés de vicomtes de Vesoul, paraissent devoir être regardés comme les successeurs des anciens comtes de Port de l'époque carlovingienne, commença à être démembrée par des inféodations particulières dès le début du XIIIe siècle. Ces actes d'inféodation, conservés dans le fonds de la chambre des Comptes de Bourgogne aux archives de la Côte d'Or, joignent souvent à l'intérêt qu'ils présentent au point de vue purement féodal, celui d'avoir une certaine portée politique. C'est ainsi que ceux relatifs à la seigneurie de Ronchamp enclavée entre les possessions de l'abbaye de Lure et le comté de Montbéliard, c'est-à-dire entre deux fiefs immédiats de l'Empire jusqu'au XIVe siècle, nous retracent en quelque sorte l'histoire d'un coin des anciennes frontières de la France, car si le comté de Bourgogne a fait jadis partie du royaume d'Arles, il n'a jamais été, quoi qu'on ait dit, membre intégrant de l'Empire.

Ronchamp, station du chemin de fer de l'Est entre Lure et Belfort, est situé au pied des premiers contreforts des Vosges, dans une plaine étroite qui les sépare des escarpements où viennent mourir les dernières collines du massif jurassique. Bien avant le moment où l'exploitation de ses houillères en eut fait une localité relativement considérable, cette situation lui avait donné une certaine importance au point de vue militaire. Quelques auteurs ont même placé dans ses environs le théâtre du combat par lequel César força Arioviste à reprendre le chemin de la Germanie. Mais il est hors de doute, en tous cas, que, dès les temps les plus reculés, les seigneurs de Faucogney souverains en fait de toute la partie septentrionale du comté de Bourgogne aux XIe et XIIe siècles, jugèrent opportun d'y établir un château-fort pour commander en quelque sorte la route du Rhin. Ce château ne s'élevait pas, comme on serait tenté de le croire au premier aspect du pays, sur le sommet de la montagne que couronne aujourd'hui la chapelle de Bourlémont ou de Notre-Dame-du-Haut ; mais, bien au contraire, au pied de cette hauteur, sur une légère éminence qui dominait l'antique voie romaine de Langres à Augusta Rauracorum. Il faisait ainsi pendant à celui de Passavant, sis à trois kilomètres environ à l'est, au-dessus du bourg de Champagney et appartenant à l'abbaye de Lure. Ainsi la seigneurie de Ronchamp, formant sur ce point l'extrémité de la terre de Faucogney, s'enfonçait pour ainsi dire comme un coin au milieu de la souveraineté de Lure. Une telle situation dut, dès le principe, fatalement entraîner une lutte entre les abbés et les sires de Faucogney. Ces derniers, afin d'avoir des représentants capables de résister aux empiètements de leurs puissants voisins, mieux qu'eux mêmes, en quelque sorte, à cause des absences auxquelles les contraignaient soit la part qu'ils prirent aux croisades, soit l'administration de leurs vastes domaines, inféodèrent au commencement du XIIIe siècle la terre de Ronchamp à des seigneurs particuliers, probablement leurs parents et alliés, qui prirent le nom de cette localité.

Le premier acte constatant cette inféodation est la reprise de fief de 1227 par laquelle Henri de Ronchamp reconnaît tenir en fief d'Aymon de Faucogney sa maison et la tour de Ronchamp et reconnaît y recevoir son suzerain ou ses officiers toutes les fois qu'ils s'y présenteront. Cet Henri de Ronchamp fut sans doute le père de Simon de Ronchamp que l'on voit, en même temps que Verraut d'Etobon, Simon de Clairegoutte et Regnaut de Champagney, apposer son sceau à la charte par laquelle Vautiers Pogresse, homme de l'abbé de Lure, cède audit abbé les droits qu'il avait sur la mairie de Champagney. Leur fils et petit-fils Thomas de Ronchamp prêta de nouveau hommage et passa reconnaissance à Aymon de Faucogney de la seigneurie de Ronchamp au mois de septembre 1273. Dans cet acte, écrit en langue vulgaire, Aymon de Faucogney déclare que Thomas de Ronchamp, chevalier, "doit tenir et tient de lui et de ses hoirs sa maison de Ronchamp, la tour et la ville dessous ladite maison, Recologne et les Mourières le sous-chef de la Côte et ce qu'il possède à Saint-Germain et au Mont ; qu'il a reconnu être pour ces choses ses homs liges et pour cela être tenu de recevoir toutes les fois que mestier en sera ledit Aymon, ses hoirs ou leur commandement en ladite maison et tour; devoir lui, Miles, son neveu et leurs hoirs la garde de quarante jours au château de Faucogney.

Thomas de Ronchamp paraît avoir été un personnage assez considérable de son temps puisque sa soeur avait épousé Othon II de la Roche, duc d'Athènes. C'est ce qui ressort d'une charte par laquelle il se désiste en faveur de l'abbaye de Bellevaux de toutes les prétentions qu'il pouvait avoir sur les dîmes de Genevreuille données à ladite abbaye par son beau-frère au moment où il allait partir pour l'Orient (profecturus ad partes transmarinas) avec le consentement de sa femme (décembre 1265). A cette époque la position de Ronchamp à la limite du comté de Bourgogne et de l'Empire avait donné une grande importance à ses foires et Othon de Bourgogne, par un acte spécial, prit sous sa sauvegarde tous ceux qui s'y rendraient ou en reviendraient (1271). Thomas fut selon toute probabilité le père de Miles de Ronchamp qui figure comme un des témoins du compte rendu par Jehan de Quincey des revenus de la terre de Faucogney en 1319. (Archives de la Côte d'Or A. 4675 bis). C'est le dernier seigneur connu de la maison particulière de Ronchamp dont les armes étaient de... à trois oiseaux de... mis l'un sur l'autre. Cette terre fit retour vers cette époque aux sires de Faucogney et lors du partage de la succession de Jean, mari d'Héluyse de Joinville, entre ses enfants, Jean, vicomte de Vesoul ; Thibaut, abbé de Luxeuil ; Haime, chevalier, seigneur de Faucogney ; Joffroy, seigneur de Saint-Loup et Henri, archidiacre de Ligney, elle tomba dans le lot de Joffroy et resta depuis cette époque (1312) pendant près de trois siècles dans les mains des seigneurs de Saint-Loup. Othon de Saint-Loup, fils de Jof froy, déclare en 1315 qu'il tenait la terre de Ronchamp du fief du comte de Bourgogne qui était alors Philippe-le-Long, plus tard roi de France, mari de la comtesse Jeanne, fille d'Othon IV, dernier comte méranien. C'est le premier acte de souveraineté directe des comtes de Bourgogne sur Ronchamp qui n'avait relevé jusqu'alors que du château de Faucogney. Le roi de France tenait peut-être encore plus que le comte de Bourgogne à affirmer ses droits dans des contrées voisines de l'Empire et à reculer ainsi les frontières du royaume.

Les premiers ducs de Bourgogne de la seconde maison de France, continuateurs de la politique inaugurée par Philippe-le-Bel et Philippe-le-Long dans le comté, tinrent aussi à ne pas laisser périmer leurs droits suzerains sur Ronchamp. Ainsi en 1406 on voit Jean de Saint-Loup, écuyer, rendre hommage « à très haut et puissant prince, Monseigneur de Bourgogne (Jean-Sans-Peur) à cause et du ressort des forteresses et chastels de Faucoigney et de Vesoul (acquis en 1373 par Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne, de Henri de Longwy, sire de Rahon, mari de Jeanne de Faucogney, dernière héritière de cette maison) et déclarer tenir de lui: toute la ville de Ronchamp et la forteresse de icelui Ronchamp et tout le circuit d'icelle forteresse, ensemble toute la demeure et appartenance d'icelle forteresse, à savoir le gaignaige (champ labourable) d'environ une charrue de boeufs, une fauchée de pré, un journal de curtil (jardin), cent arpents de bois, un estanchot (petit étang) au-dessous de la forteresse, la rivière qui est banale depuis la côte Thiébaut jusqu'au lieu dit Grattery, les four, moulin et battoir banaux, la haule (halle) et le marché avec trois foires par an et quarante-trois maignies d'hommes avec leurs meix et tènements. »

L'étang cité plus haut a disparu. Asséché, il est devenu une zone pavillonnaire. Il n'y a pas si longtemps, il était courant de dire qu'un tel ou un tel habitait ''derrière l'étang''. Aujourd'hui la rue longeant l'ancien étang s'appelle la ''Rue du stand'', par référence à l'ancien stand de tir installé au fond du petit vallon à gauche. Une vue de ce quartier en carte postale rappelle l'existence de cet ancien étang.

Le 4 février 1423 (1424, nouveau style) Jean de Saint-Loup reprit encore de fief de Philippe-le-Bon dans les mêmes conditions, outre la seigneurie de Ronchamp, avec Rhien, les Mourières et Recologne, tout ce qu'il possédait en justices, hommes, champs, prés, etc., à Auxon, Servance, Faucogney (le chasal de Ronchamp dessoubz le chastel dudit Faucogney), Saint-Germain et le Mont, Fontaine. Il déclara aussi que son château de Ronchamp avait pour arrière-fief tout ce qui était tenu de lui par Guillaume de Gilley, Alix, fille de Guillemette de Grammont, Didier de Cicon à Anchenoncourt, et à Menoux, les enfants de Guy de Senoncourt, les héritiers de Jean de Roye à Recologne, enfin tout ce que tenait à Anchenoncourt Louis de Velle, entre autres « une place close de fossez. » Ces dénombrements de la seigneurie de Ronchamp furent encore renouvelés par Jean de Saint-Loup le 13 février 1444 (n. st.) et par son petit-fils appelé aussi Jehan, le 20 mars 1500 (n. st.) en faveur de Philippe-le-Beau, roi de Castille et comte de Bourgogne. Ces documents attestent que Ronchamp avait au XVe siècle une certaine importance seigneuriale et commerciale, qu'il y avait des halles et qu'un marché s'y tenait tous les lundis sans compter les trois foires célèbres et très fréquentées de la Saint-Vincent, du lendemain de la Pentecôte et de la Décollation de Saint-Jean-Baptiste. Sa population pouvait être alors de 350 habitants.

Un titre qui fait encore mieux ressortir la fermeté avec laquelle les légistes du duc de Bourgogne tenaient haut le drapeau de leur maître sur ce point avancé de la frontière, c'est l'acte passé le 28 janvier 1425 pour délimiter les territoires des deux seigneuries de Ronchamp et de Passavant, à propos de l'empiètement commis, paraît-il, par les hommes du duc, qui avaient fait ériger un gibet sur le territoire de l'abbaye de Lure. On peut juger par la qualité des officiers chargés de procéder à cette délimitation que le débat ne fut pas considéré comme ordinaire et ne se réduisit pas à une querelle de seigneur à seigneur, qu'il s'éleva, au contraire, à une question de frontière nationale pour ainsi dire. Ainsi ce sont du côté de l'abbé de Lure « vénérable et discrète personne, messire Bryot, chancelier de très redoublée dame, madame l'Archiduchesse de Bourgogne, duchesse d'Osteriche, et noble homme Jehan Hory de Roppe, châtelain de Belfort, pour et au nom de madame d'Osteriche comme gardienne de l'église, terres et appartenances de Lure à cause de sa signerie d'Osteriche » ; du côté du seigneur de Ronchamp « vénérable et discrète personne maistre Jehan Serdon, licencié en loys, lieutenant de noble homme messire Guy d'Amanges, chevalier, bailli du bailliage d'Amont ou comté de Bourgogne pour mon très redoubté seigneur monseigneur le duc de Bourgogne et Jehan Thomassin, procureur de mon dit seigneur le duc de Bourgogne, ensemble noble messire Jehan de Saint-Loup, seigneur de Ronchamp ». C'est donc en quelque sorte comme simple délégué de son suzerain que Jehan de Saint-Loup assista à la conférence à la suite de laquelle les officiers du duc de Bourgogne et de la duchesse d'Autriche tombèrent d'accord pour s'en rapporter à l'avis de huit prud'hommes (quatre de Champagney-Passavant et quatre de Ronchamp) choisis par eux. Ces prud'hommes reconnurent que le gibet avait été, en effet, érigé sur le territoire de l'abbé de Lure. Ce Jean de Saint-Loup se signala au service du duc de Bourgogne par le zèle qu'il déploya dans la poursuite des Ecorcheurs, soldats français et lorrains débandés qui ravagèrent le bailliage d'Amont vers 1437. Il arrêta Galobie de Ponsac, l'un de leurs chefs, avec quinze de ses soldats qu'il conduisit à Vesoul, d'où ils furent transférés à Dijon et noyés dans la rivière d'Ouche. « Celles de Saône et du Doubs estoient si pleines de corps et de charrognes d'iceulx écorcheurs que maintes fois les pescheurs les tiroient au lieu de poissons, deux à deux, trois à trois, liés et accouplés de cordes ensemble ». Il eut pour fils Etienne, Girard et Mathieu de Saint Loup qui tous les trois, loin d'imiter leur père dans sa fidélité au duc de Bourgogne, prirent au contraire parti pour le duc de Lorraine dans la lutte entre ces deux princes et firent pour son compte plusieurs « courses, assemblées de gens de guerre, pilleries, roberies, destrousses, appâtissements, rançonnements et autres faitz de guerre. »

Le dernier représentant de cette maison de Saint-Loup, fut Jean de Saint-Loup qui, comme nous l'avons dit ci-dessus, rendit hommage à Philippe-le-Beau pour ce qu'il possédait à Ronchamp, Recologne, Morières, Rien et Fontaine, le 20 mars 1499. Il avait épousé Elisabeth de Mandres dont il n'eut que deux filles. L'une d'elles fut chanoinesse de Remiremont et l'autre, Eve de Saint-Loup, épousa un seigneur de la maison lorraine allemande de Gallo. Une des soeurs de Jean de Saint- Loup, Bonne avait apporté à son mari Saladin d'Anglure des droits sur la terre de Saint-Loup, droits que les d'Anglure firent valoir en vertu de substitution au décès de Jean de Saint-Loup et de ses filles. Mais la seigneurie de Ronchamp dévolue à Eve de Saint-Loup, passa à la maison de Gallo, puis par suite d'alliance aux familles bâloise et allemande de Reinach et de Trukses de Velhausen et de Metzingen ; cette dernière était une branche cadette de la maison princière de Taxis. On voit à la date du 18 août 1546 messire Melchior de Reinach, chevalier de Saint-Florin, reprendre en fief du comte de Champlitte, représentant de Charles-Quint au comté de Bourgogne, la moitié de la terre et seigneurie de Ronchamp.

C'était à Jean-Jacques Trukse Velhausen et à Jean-Adam Pforr de Metzingen qu'appartenait Ronchamp quand Georges Ballay, maire dudit lieu, rendit compte des revenus de la seigneurie échus depuis la Saint-Georges 1582 jusqu'au même jour de l'année 1583. Les revenus principaux consistaient en: tailles perçues à Ronchamp à la Saint-Michel = 42 fr., 10 gros, 3 blancs; - idem à Notre-Dame de Mars = 30 fr., 8 gros, 2 niquets ; - tailles perçues à Andornay à la Saint-Michel = 4 gros; - à Notre-Dame de Mars = 4 gros ; cens d'étangs = 4 fr., 6 gros ; - Banvarderie = 44 gros ; -taxe du pain et du vin = néant; -guet et garde = 18 fr., 8 gros ; - banvin = 1 fr., 10 gros; -vente et éminage = néant; - voitures de bois = néant ; - lods = 66 fr., 7 gros, 5 blancs, 1 niquet ; -argent des prés = 39 fr., 10 gros ; - glands de paissons des bois communaux et seigneuriaux = néant; - argent de l'étang sous le château = néant; = amendes et défauts= 23 fr., 8 gros, 8 niquets ; - dîmes = 245 quartes de seigle (la quarte vaut environ 50 litres) ; - seigle du moulin = 9 bichots (le bichot valait 20 quartes) : - seigle du rentaire des champs = 7 bichots ; - avoine de dîmes = 245 quartes; - avoine des fours banaux = 152 quartes ; - avoine du terrage des champs = 22 quartes ; - cens de cire = 2 livres; - cire du moulin = 19livres; -cire des fours = 6livres; - poules = 63 valant 3 fr., 9 gros, 9 blancs ; -chanvre du moulin = 25 livres. Si on récapitule tous ces revenus, on voit qu'ils montaient à la somme de 342 fr., 11 gros, 1 blanc, l niquet, plus 19 bichots 12 quartes de seigle et 8 bichots 14 quartes d'avoine. Les dépenses de la seigneurie s'étaient élevées pendant la même année à 88 fr., 1 blanc, 1 niquet, 2 bichots, 8 quartes de seigle et 16 bichots 23 quartes d'avoine.

Ainsi quoique appartenant à des seigneurs d'origine allemande, Ronchamp ne cessait pourtant pas de relever des comtes de Bourgogne. En 1619 nouvel hommage rendu aux archiducs Albert et Isabelle-ClaireEugénie par les mêmes seigneurs d'Auxon, Fontaine et Magnoncourt, tous fiefs démembrés de la terre de Saint-Loup-Faucogney. Par cet acte ils reconnaissent tenir à Ronchamp « de la mouvance du château et baronnie de Faulcongney » 62 sujets mainmortables, en toute justice haute, moyenne et basse, courvoyables, assujettis à faire guet et garde au château dudit Ronchamp, au port des lettres et à la redevance appelée la poule de Carementrand. Ils déclarent que le château est à demi ruiné avec un étang au-dessous et un verger ; que le marché et les trois foires traditionnelles se tiennent toujours aux jours et lieux accoutumés ; - qu'il leur appartient un four et un moulin banaux où leurs sujets sont tenus d'aller cuire leurs pains et pâtes et moudre leurs grains, à peine de 60 sols estevenans d'amende ; - 80 quartes de terres labourables et 26 faux de prés ; - un cens de 2 livres et 70 fr. de tailles ; -les dîmes accoutumées ; - deux bois bannaux contenant ensemble 90 journaux appelés les Epèches et le Chasnoy ; les bois communaux de Ronchamp contenant environ une lieue de longueur et un quart de lieue de largeur; - le droit de taxer les pains et vins qui se vendent sur le territoire de ladite seigneurie ; - celui d'étalonner les mesures pour le vin et les aunes des marchands et tisserands des lieux de Roye et la Côte; - celui de prendre les langues de toutes les bêtes rouges tuées dans l'étendue de la seigneurie et de contraindre les habitants de Fresse à contribuer aux réparations du château.

En 1694 Ronchamp était encore dans les mains des membres de la famille de Trukses qui possédait en même temps des biens de fief au village voisin d'Andornay. Cette maison de Truckses commençait alors à avoir de nombreuses alliances en France et dans l'armorial de d'Hozier on voit que Marie-Concorde de Trukses de Rhinfeld, femme de Louis de Burkeval, lieutenant-colonel au régiment de cavalerie de Rozen, reçut par ordonnance du 20 avril 1681 le blason suivant : D'azur à trois fasces d'argent. Eve de Truckses de Velhausen en épousant François-Antoine de Reinach, son parent, fit rentrer Ronchamp parmi les possessions de cette famille qui, d'ailleurs, n'avait pas cessé d'en avoir de nombreuses en Franche-Comté. Parmi les plus importantes on peut citer les terres d'Amoncourt, de Chariez (en partie) et de Sainte-Marie en Chaux.

Cette dame Eve de Ronchamp soutint, au nom de son fils François-Sigismond de Reinach, baron de Ronchamp, dont elle eut la tutelle après la mort de son mari survenue vers 1735, de nombreux procès contre ses sujets, relativement aux droits seigneuriaux dans les bois de la commune. Par une transaction passée le 26 août 1741 elle obtint d'eux la reconnaissance du droit qu'elle prétendait avoir, de prendre le tiers des bois communaux, comme premier habitant, en vertu du triage, et d'exiger non seulement des habitants ayant chariots attelés de chevaux, mais aussi de ceux n'ayant que des chariots à boeufs, la corvée de la voiture de bois à Noël. Mais les habitants ne tardèrent pas à protester contre ce traité et dans une requête adressée au Grand-Maître des eaux et forêts de France au département des duché et comté de Bourgogne, Bresse et Alsace, ils exposèrent de quelle manière il leur avait été imposé. « Au mois d'août 1740, disaient-ils dans cette pièce, la dame de Ronchamp obtint un ordre de Mr le duc de Randan, lieutenant général commandant pour sa Majesté au comté de Bourgogne, pour envoyer une compagnie de grenadiers à discrétion dans les villages de ladite seigneurie de Ronchamp sur les plaintes qu'elle avait portées contre les suppliants. Les grenadiers ayant été mis à discrétion chez les suppliants, ladite dame se prévalut de cette conjoncture pour obtenir de force le triage qu'elle ne pouvait pas obtenir en justice.

Elle fit procuration au sieur François-Sigismond de Reinach son fils, le 23 dudit mois d'août, pour terminer par accord le procès pendant entre elle et ses sujets et particulièrement celuy concernant le triage. Ledit sieur de Reinach se rendit à Ronchamp pour exécuter le contenu dans sa procuration, il proposa aux suppliants de faire une transaction sur ledit procès de triage et sur un autre qui étoit pendant au bailliage de Vesoul dans lequel il s'agissoit de sçavoir si les suppliants étoient tenus de conduire une voiture de bois au château de Ronchamp lorsqu'ils avoient chariots attelés de chevaux ou boeufs, ou si cette prestation n'étoit due que par ceux qui avoient des chariots attelés de chevaux comme les suppliants le soutenoient. Les suppliants refusèrent de passer ladite transaction; mais ledit sieur de Reinach menaçoit tous les refusants d'envoyer dans leur domicile les grenadiers qui étoient alors sur les lieux pour y vivre en discrétion et d'en faire venir d'autres compagnies pour les ruiner entièrement. Les suppliants craignant l'effet de ces menaces consentirent de passer ladite transaction. Elle fut reçue du notaire Chapuis le 26 du mois d'août 1741, et pour terminer ledit procès en triage, ledit sieur de Reinach fit stipuler que les suppliants luy cédoient un canton de leur bois, appelé le canton de la Verrière, tel qu'il seroit limité et borné à frais communs et 353 livres faisant partie des bois chablis provenant des bois communaux. Le canton de la Verrière cédé fut estimé 28,000 livres seulement quoyqu'il soit en valeur d'environ 50,000 livres. Les suppliants se voyent obligés de se pourveoir par devant vous, Monseigneur, pour faire casser et annuller ladite transaction qu'ilz ont passée par force et qui leur est entièrement préjudiciable, ladite dame de Ronchamp n'étant pas fondée à prétendre le triage dans les bois et communaux des suppliants.

Pour justifier que ladite transaction a été passée par force par les suppliants, ils joindront à la présente requête l'ordonnance du subdélégué de Mr l'Intendant pour payer chaque jour 31 livres au détachement de grenadiers envoyé par les ordres de Mr le duc de Randan dans les villages de la seigneurie de Ronchamp, lequel ordre est en date du 12 août 1741 et a eu son exécution pendant tout le cours du mois d'août et une partie du mois de septembre ; ledit détachement de grenadiers ainsy mis en discrétion dans leurs maisons quand ils ne vouloient pas condescendre à la volonté de leur seigneur. L'on doit convenir que ladite transaction est un acte forcé et par conséquent nul, et quand les suppliants auroient passé ladite transaction en pleine liberté, elle ne devroit pas moins être déclarée nulle, puisqu'il est difficile aux communautés de faire des transactions sur les instances de triage... Et comme les habitants de Ronchamp excipèrent encore qu'il (leur seigneur) étoit dans la possession de ne [faire] conduire ladite voiture de bois qu'à l'égard de ceux qui avoient des chariots à chevaux, le seigneur, baron de Ronchamp, répondit que lesdits habitants ne pouvoient se prévaloir d'ancienne possession contraire à ses titres, que d'ailleurs, estant notoire que le village et château de Ronchamp avoient été ruinés par les guerres de 1636 et seulement rétablis depuis quelques années, les fermiers n'y faisant aucune résidence avant ce temps, il s'en suivoit qu'on ne pouvoit objecter aucune prescription de la part des habitants touchant l'exercice de ladite prestation ; les habitants de Ronchamp, obstinés au contraire à soutenir qu'il n'y avoit que ceux qui avoient des chariots à chevaux qui puissent être assujettis à la conduite de la voiture de bois dont il s'agissait, donnèrent une requête où ils posèrent en fait que depuis un temps immémorial les particuliers de la seigneurie de Ronchamp qui n'avoient eu que des bœufs n'avoient jamais conduit ladite voiture de bois, quoyque ceux qui avoient des chariots à chevaux la conduisoient ; que les boeufs en hyver ne pouvoient conduire une voiture de bois dans l'endroit ou étoit bâti ledit château de Ronchamp à cause de sa hauteur et des glaces ; que les boeufs ne travailloient presque point en hyver dans les montagnes, qu'il y avoit même des lieux où ils ne sortaient point de l'écurie depuis la Saint-Martin jusqu'à la Purification, et que, lorsque le seigneur baron de Ronchamp et ses fermiers avoient exigé ladite voiture de bois, c'estoit seulement de ceux qui avoient des chariots à boeufs ; quoyque les faits eussent été posés au hazard, les juges du bailliage de Vesoul en firent la rétention par ledit jugement du 5 may 1714 et appointèrent ledit seigneur baron de Ronchamp aux faits contraires, même que les village et château de Ronchamp avoient été abandonnés et ruinés pendant les guerres de 1636 et que depuis lesdites guerres, les fermiers n'avoient fait leur résidence dans la maison seigneuriale que depuis six ans".

A cette époque, paraît-il, un certain nombre de sujets de la baronnie de Ronchamp avaient été par des affranchissements particuliers exemptés de la mainmorte et, prétendaient-ils aussi, de divers autres droits féodaux. L'un d'eux Jean-Claude Ballay requit "par acte signifié au notaire soussigné qu'étant de franche condition il prétendoit ne pas être assujetti aux dites voitures de bois, ny conséquemment au payement des quatre sols auxquels ledit droit de voiture de bois a été convenu; laquelle protestation ledit Ballay a faite tant en son nom qu'en ceux des autres particuliers francs de la baronnie dudit Ronchamp, ledit seigneur ayant aussy pris acte dudit notaire souscrit de ce qu'il soutenoit et protestoit du contraire, même que nonobstant la prétendue franchise dudit Ballay et de ses adhérents, ces derniers n'estoient pas moins assujettis audit droit, et, par conséquent, audit cens seigneurial annuel et perpétuel de quatre sols comme les sujets mainmortables dudit seigneur et que s'il se trouvoit que lesdits Bellay et consorts eussent obtenu cy-devant quelques affranchissements de la macule de mainmorte des barons et seigneurs de Ronchamp, lesdits affranchissements ne les allibéroient pas pour autant des autres servitudes et prestations seigneuriales telles que lesdites voitures dé bois, etc. » Le grand maître des eaux et forêts appréciant, comme elle le méritait, la valeur d'une transaction imposée par les baïonnettes d'un détachement de grenadiers, la cassa purement et simplement et renvoya les parties à se pourvoir devant les juridictions ordinaires pour faire régler leurs droits respectifs. Cette affaire n'avait pas encore reçu de solution en 1786, comme nous le verrons plus loin, quand la communauté songea à s'affranchir de la mainmorte.

Quoi qu'il en soit, cette dame Eve de Truckses de Reinach semble avoir été comme son mari assez processive. Le baron Antoine-François avait, en effet, soutenu un grand nombre de procès non seulement contre les habitants, mais encore contre le curé qui fut contraint de laisser rétablir le banc seigneurial dans l'église. Sa veuve, outre le curieux démêlé qu'elle eut avec ses sujets à propos du triage et des voitures de bois, soutint encore au bailliage de Faucogney, puis en appel au présidial de Vesoul, un procès au sujet du paiement du capital d'une rente constituée par « honorable Jean, seigneur de Ronchamp qui avoit vendu, octroyé, quitté et délivré le 2 mai 1353 à Jean de Rambervillers, écuyer, Jean Cander, prebtre et Jean Dombenard, procureur de Faucogney, comme procureur des confrères de la confrérie Notre-Dame de la ville de Faucogney et pour leurs successeurs chascun an 100 sols estevenans en monnoye coursable et prenable ou scel de la cour de Besançon, et un bichot de seigle léal et marchand à la mesure de Faucogney, contenant iceluy bichot 24 quartes de ladite mesure, en annuelle et perpétuelle rente pour le prix et pour la somme de 80 florins de Florence de bon et juste poids, que ledit seigneur de Ronchamp avoit déclaré avoir reçus, et s'estoit obligé ledit seigneur de Ronchamp de payer chascun an au quelconque chapelain où à son commandement commis et estably par le seigneur Jean de Faucogney ou par ses auteurs en ladite chapelle de Saint-Georges en la ville de Faucogney pour célébrer ou représenter l'office de Dieu en l'honneur et révérence de la très glorieuse vierge Marie pour le repos de l'âme dudit Jean, seigneur de Faucogney ». La baronne de Ronchamp fut déboutée devant le bailli de Faucogney de sa demande, à l'effet d'être autorisée à rembourser le capital de cette rente. Mais par une sentence du 21 mars 1752, le présidial de Vesoul lui permit de faire ce remboursement, moyennant le paiement de la somme de 136 livres, un sol, 8 deniers, monnaie royale, plus 13 quartes, 10 coupes de seigle à la mesure de Faucogney.

Pendant que ces diverses procédures suivaient leur cours, une découverte était faite sur le territoire de Ronchamp qui devait singulièrement, en peu d'années, accroître les revenus de la seigneurie. Il paraît que c'est un maître de forges, le sieur Guy, qui, le premier, reconnut en 1752, dans la montagne dite Autonson, un gisement de houille qu'il songea immédiatement à exploiter. Mais aussitôt les sieurs de Gensannes, Philippe Voiturier et François Freslin, sucesseurs du gentilhomme anglais Floyd, dans la concession des mines d'Alsace et du comté de Bourgogne, élevèrent des prétentions à cet égard. Presque en même temps, un autre gisement de houille ou plutôt le prolongement du filon primitivement découvert à Autonson, territoire de Ronchamp, était reconnu dans le bois de Chavannel, sur le territoire de Champagney, appartenant à l'abbaye de Lure. Cette circonstance fut fatale aux prétentions des concessionnaires de Gensannes et Cie. En effet, dans la souveraineté de Lure, était compris parmi les droits régaliens celui d'exploiter les mines découvertes dans l'étendue des terres de l'abbaye. La propriété et la jouissance de ce droit régalien de la part de l'abbaye, tant qu'elle avait relevé immédiatement de l'empire, étaient incontestables ; la Bulle d'or de Charles IV, en 1356, les rèces des diètes de Nuremberg, de Ratisbonne et d'Augsbourg au XVIe siècle, le reconnaissaient expressément. Restait à savoir si la cession de Lure à la France, par l'article 87 du traité de Munster, avait pu modifier cette situation et enlever à l'abbaye un droit qui, en France, était le privilège de la royauté.

Après un échange de nombreuses dépêches et de mémoires entre le ministre Bertin et l'intendant du comté de Bourgogne, M. de Boynes, il fut admis que l'Empereur n'avait pu céder par le traité de Munster que les droits qui lui appartenaient ; qu'il avait été stipulé alors que les États et princes immédiats de l'empire, tels que les évêques de Strasbourg et de Bâle, l'abbé de Murbach et de Lure, celui de Munster, les princes palatins de la Petite-Pierre, les comtes de Hanau, etc., continueraient de jouir des prérogatives de leur immédiateté, conséquemment de leur supériorité territoriale, la cession ne portant que sur le domaine suprême. Ainsi furent écartées les prétentions des concessionnaires royaux. Le sieur Sigismond de Reinach, tant pour lui que pour ses neveux, les jeunes d'Andlaw, coseigneurs de Ronchamp, avait déjà obtenu le 11 septembre 1759 un arrêt du Conseil d'État, l'autorisant à exploiter la mine de houille découverte au lieu dit en Autonson sur le territoire de leur seigneurie. Mais, soit que la mine n'eût pas été assez riche pour être exploitée isolément, soit que les seigneurs de Ronchamp eussent manqué des fonds nécessaires pour mener à bonne fin cette entreprise, ce ne fut que lorsque de nouveaux gisements eurent été constatés dans le bois de Chavannel, sur le territoire de Champagney, appartenant à l'abbaye de Lure, que les deux propriétaires voisins s'entendirent pour solliciter et obtenir d'abord une simple autorisation de l'intendant, puis, pour plus de sûreté, un arrêt du Conseil, qui leur permit d'exploiter conjointement l'ensemble du filon, et que les houillères de Ronchamp-Champagney commencèrent à prendre un faible développement.

Cet arrêt, rendu le 1er mars 1763, prit en considération « la requête présentée au Roi, en son conseil, par les abbé-prince, grand-prieur et capitulaire de Lure, les sieurs de Reynach, d'Andlaw, barons de Ronchamp, contenant qu'ils ont découvert depuis peu d'années une mine de houille ou charbon dans le bois de Chavannel sur le territoire de Champagney dépendant de la seigneurie de Passavant, en Franche-Comté, qui appartient à l'abbaye de Lure, qu'il a été fait aussi une pareille découverte sur le territoire de la seigneurie de Ronchamp, limitrophe de Champagney, ou plutôt c'est la même mine qui s'étend sur les deux seigneuries ; l'utilité connue de cette marchandise a déterminé les suppliants à en entreprendre l'exploitation ; ils ont présenté une requête au conseil à l'effet d'y être autorisés et Sa Majesté ayant adressé ses ordres au sieur de Boynes, ci-devant intendant de Besançon, la permission a été accordée aux uns et aux autres des suppliants, par une ordonnance de magistrat, du 21 avril 1757. Les suppliants, en conséquence, ont fait exploiter la mine dont il s'agit à frais communs, et ils ont dépensé des sommes considérables pour la réussite de l'entreprise ; les déboursés des travaux ont excédé jusqu'à présent le produit; mais il a été reconnu que l'exploitation serait fort abondante, et les suppliants ont lieu d'espérer un succès favorable ; mais pour pouvoir la continuer, ils ont besoin d'y être autorisés par un arrêt du Conseil et que l'extraction leur soit permise pour le temps de trente années ; il est d'ailleurs indispensable, pour que l'entreprise soit utile à la province de Franche-Comté et aux lieux voisins et à eux-mêmes suppliants qu'il plaise à Sa Majesté de faciliter le transport de la mine qui ne peut être que par terre, n'avant point de rivières navigables, par une exemption de tous droits de péage, d'entrée et de sortie dans toutes les provinces du Royaume; c'est le deuxième objet de la présente requête et la justice s'en fera sentir par les observations sui vantes: l'avantage de pouvoir procurer dans le Royaume l'abondance des charbons de terre a donné lieu aux différents règlements et édits rendus pour en faciliter l'extraction et encourager les propriétaires à l'entreprendre ; ce motif est clairement énoncé dans l'arrêt du Conseil d'État du 11 janvier 1744 qui contient le dernier règlement à ce sujet; en effet, le charbon de terre étant propre aux différents usages auxquels le bois s'emploie, il en diminue d'autant la consommation, et il est constant par l'expérience, que ce charbon sert généralement pour les forges, martinets et pour les serruriers, maréchaux, cloutiers et autres professions de cette espèce, de même que pour cuire la chaux, les briques et les tuiles ; c'est là ce qui a été reconnu singulièrement par toutes les épreuves qui ont été faites du charbon découvert dans la terre de Champagney ».

En conséquence, il fut accordé à l'abbaye de Lure et aux barons de Reinach-d'Andlaw d'exploiter pendant trente années consécutives la mine de houille ou charbon de terre découverte dans le bois de Chavannel, sur le territoire de Champagney et sur la seigneurie de Ronchamp, avec l'exemption de tous droits sur ledit charbon en quelque endroit du Royaume où il serait transporté. En 1769, l'exploitation était déjà commencée, lorsque M. Jars, de l'Académie des sciences, chargé par M. le ministre Bertin d'inspecter les principales mines de France, vint visiter celle de Ronchamp .... » Voir ce rapport (pdf) .

« Le ministre Bertin communiqua ce rapport à l'intendant, M. de Lacoré, pour qu'il en fût donné part aux concessionnaires. L'année suivante, une des améliorations réclamées par M. Jars, l'ouverture d'une galerie, coupant les filons transversalement, fut exécutée. Cependant, si l'on s'en rapporte à la requête que présentèrent alors MM. de Lure et de Ronchamp pour obtenir du Conseil une prolongation de leur concession pour une nouvelle période de trente années à partir de 1784, les dépenses faites jusqu'alors pour l'exploitation des mines dépassaient encore de beaucoup les revenus qu'on en avait pu tirer. Pendant les vingt années qui venaient de s'écouler, la proximité des immenses forêts qui couvraient alors cette partie de la Franche-Comté, avait empêché de vendre la houille à un prix rémunérateur, et les fabriques de noir de fumée, de bitume et d'alun, installées à grands frais, n'avaient guère prospéré.

En outre, les habitants de Ronchamp avaient, en 1782, présenté un mémoire, à l'effet d'obtenir de leur côté l'autorisation de faire extraire du charbon de terre sur le territoire de leur communauté, spécialement au lieu dit l'Etançon, emplacement compris pourtant dans la concession de MM. les barons de Ronchamp. Les habitants faisaient valoir que ce bois de l'Etançon appartenait en toute propriété à leur communauté ; « que ce n'étoient ni leurs seigneurs, ni le chapitre de Lure qui avoient fait la découverte de ces mines, mais deux d'entre eux ; que la communauté, ayant été prévenue de ce fait, passa un bail avec deux particuliers par lequel elle leur abandonna ses droits à la charge d'une redevance annuelle assez modique et d'obtenir à leurs frais la permission d'exploiter ; que, pendant que ces derniers sollicitoient l'homologation de ce bail, les seigneurs de Ronchamp et de Lure obtinrent, par l'arrêt du 1er mars 1763, la concession de ces mines et ont joui, dès lors, et jouissent encore des fruits qui se trouvent dans les bois communaux des habitants de Ronchamp sans avoir voulu, jusqu'à présent, leur accorder aucune indemnité ; - que malgré cela, ces seigneurs prétendent ne pouvoir recouvrer leurs dépenses qu'au moyen d'une prolongation de trente années; le débit du charbon n'a pas cessé, puisque le prix augmente tous les ans; l'association du chapitre de Lure et des seigneurs de Ronchamp n'a eu d'autre objet que celui de s'entendre parfaitement pour tenir leur charbon à un prix très élevé et mettre l'acheteur à contribution ; ils vendent douze sols ce qui ne leur coûte que trois sols d'extraction ; cette mine existe dans les fonds communaux desdits habitants de Ronchamp où les seigneurs n'ont droit que comme premiers habitants; il paraît naturel qu'un propriétaire ne soit pas privé des fruits qui se trouvent dans son fonds, tel que le charbon de terre ; les habitants de Ronchamp, chargés d'impôts assez considérables et de redevances seigneuriales qui surpassent celles du Roi, habitent un territoire très ingrat; ils n'ont aucun revenu commun. Toutes ces considérations leur font espérer que Sa Majesté voudra bien leur accorder la permission d'exploiter les mines de charbon situées dans leurs bois communaux, à commencer à l'expiration de la concession accordée aux seigneurs de Ronchamp et de Lure, et en attendant ce délai les autoriser à faire extraire à leur profit du charbon où ils pourront en découvrir sur leur territoire. »

Les seigneurs de Ronchamp offrirent bien aux habitants « de convenir ensemble d'experts et de géomètres à l'effet de procéder au mesurage et à l'estimation des terrains occupés par le roulement de leur houillière » ; mais ceux-ci, par une délibération, en date du 29 juin 1783, prise à la suite de la demande qui leur a été faite par le subdélégué, à l'effet de savoir s'ils avoient touché des indemnités des seigneurs de Ronchamp, et à combien ils estimoient les dommages et intérêts résultant des extractions, certifièrent unanimement que depuis vingt ans ces seigneurs n'ont voulu leur accorder aucune indemnité, « que ce n'étoit qu'après que ces derniers eurent appris qu'ils avoient demandé la permission d'exploiter eux-mêmes les mines de leur territoire, qu'ils leur ont offert de les dédommager et de leur payer la même somme que celle promise aux habitants de Champagney, laquelle se monte à trente livres par année ; mais que cette somme se trouve insuffisante pour les dédommager des dégradations qu'ils ont souffert depuis le commencement de l'exploitation; l'on a enlevé plus de cinquante mille pieds de chêne dans leurs bois communaux pour soutenir les terres ; tous les terrains servant aux emplacements des charbons extraits et aux chemins faits à travers leurs bois pour le transport ne peuvent plus rien produire ; les eaux minérales ont entièrement changé la nature de leur prairie, et ayant entrepris d'y conduire les eaux de la rivière, les seigneurs ne voulurent le leur permettre que sous la condition d'un cens annuel de trente livres ; ils déclarent qu'ils ne seront jamais indemnisés des dommages qu'ils ont essuyés si Sa Majesté ne leur accorde pas la concession à leur tour ou du moins la moitié du profit tant du passé que de l'avenir, ou, comme ils sont pour la plupart ainsi que leurs biens meubles et immeubles mainmortables envers les seigneurs, ils se trouveroient un peu dédommagés, si Sa Majesté n'accordoit la prorogation en question aux seigneurs de Ronchamp qu'à condition qu'ils affranchiroient les habitants de la mainmorte. »

Les barons de Ronchamp, en réponse à cette requête et à cette délibération, produisirent un mémoire dans lequel ils exposèrent « le peu de succès que l'administration pourroit se promettre d'une exploitation confiée à un corps d'habitants incapables de spéculation, des vues et engagements nécessaires pour la faire prospérer; la différence qui existe entre une exploitation montée et une exploitation nouvelle ; qu'il seroit injuste d'enlever aux seigneurs le fruit de leurs travaux qu'ils ne pourront recueillir qu'à la faveur d'une longue suite d'années ; les mines de charbon de terre doivent être assimilées à celles des métaux et réservées au Roy ou aux seigneurs hauts justiciers auxquels Sa Majesté a communiqué les droits du fisc ; un règlement de 1700, pour les mines de Franche-Comté, les leur accorde de préférence ; il ne peut y avoir de différence à cet égard pour les mines de charbon ; ils y ont un droit par conséquent avant les propriétaires, sauf les indemnités que ces derniers sont dans le cas de réclamer; ils ne refusent point d'en donner; ils ont même sommé les habitants de convenir de gré à gré ou à dire d'experts de celles qu'ils auroient à prétendre; au surplus les dommages ne sont pas aussi considérables que les habitants le font entendre ; - le terrain nécessaire au travail de la mine consisté en 111 toises de longueur sur 56 de largeur, encore est-il découvert de futayes et impropre à en porter, excepté une partie de 23 pieds de longueur sur autant de largeur où est construit un bâtiment ; il n'y a point eu d'éboulement de terres et il n'y en a point à craindre ; les eaux minérales sont reçues dans un étang qui n'appartient pas à la communauté ; elles ne font aucun tort à leurs fonds, puisqu'elles passent par dessous; les chemins dont ils se plaignent leur sont utiles pour la traite de leurs bois et l'exploitation de leurs héritages, à l'exception d'un seul de 200 toises ; les coupes de bois qu'ils accusent les seigneurs d'avoir fait faire sont imaginaires ; les premiers étançonnements furent faits en sapin et il n'en croît pas dans les bois de la communauté ; les derniers ont été faits en chêne et MM. de Ronchamp prouvent par leurs comptes qu'ils en ont acheté pour 1206 livres, et que ces bois ont été extraits de la forêt de Saint-Antoine appartenant au chapitre de Lure; les seigneurs de Ronchamp ont fait des avances énormes pour l'exploitation de leur mine; elle exige de nouvelles dépenses considérables et la concession nouvelle qu'ils sollicitent peut seule les dédommager ; si elle étoit accordée à la communauté, il est à présumer que, faute de fonds, d'intelligence et d'union, les travaux seroient bientôt mal suivis et abandonnés; étant prouvé que les habitants comme propriétaires n'ont nul droit à cette concession qui est le droit royal ou seigneurial, ils n'en ont aucun au produit de la mine et peuvent seulement demander une indemnité pour le dommage occasionné dans leurs communaux ; elle leur a été offerte ; ce n'est pas un objet de trois mille livres par an, comme ils le prétendent, elle seroit tout au plus évaluée, à dire d'experts, à soixante livres, et on ne sauroit la comparer au bénéfice qu'ils retireroient de l'affranchissement de la mainmorte qu'ils réclament; la terre de Ronchamp n'a de produit apparent que ce droit seigneurial; au surplus, les seigneurs de Ronchamp n'ont jamais exercé ce droit avec rigueur, au contraire, ils se sont toujours montrés favorables aux propositions d'affranchissement qu'on leur a faites, et quand les habitants le voudront les seigneurs prendront volontiers de leurs bois en remplacement de leurs droits. »

Le Conseil d'Etat, faisant droit à ces observations, prorogea pour trente années « à compter de l'expiration du précédent privilège, en faveur des abbé-prince, grand-prieur et capitulaires de l'abbaye de Lure, en Franche-Comté, conjointement avec les seigneurs de Reinach, d'Andlaw et de Ferrette, barons de Ronchamp, la permission d'exploiter, exclusivement à tous autres, les mines de charbon découvertes et à découvrir dans les bois de Chavannel, sur le territoire de Champagney, dépendant de la seigneurie de Passavant, appartenant au chapitre de Lure, et dans la seigneurie de Ronchamp, appartenant aux barons du même nom, à la charge par lesdits barons de payer annuellement, à compter du 1er janvier 1784, la somme de 600 livres aux habitants et communauté de Ronchamp pour leur tenir lieu d'indemnité des dégradations qu'ils ont essuyées par l'exploitation de ces mines, si mieux ils n'aiment faire évaluer les dommages à dire d'experts convenus de gré à gré ou nommés d'office par le sieur intendant et commissaire départi en la province de Franche-Comté, conformément à l'article 11 du règlement de 1744, comme aussi à la charge par ledit chapitre de Lure et par lesdits barons de Ronchamp de dédommager préalablement les propriétaires des terrains qu'ils pourront endommager par leurs travaux, de loger, entretenir et instruire un élève de l'Ecole des Mines lorsque Sa Majesté jugera à propos d'en envoyer un sur ladite exploitation, et d'adresser tous les ans l'état de leurs travaux, l'exposé des difficultés qu'ils auront éprouvées pour les établir, les moyens qu'ils ont employés pour les vaincre, l'état et la quantité des matières extraites, des ouvriers qu'ils auront employés et de ceux qui se seront distingués en annonçant le plus de talent, à défaut de quoy la présente concession sera et demeurera révoquée etc. »

C'est dans ces conditions que l'abbaye de Lure et les barons de Reinach exploitaient les mines de Ronchamp quand éclata la Révolution. En vertu des lois de novembre 1790, l'Etat devint propriétaire de la part appartenant à l'abbaye de Lure, tandis que deux ans plus tard, celle des barons de Ronchamp était mis sous le séquestre à cause de leur émigration. Ce ne fut que sous le Consulat qu'ils purent être réintégrés dans leurs droits et devinrent ainsi copropriétaires des mines avec les industriels alsaciens qui avaient acquis en 1793 de la nation la part de l'abbaye de Lure. Quant à la communauté de Ronchamp, déboutée de ses prétentions sur les houillères, elle ne crut pas, cependant, devoir dédaigner les propositions d'affranchissement de la mainmorte que ses seigneurs lui avaient faites dans le cours de l'instance. En 1785, les habitants prirent une délibération par laquelle ils sollicitèrent de MM. de Reinach leur libération de la mainmorte réelle et personnelle ainsi que de la dîme moyennant l'abandon de leur quart en réserve. Cette délibération, soumise à l'approbation de l'intendant, fut l'objet d'un avis du subdélégué en date du 25 février 1785 par lequel M. Miroudot de Saint-Ferjeux, fit observer « que le projet de la communauté étoit louable et qu'on ne pouvoit trop s'empresser d'y donner les mains, mais il craignoit qu'elle ne vint très difficilement à bout de son dessein, à raison du peu de ressources qu'elle devoit trouver dans ses bois et de l'importance des objets dont elle vouloit se libérer. Elle a, à la vérité, dit-il, 520 arpents de quart en réserve, mais elle en a vendu 197 en 1744, 200 et 20 perches en 1755, 56 en 1769 et 25 en 1776, de manière qu'il ne lui en reste en nature qu'environ 60 arpents ; mais le recrû est si lent dans cette partie que la communauté ne doit pas espérer tirer un grand parti des nouvelles ventes qu'elle projette. Aussi l'a-t-elle ainsi compris puisqu'elle astreint ses fondés à procurer préliminairement au traité une estimation de sa réserve. La reconnaissance en est indispensable pour ne pas engager les habitants au delà de leurs forces, et il sera même prudent qu'elle soit représentée à M. l'Intendant avec le traité pour pouvoir juger en connaissance de cause, si les ressources de la communauté seront suffisantes et s'il y aura lieu à l'homologation de la convention. Comme elle se fera au surplus avec ma participation, j'aurai soin que la communauté ne s'engage qu'autant qu'elle pourra espérer raisonnablement de faire face aux obligations qu'elle s'imposera. Elle parle, dans sa délibération, d'agrandir son église, mais comme ce projet est subordonné au prix qu'elle tirera de sa réserve, il n'y a pas lieu de s'en occuper maintenant. Elle désire aussi que par le traité, les seigneurs renoncent au droit de faire prendre par leurs gardes et rapporter les délinquants dans ses bois; ce désir n'est pas général et ne part que de ceux qui voudroient dévaster les forêts à leur gré, et la renonciation à un pareil droit ne pourroit être que très dommageable à la commune, et, en conséquence, je limite par le projet d'ordonnance d'autre part les pouvoirs spéciaux au traité de l'affranchissement de la mainmorte et du rachapt de la dixme . » Quoique nous n'ayons pas retrouvé le traité qui intervint ultérieurement entre les habitants et leurs seigneurs, nous savons par les cahiers de doléances de la commune en 1789, qu'à ce moment l'affranchissement désiré était consommé, car les articles de ces cahiers ne font que reproduire le formulaire général qui circulait alors dans les campagnes.

Dans le cours du XVIIIe siècle, Ronchamp dut à sa situation sur les confins de l'Alsace et de la Franche-Comté et à son importance comme point de transit commercial, l'établissement sur son territoire d'un bureau des fermes du Roi. Ce bureau fut, en 1754, complètement pillé par une bande de contrebandiers et de malfaiteurs commandée, dit-on, par le fameux Mandrin qui venait de saccager l'abbaye de la Grâce-Dieu, dans les montagnes du Doubs. La terreur répandue dans la province par ces actes de brigandage fut telle, que l'intendant donna aux subdélégués de Vesoul et de Gray l'ordre de faire retirer toutes les barques de la rive gauche de la Saône pour empêcher ces malfaiteurs de pousser plus avant dans le royaume. On mit en même temps toute la maréchaussée sur pied pour protéger les bureaux des fermes et les abbayes isolées. Enfin, en 1757, la capture dans les environs de Gray, du lieutenant de Mandrin qui l'avait remplacé dans le commandement de cette bande, vint mettre un terme à ces courses dignes des routiers du XIVe siècle. Ce lieutenant, dont le nom est resté inconnu, fut conduit sous bonne escorte à Paris pour être jugé par le tribunal des maréchaux dont la juridiction comprenait spécialement la répression des crimes commis sur les grands chemins et des attaques à main armée. » (Jules Finot-1882)

LES RECHERCHES DU DOCTEUR MAULINI

Le docteur Marcel Maulini arrive à Ronchamp le 1er janvier 1946 et en parallèle à sa profession il s’intéresse à la vie locale et à l’origine du nom de la cité minière. « Je n'ai jamais vu de champ rond, la forme habituelle des champs étant carrée ou rectangulaire. Je demeurai perplexe devant cette dénomination jusqu'au jour où quatre historiens locaux me donnèrent la clé du problème: l'abbé Félix Tournier, ancien curé de La Côte, l'abbé Belot , ancien curé de Ronchamp, l'abbé Thomassey , ancien curé de Roye, René Simonin , de Champagney.». Pour ces quatre historiens, l’origine viendrait du latin ‘’romanorum campus’’. Néanmoins la traduction de cette syntaxe latine pêche par son manque de rigueur. Marcel Maulini, gravissant la colline de Bourlemant n’a rien vu pouvant ressembler à un camp romain. Cette première confrontation de la réalité avec les écrits est un échec. Il instruit alors une autre éthymologie : ‘’rotundus campus’’ un champ rond. Il a la bonne fortune de lire le testament d’Henri de Ronchamp du 14 mai 1347 qui débute ainsi ; « In nomme sancte , Individue Trinitatis, Patris et Filij et Spiritus sancti. Amen. Enricus, dominus de Rotundo campo, etc.., ». Ceci confirme que Ronchamp provient d’un champ rond. Resterait à retrouver ce fameux champ. Le docteur consulte le plan cadastral et relève les 273 noms de lieux dits de la commune. Parmi ceux-ci, ‘’sur le rond champ’’ (cadastré à la première feuille de la section F), survient une nouvelle désillusion : ce ‘’rond champ’’ est triangulaire. ! « L'histoire de Ronchamp est extraordinaire; j'ai passé des mois a démolir l'hypothèse du ‘’romanorum campus’’ et à prouver l'existence du ‘’rotondus campus’’, et à la minute où je saisis la preuve qui doit confirmer ma théorie, le hasard veut que mon champ rond est un triangle! Ai-je bonne mine.., d'oser prétendre que l'étymologie Ronchamp provient d'un champ triangulaire !. Encore un échec sur les chemins du passé. Par bonheur, cette dernière enquête m'a fourni quelques raisons d'espérer sous la forme d'un groupe de noms lieux spécifiquement anciens, qui semblaient vouloir me retenir dans le voisinage de ce champ, dont je n'ose même plus entrevoir sa véritable forme. Ce sont: ‘’sous les Baumes’’, ‘’au-dessus des Baumes’’, la ‘’petite tête des Baumes’’, ‘’aux tacenières’’. Pour Luzat, spécialiste de la toponymie française, c'est à la grotte qu'il faut demander l'origine et le sens de Baume. Balma, Balme, alors que ‘’tacenière’’ proviendrait de taxonnière, tannière, dérivés de taxo, le blaireau avec le sens de caverne. Pour Scheuermeier ces toponymes seraient d'origine ligure ou celtique. Le fait que le ‘’rond champ’’ soit entouré de vieux lieux m'incite à poursuivre mes investigations.».

Pousuivant son enquête dans les combles de la Mairie, un pur hasard l’amène sur un procès-verbal d’arpentage des communaux de l’année 1744 : « La lecture de ces pièces m'apprit que: ‘’le rond champ’’ situé à l'angle du midy et couchant de celui des Baumes, ou tricoin entouré de chemins de toutes parts, est de dix-neuf quartes sept coupes.., etc... Ce texte confirme que ‘’le rond champ’’ est un tricoin, mais il apporte un fait nouveau: l'existence de trois chemins. C'est peut-être un lieu de rassemblement ?... Sa position dans un canton où il y avait des grottes et des cavernes qui furent peut-être habitées aux époques ligures on celtiques, me laissent croire que l'étymologie de Ronchamp provient d'un champ rond antique antérieur aux Romains. Je voudrais conclure, mais il me manque des preuves.» Alors il étudie, dans le canton, tous les ‘’ronds-champs’’, les ‘’ronds-bois’’, les ‘’ronds-prés’’, les ‘’monts-ronds’’. Mais ils sont rares et il étend ses recherches à tout le département, puis la Franche Comté et enfin la France entière. Quatre-vingt-douze sont tous parés du qualificatif ‘’rond’. Lors de visites, une vielle tante, Clarisse Belot (1873-1950), originaire de Miellin, lui rapporte cette histoire : « Je me souviens que sur les Hauts de Servance, entre le Mnisot et le Mont-André, au lieudit le ‘’rond champ’’, il y avait un tumulus qui avait été fouillé avant la guerre de 1914 par l'ancien maire de Servance, le notaire Guingot.» Cependant cette piste n’aboutit pas.

Enfin une aïeule de Servance, Julie Marchand, lui raconte une bien étrange histoire au sujet de cette motte de terre : « Je me souviens d'avoir vu cultiver le rond-champ d'une façon curieuse. Les champs étaient travaillés en rond sur la pente du monticule et labourés par cercles concentriques de plus en plus petits. Pour cette besogne, il fallait accoupler un boeuf de petite taille et un boeuf plus grand, en plaçant la bête la plus robuste le plus loin de la tête du monticule. Lorsque les bêtes étaient de même taille, il fallait constamment les changer de place, afin d'éviter la fatigue de celle qui parcourait le plus grand rayon. » D’autres ‘’ronds’’ allaient fournir, à défaut de preuves, des présomptions sérieuses sur l’étymologie de Ronchamp. Un ‘’rond-bois’’ lui a été signalé vers Nonzeville, canton de Bruyères dans les Vosges. Il existe, sur une petite éminence, un bosquet de forme triangulaire et encadré de trois chemins. C’est une sorte d’enceinte circulaire de 33 mètres de diamètre, composée de terre rapportée et de cailloux à hauteur d’un mètre et entourée par un fossé circulaire de 12 mètres de large sur un mètre de profondeur. Non loin de cette enceinte « on a trouvé une pièce d'or à l'effigie de Tibère et des substructions gallo-romaines. Le ‘’rond-bois’’ est un lieu ancien, dont le nom provient vraisemblablement de l'enceinte circulaire qu'il abrite. Il a en commun avec Ronchamp sa forme triangulaire et la présence de trois chemins. Cette concordance est pour le moins curieuse.»

Un archéologue vosgien (Gravier) décrit le ‘’Champ-rond’’ de Mortagne (Vosges) dans un ouvrage consacré à l’histoire de la ville de Saint Dié. Il ressemble comme un frère à celui de Ronchamp. « Mortagne, écrit-il, est un nom francisé et moderne; dans les titres anciens et même dans une inscription du XVII e siècle, il était nommé comme dans le patois actuel moutone ou moutwn, nom celtique qui signifie motte, amas de terre, éminence. Au centre de ce village est en effet un monticule d'environ 2 mètres de hauteur, composé de terre. II est de forme triangulaire, placé entre trois chemins et d'une base très large. Chaque année on en tire de la terre pour fertiliser de mauvais champs. Ces extractions ont mis à découvert quelques crânes humains; il est probable que c'était une tombelle gauloise. Il ne reste plus qu'une faible partie de ce tertre... etc..»

Le champ ‘’tricoin’’ de Ronchamp n’a jamais été fouillé. Entre 1855 et 1858, ce prétendu tumulus a été presque entièrement disparu à la suite du percement de la voie ferrée Paris Bâle. Aux archives de la S.N.C.F., Marcel Maulini n’y a pas trouvé de comptes rendus. Les impératifs financiers étaient sans doute plus importants que quelques vieux morceaux de bois, de fer ou autres ! Cependant, en ce lieu-dit (Grattery), quelques fermes existaient bien avant 1900 dont celle de la famille Coudret. A la suite du percement de la voie ferrée, la source alimentant la ferme s’est tarie. En 1911, Léon Coudret et son fils Marcel creusent un nouveau puits de l’autre coté de la voie au lieu-dit ''aux tacenières''. Ils trouvent quelques morceaux de bois façonnés, du chêne à quatre ou cinq mètres de profondeur. Peut-être n'étais ce que les vestiges d'un ancien boisage d'un puits.

Marcel Maulini conclut à l’aboutissement de ses recherches par cette phrase : « Je laisse aux lecteurs le soin de conclure...L'ethnographie, la toponymie, l'archéologie semblent corroborer l'hypothèse que l'étymologie de Ronchamp provient de l'existence à Grattery d'une sépulture antique: un tumulus, qui fut peut-être, il y a 25 siècles, le tombeau collectif de nos lointains ancêtres celtiques.»

CONCLUSIONS

Dans ses recherches, le docteur Maulini n'a consulté que le seul document où il est écrit ''Rotundo campo'' ''Rotondo campo''. C'est le testament d'Henri de Ronchamp qui date du 14 mai 1347 dont voici quelques extraits :« In nomine sancte et individue Trinitatis, Patris et Filii et Spiritus sancti. Amen. Ego Henricus, dominus de Rotundo campo, miles, bisuntine diocesis, etc. eligoque sepulturam meam in capella Beate Katherine sita et confrontata juxta ecclesiam de Belemont, ecclesiam parrochialem de Rotondo campo, in qua quidem capella volo sepeliri et inhumari… »

« Item domno Renado, meo curato de Rotondo campo, pro elemosina sua sexaginta solidos stephanensium semel persolvendos do et lego… »

« Acta fuerunt hec infra castrum de Rotondo campo, in camera dicti domini Henrici, anno Domini millesimo ecc° quadragesimo septimo, indictione quinta decima, die decima quarta mensis maii, circa primam, pontificatus sanctissimi in Christo patris ac domini nostri domini Clementis, divina providentia pape sexti, anno quinto, presentibus domno Renado, curato de Rotondo campo ; domno Remigio, dicti loci, presbiteris; Johanne de Burrey, domicello, et domnabus Beatrice et Clemencia, monialibus Romarici montis, sororibus dicti domini Henrici, testibus ad hoc specialiter vocatis et rogatis… »

Ce document est mentionné par l'éditeur comme étant un faux ou une copie imitant l'écriture du XVe siècle. Le ''Rotundo campo'' n'est que la traduction latine de ''rond champ'' et nulle part ailleurs on ne retrouve ce binôme. Des documents plus anciens (les chartes, les actes d'inféodation, les cartulaires,…) parlent déjà de ''Ronchamp'' avec des orthographes différentes. Jules Finot est né à Lons-le-Saunier le 27 avril 1842, licencié en droit et ancien élève de l'École des Chartes il meurt le 16 mai 1908 à son poste à Lille. Il fut un très brillant archiviste du Jura, de la Haute Saône et du Nord. Il a écrit de très nombreux ouvrages sur le Moyen Age à partir de documents très anciens. Parmi ceux-ci, on trouve ''La seigneurie de Ronchamp et l'origine de l'exploitation des houillères de cette localité (1220-1789)'', publié en 1882. Dans ce magnifique ouvrage il n'a pas mentionné ''Le Testament d'Henri de Ronchamp'', sans doute pour la raison évoquée plus haut, le manque d'authenticité du dit document. Le docteur Maulini n'a pas consulté cet ouvrage (absence de référence dans ses sources de son opuscule de mars 1952).

Á partir de cet unique document il a recherché un ''champ rond'' sur le territoire communal. Il a trouvé un lieu-dit à Grattery appelé ''au rond champ'' qui est situé sur le versant Est d'une ancienne moraine glacière. Sur le cadastre napoléonien de 1830, il est approximativement délimité par 3 chemins ; au Sud il borde l'ancienne Route Royale, à l'Ouest il est délimité par un chemin de défruitement qui conduit à l'ancien puits de la Croix et au Nord-Est par un autre chemin aboutissant au précédent. Ce ''rond champ'' est entouré d'autres lieux-dits aux noms issus du vieux français (ou françois) : ''sous les Baumes'', au-dessus des Baumes'', ''aux Tacenières'', ''en Sorotte'', ''le Boclit''. Dans les parages, d'autres noms ont une origine très ancienne. Par exemple, Recologne, qui s'écrit ''Recolannes'' en 1273 où son étymologie viendrait du verbe ''recolere, recolo'' qui signifie cultiver de nouveau. Il est possible qu'une quelconque calamité locale aurait dépeuplé ce territoire, donc sans culture. De nouveaux colons se seraient installés ici pour travailler la terre et peu être à bâtir ''Recologne''. Le testament d'Henri de Ronchamp fait référence au hameau de la Selle : « … emolumenta molendini mei de la Saile, siti supra ripariam de Rohenney,..», qui peut se traduire par ''… les bénéfices du moulin de la Selle, situé au bord du ruisseau, le Rahain (ruisseau qui baigne le hameau de la Selle)''. Le nom de ce hameau a subit différentes orthographes au cours des siècles : Lasselle 1581, La Selle 1614, la Scelle 1738, La Seille/la Seille 1748, La Seille 1770, la Celle 1842, La Selle 1858. Au nord du hameau, au bord du ruisseau, il existe une grande maison de 1864 appelée ''le Moulin'' qui tient son nom d'un moulin actionné par une prise d'eau sur le ruisseau. Quelques centaines de mètres plus au nord se trouvait un moulin à eau appelé ''le Moulin du Coq'' où il n'en existe plus aucune trace. C'est peut être à cet emplacement que se trouvait le moulin cité dans le testament.

Le nom ''au champ rond'' n'est pas du vieux français et son origine est plutôt récente. Ce nom est peut être tout simplement issu de la forme des champs cultivés ; dans les terrains en pente on laboure perpendiculairement, en suivant les circonvolutions du terrain. Sur le plan géométrique du 19 juillet 1779 de la commune de Ronchamp on ne retrouve pas ce lieu-dit. Par contre il y a d'autres noms mentionnés et sans doute des terrains appartenant à la commune ; Terres particulières dittes Varin, Communal dit les Beaume, commune ditte sur les Rondchamps, etc… L'étymologie de Ronchamp ne peut avoir pour origine le nom de ce lieu-dit, où la présence d'un hypothétique tumulus n'a jamais été prouvée.. La première mention de Ronchamp date de 1227 avec l'orthographe suivante : Runchamp. Différentes orthographes suivront : Ronchamt (1230), Ronchant (1265), Ronchans (1271 et 1273), Ronchamp (1285), Romchamp (1779).

Faisons un bond de près de mille ans ; nous voilà en 1080 où est fondée l'abbaye Saint Vincent de Besançon. Douze années plus tard, l'église de Bourlémont est donnée à cette abbaye. Nous avons donc un chemin d'accès à cette chapelle. Ce qui sous-entend que notre village est connu et que des ''gens du bas'' la fréquentent. Imaginons ''Ronchamp'' sans la ligne SNCF avec ses tranchées et ses talus. Qu'avons-nous en partant du couchant?
     -à l'Ouest une ancienne moraine glacière séparant deux vallées (Mélisey et du Rhien) et plongeant dans le tumultueux Rahain. Recouverte d'une abondante forêt, elle est traversée par un chemin (ancienne voie romaine) en direction de Malbouhans-Luxeuil.
    -la plaine alluviale de Recologne remontant vers le Nord en direction du Rhien (emplacement d'un ancien glacier).
    -une colline se dresse à l'entrée du village dont les pentes Sud viennent mourir sur les berges du ''Rahain''.
    -en direction de l'Est, nous rencontrons une succession de petites collines aux pentes Sud abruptes et séparées par de petits vallons.
    -dans cette étroite vallée, un capricieux et rapide torrent est sujet à de brusques débordements. La rive Nord est longée par un ancien chemin de l'époque romaine dont le tracé serait approximativement le suivant : Lantenot, La Neuvelle, Recologne, Ronchamp, Champagney, Passavant, Le Noirmouchot, Frahier et Chalonvillars.
    -une succession de plateaux jurassiens moins élevés délimitent le sud de cette vallée.

Il semble que l'étymologie de Ronchamp gravite autour du binôme ''champ'' (espace découvert et plat, campagne en général,…) et de ''rond'', ''run'', ''rom'' dont la signification et son origine ne sont pas claires (circulaire, arrondi, cylindrique, forme arrondie, place, espace…). La solution est peut être sous nos yeux, au centre du village ! En face de l'actuel grand pont, coté nord, se dresse un éperon rocheux gréseux, tout en rondeurs qui surplombe le lit du Rahin de plus de 25 mètres. Le sommet de cette petite éminence plate mesure environ 20 mètres de diamètre. C'est peut être cette remarquable curiosité géologique et constituant un repère qui a donné son nom à notre village. Au sommet, les Seigneurs de Faucogney font construire un château (une tour et un corps de logis) et y installent des gens de leur famille qui prennent le nom du village ''de Ronchamp'' ; Girard, Jean, Thomas, Miles, Henri, etc…

Emplacement du chateau Plan des hameaux en 1779 maison appelée le Moulin de la selle Passage sous rails
La butte du château La butte du chateau vue du pont La butte du château vue de l'Ouest La butte coupée en deux par la sncf
La butte du château La butte du chateau vue du pont La butte du château vue de l'Ouest La butte coupée en deux par la sncf

UN NOUVEAU BLASON POUR RONCHAMP

Après la seconde guerre mondiale, de vastes travaux sont entrepris : écoles, pont, bains douches, rénovation du stade. Les fêtes de la « Renaissance » des 20 et 21 juin 1953 sont organisées et voulues par la municipalité pour marquer le renouveau de la cité. Laurent Rosselot, Président du Comité des Fêtes sollicite le docteur Maulini pour créer des armoiries et trouver une devise. (Voir plus haut le premier blason de Ronchamp).
Il va emprunter l’antique passé de Ronchamp pour créer les motifs du blasonnement :
-le fameux champ rond a été symbolisé par un cercle (annelet en héraldique). Il représente aussi l'anneau ou la bague des anciens chevaliers.
-le « R » a été symbolisé par un caractère emprunté à un vieil alphabet européen, l'alphabet runique (rune en héraldique).

Pour l'agencement du blasonnement, il adopte la forme moderne de l'écu français et choisit deux couleurs : jaune d'or pour l'écu (Or en héraldique) et rouge pour les meubles (Gueules en héraldique). La symbolique rattache le jaune d'or à la manifestation la plus objective du soleil au solstice d'été, à la perfection intellectuelle, à la vérité ; le rouge au principe animateur de la vie, le sang, et par extension à l'esprit ! En conclusion, les armes modernes de Ronchamp peuvent se blasonner ainsi : « D'or à rune et annelet de gueules ».

Pour devise, il retient l'affirmation du philosophe grec Héraclite : Panta Rei (ou Panta Rhei) " tout coule, tout évolue ", la plus claire expression du devenir et du progrès. Héraclite n'ayant rien trouvé d'immuable dans la nature, nie la fixité de la matière et pose le principe universel du devenir. Aucun statu quo, aucun caractère défini ne s'attache aux choses, à la vie, à la mort. Il y a en nous à chaque instant, naissance et mort, assimilation et désassimilation. C'est en s'appuyant sur ces constatations et après avoir dépouillé la notion du devenir de son contenu mythique qu'Héraclite exprima, avec une acuité surprenante pour son époque, la relativité de toutes choses. La pensée d'Héraclite, scientifiquement exacte, qui considère le monde comme un processus continu, un enchevêtrement infini d'actions et de relations, une évolution permanente, fut reprise et développée à notre époque par Bergson et Einstein.

Ouvrage " Mémorial des Fêtes de la Renaissance " de 1953 au format pdf ( 5 Mo ) : MEMORIAL

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